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L'approche scientifique de la nature implique-t-elle une éthique ?

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« « Nature » a deux sens en français, puisqu'on parle aussi de la « nature » d'une chose.

En fait, ces deux sens ont la même origine : nature vient du latin nascor, naître.

La nature d'une chose, c'est ce qu'elle était en quelque sorte « à la naissance », avant toute modification. Aristote définit la nature comme ce qui est à l'origine de son propre mouvement : contrairement à l'horloge qu'on doit remonter, la plante semble pousser « toute seule ».

En ce sens, la nature s'oppose aussi bien à la technique qu'à la culture, qui désignent les différents produits de l'action humaine. A.

Le pouvoir de l'homme sur la nature • Les forces de la matière découvertes et exploitées par l'homme, forces mécaniques, électriques, chimiques et aujourd'hui nucléaires, ont donc transformé le rapport de l'homme à la nature : l'homme est devenu un apprenti sorcier qui peut faire exploser la planète.

Si l'univers est né d'un big bang, l'homme a la possibilité de l'y faire retourner.

Il peut même, désormais, fabriquer du vivant. • L'univers harmonieux, ordonné des Grecs, a fait place à un cosmos incertain et la science est devenue problématique.

A-t-on le droit de fabriquer du vivant qui ne provienne pas de la nature mais des laboratoires ? Le problème du clonage humain que certains scientifiques se proposent déjà de faire — puisque techniquement cela est possible et que des savants ont déposé des brevets et créé des sociétés — nous interroge avec urgence sur le sens de ce projet. B.

La « nouvelle alliance » • Nous sommes aujourd'hui dans un monde instable, irrésolu, et «le temps est venu de nouvelles alliances, depuis toujours nouées, longtemps méconnues, entre l'histoire des hommes, de leurs sociétés, de leurs savoirs et l'aventure exploratrice de la nature », écrivent Prigogine et Stengers dans La Nouvelle Alliance.

Il faut se préparer pour cette aventure nouvelle et éviter la barbarie destructrice.

Hiroshima, Tchernobyl, la dévastation dé la terre nous avertissent : pouvons-nous encore avoir confiance dans les capacités de la science ? Le grand biologiste Jacques Monod écrivait déjà dans Le Hasard et la Nécessité (1970) : « L'ancienne alliance est rompue : l'homme sait enfin qu'il est seul dans l'immensité indifférente de l'univers d'où il a émergé par hasard.

Non plus que son destin, son devoir n'est écrit nulle part.

A lui de choisir entre le Royaume et les ténèbres ». • L'homme est un individu, minuscule vivant au regard de l'univers, qui a la vanité de vouloir le maîtriser absolument, indépendamment des conséquences.

Cette « folie » scientifique suscite aujourd'hui de plus en plus de réactions et les philosophes ne sont plus les seuls à mener campagne contre la technoscience.

Des mouvements de citoyens, de plus en plus nombreux, s'organisent.

Il s'agit non pas de rejeter la science— ce qui serait absurde — mais d'établir un réel dialogue et d'oser les débats contradictoires entre les scientifiques et les citoyens, non plus un rapport d'experts à « ignares » (nous, les non-scientifiques), mais un rapport de citoyens à citoyens, qui étudient et réfléchissent ensemble sur les décisions à prendre concernant la grande aventure de la vie. C.

La question éthique • En effet, il s'agit de ne pas oublier que la nature est toujours un environnement humain, c'est-à-dire pensée à travers une pratique politique et sociale.

La protection et la manipulation de la nature ne relèvent pas d'un souci esthétique mais d'un souci politique, comme l'affirmait déjà Marx.

Quelle société voulons-nous construire ? Dans quel monde voulons-nous vivre ? Quel genre de rapports voulons-nous entretenir les uns avec les autres ? Toutes ces questions, et bien d'autres, sont des questions politiques.

Voilà pourquoi nous ne pouvons pas faire l'impasse sur la question éthique. • L'éthique, du grec ethikos, « qui concerne les moeurs », s'intéresse aux problèmes fondamentaux de la morale : le sens de la vie humaine, du devoir, la valeur de la conscience morale, etc.

L'éthique pose la question : Qu'est-ce qui est bien et mal pour notre vie et notre société, maintenant, mais aussi quelles seront les conséquences demain, pour les futures générations ? Comment devons-nous nous comporter ? L'extraordinaire développement des biotechnologies nous concerne donc tous.. »

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