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La Princesse de Clèves, explications linéaires Explication linéaire I : de « Madame de Chartres, qui avait eu tant d’application […] » à « […] quand on était jeune. » (Première partie)

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« La Princesse de Clèves, explications linéaires Explication linéaire I : de « Madame de Chartres, qui avait eu tant d’application […] » à « […] quand on était jeune. » (Première partie) Texte I Madame de Chartres, qui avait eu tant d'application pour inspirer la vertu à sa fille, ne discontinua pas de prendre les mêmes soins dans un lieu où ils étaient si nécessaires, et où il y avait tant d'exemples si dangereux. L'ambition et la galanterie étaient l'âme de cette cour, et occupaient également les hommes et les femmes. Il y avait tant d'intérêts et tant de cabales différentes, et les dames y avaient tant de part, que l'amour était toujours mêlé aux affaires, et les affaires à l'amour. Personne n'était tranquille, ni indifférent ; on songeait à s'élever, à plaire, à servir ou à nuire ; on ne connaissait ni l'ennui, ni l'oisiveté, et on était toujours occupé des plaisirs ou des intrigues. Les dames avaient des attachements particuliers pour la reine, pour la reine dauphine, pour la reine de Navarre, pour Madame, sœur du roi, ou pour la duchesse de Valentinois. Les inclinations, les raisons de bienséance, ou le rapport d'humeur faisaient ces différents attachements. Celles qui avaient passé la première jeunesse et qui faisaient profession d'une vertu plus austère étaient attachées à la reine. Celles qui étaient plus jeunes et qui cherchaient la joie et la galanterie faisaient leur cour à la reine dauphine. La reine de Navarre avait ses favorites ; elle était jeune et elle avait du pouvoir sur le roi son mari : il était joint au connétable, et avait par-là beaucoup de crédit. Madame, sœur du roi, conservait encore de la beauté, et attirait plusieurs dames auprès d'elle. La duchesse de Valentinois avait toutes celles qu'elle daignait regarder ; mais peu de femmes lui étaient agréables ; et excepté quelques-unes qui avaient sa familiarité et sa confiance, et dont l'humeur avait du rapport avec la sienne, elle n'en recevait chez elle que les jours où elle prenait plaisir à avoir une cour comme celle de la reine. Toutes ces différentes cabales avaient de l'émulation et de l'envie les unes contre les autres : les dames qui les composaient avaient aussi de la jalousie entre elles, ou pour la faveur, ou pour les amants ; les intérêts de grandeur et d'élévation se trouvaient souvent joints à ces autres intérêts moins importants, mais qui n'étaient pas moins sensibles. Ainsi il y avait une sorte d'agitation sans désordre dans cette cour, qui la rendait très agréable, mais aussi très dangereuse pour une jeune personne. Madame de Chartres voyait ce péril, et ne songeait qu'aux moyens d'en garantir sa fille. Elle la pria, non pas comme sa mère, mais comme son amie, de lui faire confidence de toutes les galanteries qu'on lui dirait, et elle lui promit de lui aider à se conduire dans des choses où l'on était souvent embarrassée quand on était jeune. P1 de l’introduction : cf. p.1 du présent développement, dont vous ne prendrez que la fleur et ferez votre miel. Situation du passage : 1re partie, présentation de la cour (roman historique), arrivée de Mlle de Chartres (nouvelle galante), scène de 1re rencontre chez le joailler avec Monsieur de Clèves, où elle rougit du désir qu’elle suscite. Ce dernier loue sa beauté à la Cour sans connaître son identité le soir même chez Madame, sœur du roi ; Madame de Dampierre reconnaît alors Mlle de Chartres et la nomme enfin pour le prince de Clèves. Le jour suivant, Madame raconte à Mlle de Chartres l’étonnement de Monsieur de Clèves, et les fait se rencontrer chez elle. Mlle de Chartres suscite aussi l’admiration du chevalier de Guise. Elle devient ainsi le sujet de toutes les conversations. La reine dauphine fait de Mlle de Chartres sa favorite, cette dernière est aimée et admirée de toute la cour (excepté de Madame de Valentinois par haine du vidame de Chartres favori de la reine). Le prince de Clèves devient passionnément amoureux de Mlle de Chartres, ainsi que le chevalier de Guise. Il pense être favori –il est le premier à l’avoir admirée– mais craint des réticences du côté de son père, le duc de Nevers, du parti de la duchesse de Valentinois. Composition ou mouvement : Le passage se présente comme encadré par le point de vue de Madame de Chartres encline à protéger sa fille des dangers de la cour et présente, en son centre, une description ou un portrait de la cour. On observe en effet d’un côté les craintes et les résolutions prises par Madame de Chartres au sujet de sa fille, de l’autre une description générale de l’ambition et de la galanterie qui règnent à la cour. Projet de lecture : Cet entrecroisement favorise les liens, dans l’écriture, les vues et les visées de Mme de Lafayette, entre la perspective politique et la représentation de la passion amoureuse. Nous montrerons alors comment la passion s’historicise, en s’inscrivant dans la mise en place d’une société de cour qui relève du pessimisme des années 1670 : la passion est déchue sur le mode augustinien, et revêt la forme d’une prise de pouvoir, d’une recherche de faveurs. Cet élan corrompu par les mœurs pose la question de la place de l’intime, de l’authenticité et de la transparence de l’être et de l’amour. Y a-t-il encore une place pour « l’inclination naturelle » ? I- Un roman de cour 1- Une description fort sombre de la cour Madame de Chartres apparaît bien comme le sujet grammatical, thématique et regardant de la scène et de la Cour. Relative proprement explicative, mais qui détermine le regard et légitime le discours et la description qui suivent. Ecriture et point de vue féminins d’une éducation des femmes : dimension édifiante de l’œuvre > éducation morale à la « vertu » pour qui possède naissance et beauté. Litote (cf. Gide) « ne discontinua pas » : affirmation double par la négation, marquant la dimension cruciale de la protection de sa fille et des lectrices. Sens intensif de « soins », au sens de souci. Périphrase particulièrement expressive de la cour ainsi nommée pour la première fois dans le passage : hyperonyme générique de « lieu », assorti de deux relatives en parallélisme du même pronom « où ». Mais derrière le lieu, le cadre et le décor, il s’agit bien d’un discours sur les acteurs et personnages de la Cour. Parallélisme entre règle et exemples, théorie et pratique, qui redouble l’imminence du danger, et est scellé par la prosodie, les intensifs et la place finale des adjectifs expressifs. Imparfait : descriptif et itératif, d’une action habituelle dans le passé, ici > règle commune, usage. Ambition // galanterie = passion = moyen de parvenir, de se placer ; introduit la corruption de l’âme (« âme de la cour » = passion qui a envahi l’intériorité »

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