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En 1865, dans la préface à son roman Une vieille maîtresse, Barbey d'Aurevilly écrit : « La moralité de l'artiste est dans la force et dans la vérité de sa peinture. En peignant la réalité, en lui infiltrant, en lui insufflant la vie, il a été assez mora

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« J'ai fait un peu de bien : c'est mon meilleur ouvrage ». C'est en ces termes que Voltaire s'exprimait mettant ainsi au-dessus de toute son œuvre l'action qu'il avait pu mener pour la justice et pour la charité. L'auteur de l'Immoraliste, André Gide, déclare au rebours « mais qu 'est-ce donc pour vous que la morale ? — une dépendance de l'esthétique ». Chaque fois qu'une œuvre un peu choquante a apporté au public de l'époque un frémissement d'horreur, le problème s'est reposé dans toute son acuité : malheur à ceux par qui le scandale arrive ! Ce qui explique qu'en 1857, deux procès ont été intentés par le Procureur Impérial Pinard contre l'auteur de Madame Bovary (Gustave Flaubert), et le poète des Fleurs du mal (Baudelaire). On sait que Flaubert fut relaxé et Baudelaire condamné. Cent ans plus tard, Boris Vian fut accusé d'immoralité pour avoir écrit : J'irai cracher sur vos tombes ! et il ne fallut pas moins de 692 pages à Jean-Paul Sartre pour défendre son ami Jean Genêt contre le reproche d'immoralité dans Saint Genêt, comédien et martyr en 1952. Déjà Barbey d'Aurevilly s'était défendu dans sa préface à la Vieille Maîtresse contre le reproche d'immoralité qu'on lui avait, à l'époque, adressé.  L'art peut-il et doit-il être moral ? Est-il sur une toute autre longueur d'ondes ? Se situe-t-il selon l'expression de Nietzsche « par-delà le bien et le mal » ?

« En 1865, dans la préface à son roman Une vieille maîtresse, Barbey d'Aurevilly écrit : « La moralité de l'artiste est dans la force et dans la vérité de sa peinture.

En peignant la réalité, en lui infiltrant, en lui insufflant la vie, il a été assez moral : il a été vrai.

Vérité ne peut jamais être péché ou crime ».

En appuyant votre argumentation sur des exemples précis empruntés notamment à la littérature, vous analyserez et apprécierez ce point de vue. DISSERTATION REDIGEE « J'ai fait un peu de bien : c'est mon meilleur ouvrage ».

C'est en ces termes que Voltaire s'exprimait mettant ainsi au-dessus de toute son œuvre l'action qu'il avait pu mener pour la justice et pour la charité.

L'auteur de l'Immoraliste, André Gide, déclare au rebours « mais qu 'est-ce donc pour vous que la morale ? — une dépendance de l'esthétique ».

Chaque fois qu'une œuvre un peu choquante a apporté au public de l'époque un frémissement d'horreur, le problème s'est reposé dans toute son acuité : malheur à ceux par qui le scandale arrive ! Ce qui explique qu'en 1857, deux procès ont été intentés par le Procureur Impérial Pinard contre l'auteur de Madame Bovary (Gustave Flaubert), et le poète des Fleurs du mal (Baudelaire).

On sait que Flaubert fut relaxé et Baudelaire condamné.

Cent ans plus tard, Boris Vian fut accusé d'immoralité pour avoir écrit : J'irai cracher sur vos tombes ! et il ne fallut pas moins de 692 pages à Jean-Paul Sartre pour défendre son ami Jean Genêt contre le reproche d'immoralité dans Saint Genêt, comédien et martyr en 1952.

Déjà Barbey d'Aurevilly s'était défendu dans sa préface à la Vieille Maîtresse contre le reproche d'immoralité qu'on lui avait, à l'époque, adressé. L'art peut-il et doit-il être moral ? Est-il sur une toute autre longueur d'ondes ? Se situe-t-il selon l'expression de Nietzsche « par-delà le bien et le mal » ? Par cela seul que l'art est la recherche d'une beauté pure, qu'il vise des valeurs idéales, qu'il s'exprime dans une perfection formelle, il y a dans la démarche du créateur une « sainteté », une « moralité » nécessaires.

La Cathédrale de Chartres, la Ronde de nuit de Rembrandt, la Ruée vers l'or de Charlie Chaplin, ou Polyeucte de Corneille sont des œuvres d'une haute moralité : c'est incontestable.

Mais si l'on pense au roman de Raymond Radiguet le Diable au corps repris deux fois en quarante ans au cinéma, dans des films qui portent le m ê m e titre, beaucoup d e bons esprits vont s'insurger, voire éructer : « c'est profondément immoral ».

L'ambassadeur d e France à Bruxelles assistant à la première représentation du film au Festival international à Knokke-le-Zout, partit en 1946 en claquant la porte, estimant que ce film représentait une œuvre d'une totale immoralité.

C'est aussi ce que pensait la plupart des bons esprits devant la Nausée de Sartre ou des pièces de théâtre comme Morts sans sépulture et la Putain respectueuse jouées au Théâtre Antoine en 1947.

Le mouvement littéraire et philosophique communément appelé « existentialisme » entra en conflit ouvert avec la bonne société bourgeoise pendant une quinzaine d'années : d e 1944 à 1960.

Et encore aujourd'hui, dans les années 1980-1990, d e nombreux auteurs, des peintres d'avant-garde, des musiciens progressistes passent aux yeux d'un vaste public pour des esprits tout à fait immoraux qui cherchent à déstabiliser l'art et la culture de leur temps. C'est pourtant une constante de la pensée de l'art et de la littérature que de soutenir avec Platon : « Impossible qu'en visant le beau on atteigne ce qui n 'est pas le bien ! » Toute œuvre d'art m ê m e a p p a r e m m e n t scandaleuse, par cela seul qu'elle est une œuvre d'art, apporte un réconfort, une chaleur, une joie à son public qui tous lui offrent l'apaisement, la paix, la félicité.

Même lorsque Musset semble désespéré et lorsqu'il écrit : « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots » Il est réconforté par la création poétique, par cela seul qu'il a écrit une œuvre d'art.

Il n'est plus désespéré au moment où il compose son poème.

Ce désespoir qu'il éprouvait juste avant d'écrire ces vers devient brusquement grâce au miracle de cette composition poétique, une « mâle-gaîté si triste et si profonde...

» qu'il ne sait plus lui-même s'il doit rire ou pleurer : pleurer de ses malheurs sentimentaux ou rire de la réussite exceptionnelle de son poème.

C'est le grand philosophe Bergson qui déclarait à ce propos : « partout où il y a joie, il y a création !...

» On peut retourner la formule et soutenir que « partout où il y a création, il y a joie ».

Pour le lecteur le plus pessimiste, pour le spectateur le plus désespéré, l'œuvre d'art apporte un réconfort exceptionnel, une consolation parfaite.

On a pu soutenir à cet égard : « l'art est consolateur ou n'est pas ». Dans une autre forme d'expression artistique — la sculpture — Rodin soutenait que la beauté éclate à travers et par-delà la laideur même ; apparemment la laideur se présente comme la vieille haulmière qu'il avait sculptée à partir du célèbre poème de François Villon.

« Le vulgaire s'imagine volontiers que ce qu'il juge laid dans la réalité n 'est pas matière artistique, dit Auguste Rodin, il voudrait nous interdire de représenter ce qui lui déplaît et l'offense dans la nature.

C'est une profonde erreur de sa part.

Ce qu'on nomme communément laideur dans la nature peut dans l'art devenir d'une grande beauté », et de décrire « dans l'ordre des choses réelles, on appelle laid ce qui est difforme, ce qui est malsain, ce qui suggère l'idée de la maladie, de la débilité et de la souffrance.

..

un bossu est laid, un bancal est laid, la misère en haillons est laide...

».

Le sculpteur, le peintre ou le poète réussissent à transfigurer la laideur et à faire d'un corps laid une belle statue.

Cette alchimie féerique définit précisément l'art dans s a plus grande pureté.

A cet égard, on peut penser à la charogne décrite par Baudelaire dans les Fleurs du mat.

L'objet est peut-être atroce.

Mais les vers de Baudelaire sont sublimes : « Et pourtant vous serez semblable à cette ordure, A cette horrible infection, Etoile de mes yeux, Soleil de ma Nature, O mon ange et ma passion ! C'est probablement André Gide qui a le mieux exprimé l'idée selon laquelle « avec de bons sentiments, on fait de mauvaises littératures ».

Le marquis de Sade, inventeur de toute u n e série d'ouvrages dans lesquels la vertu se trouve systématiquement bafouée, en privilégiant des techniques d'avilissement et de perversion effroyable, peut être considéré comme un ennemi juré de la morale.

Cela ne l'empêche pas d'être à bien des égards un grand artiste.

Les romans à l'eau d e rose, moralisateurs à souhait où le bien s e trouve toujours récompensé, et le mal nécessairement puni, constituent des œuvres moralement irréprochables mais littérairement nulles.

C'est dire que l'art et la morale se tournent résolument le dos.

L'auteur des Fleurs du mal a d'ailleurs fortement exprimé sa pensée à ce sujet. « Vous savez que je n'ai jamais considéré la littérature et les arts que comme poursuivant un but étranger à la morale, et que la beauté de conception et de style me suffit...

Je sais que, dans les régions éthérées de la véritable poésie, le mal n 'existe pas, non plus que le bien, et que ce misérable lexique d e mélancolie et d'horreur pourrait légitimer les réactions d e la morale comme le blasphémateur confirme la religion ». A cet égard, les réactions du public devant les œuvres profondément originales ont toujours été empreintes d'une extrême violence. Lorsque Wagner a fait représenter à l'Opéra de Paris ses premières œuvres ou lorsqu'on a interprété la Mer de Claude Debussy, ou bien quand les impressionnistes ont présenté au public leur peinture (je pense ici par exemple à l'Olympia de Manet dont la nudité apparut scandaleuse aux premiers visiteurs d e l'exposition où elle trônait de façon impudique) : l'artiste ne doit pas faire entrer en ligne de compte le caractère éthique de son œuvre.

L'art et la morale se tournent résolument le dos.

Il ne saurait en être autrement puisque ces deux valeurs restent antithétiques. Le temps où Voltaire pouvait soutenir : « je regarde la tragédie et la comédie comme des leçons de vertu...

» est définitivement révolu. Impossible de souscrire aujourd'hui au jugement de Diderot qui dans son Essai sur la peinture demandait « de rendre la vertu aimable, le vice odieux, le ridicule saillant ; voilà le projet de tout honnête homme qui prend la plume, le pinceau, ou le ciseau ».

Si l'art et la morale ont fait bon ménage dans la littérature et dans l'art des vingt-cinq siècles précédant le nôtre, il n'en n'est plus de même aujourd'hui.

On pourrait dire en quelque sorte que l'art et la morale vivent en union libre avec parfois possibilité de cohabitation sans conflit, mais le plus souvent des incidents de frontière.

Très peu d'artistes accepteraient aujourd'hui d'accomplir une œuvre qui se voudrait moralisante ou moralisatrice.

Personne n'accepterait d e faire de la vertu l'idéal de l'art.

Mais, le culte d e l'existence authentique a remplacé celui du manichéisme traditionnel.

On ne pense plus de nos jours à vivre en fonction d'un bien en soi dont l'existence paraît très contestable. L'artiste cherchera à réussir son œuvre et se contentera d'un comportement réaliste sans chercher l'impossible équilibre du beau et du bien.. »

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