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Notes de cours: L'irrationnel et le sens. ?

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La rationalité caractérise un mode de connaissance du monde régi par l'ordre construit d'un discours. Le discours est rationnel dans la mesure seulement où il est logiquement ordonné comme un "modèle" formel susceptible d'une cohérence définie et constante, permettant la déduction et le calcul.

Mais, si la simple cohérence interne soumise aux exigences logiques de la raison suffit à assurer la rationalité formelle du discours, il semble que ce que décrit un tel discours soit, dans la mesure où il lui correspond adéquatement, sommé par la raison d'être en soi "rationnel". Illusion où prend son origine le problème de savoir si le réel est en soi rationnel ou irrationnel.

La formulation correcte du problème consisterait seulement à se demander si le réel peut être correctement décrit par un discours "rationnel", ce qui revient à se demander si tout ce qui arrive peut être inscrit dans le cadre d'une nature où les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets, et qui, par là même, exclurait toute dimension "surnaturelle".

Or, si la rationalité caractérise seulement une connaissance construite selon certaines règles d'enchaînement logique des phénomènes observés dans la nature et soumis au principe de causalité, et non pas selon les lois inaperçues d'une "logique" de l'inconscient ou de l'imaginaire, dès lors, il semble bien que le monde des phénomènes qui se présentent à nous antérieurement à ce travail second d'ordonnancement de l'expérience aux principes de l'entendement et de la raison, nous soit originairement donné comme monde "pré-rationnel".

« A) L'irrationnel: La rationalité caractérise un mode de connaissance du monde régi par l'ordre construit d'un discours.

Le discours est rationnel dans la mesure seulement où il est logiquement ordonné comme un "modèle" formel susceptible d'une cohérence définie et constante, permettant la déduction et le calcul. Mais, si la simple cohérence interne soumise aux exigences logiques de la raison suffit à assurer la rationalité formelle du discours, il semble que ce que décrit un tel discours soit, dans la mesure où il lui correspond adéquatement, sommé par la raison d'être en soi "rationnel".

Illusion où prend son origine le problème de savoir si le réel est en soi rationnel ou irrationnel. La formulation correcte du problème consisterait seulement à se demander si le réel peut être correctement décrit par un discours "rationnel", ce qui revient à se demander si tout ce qui arrive peut être inscrit dans le cadre d'une nature où les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets, et qui, par là même, exclurait toute dimension "surnaturelle". Or, si la rationalité caractérise seulement une connaissance construite selon certaines règles d'enchaînement logique des phénomènes observés dans la nature et soumis au principe de causalité, et non pas selon les lois inaperçues d'une "logique" de l'inconscient ou de l'imaginaire, dès lors, il semble bien que le monde des phénomènes qui se présentent à nous antérieurement à ce travail second d'ordonnancement de l'expérience aux principes de l'entendement et de la raison, nous soit originairement donné comme monde "pré-rationnel". Et que la rationalité elle-même ne se construise, au cours d'un processus de rationalisation progressive, qu'à partir d'un matériau préexistant, qu'à partir de données d'apparence "immédiates" qui définissent notre dimension d'"êtreau-monde" la plus fondamentale et la plus étrangère à la rationalité, c'est ce qu'aucun rationalisme cohérent ne saurait nier.

Il n'y a de rationalité construite que sur fond d'apparition pré-rationnelle d'un "donné primitif". Mais il ne s'ensuit pas que ce donné pré-rationnel soit nécessairement "irrationnel".

Il serait vain de prétendre pouvoir isoler enfin le donné primitif, brut de toute information construite, dans la "sauvagerie" originelle de chaos mythique.

La perception la plus élémentaire, les dimensions les plus originaires de notre "être-au-monde", sont, elles aussi, "construites" en quelque manière, et selon des structures que maintes approches rationnelles différenciées et éclairantes (celles des sciences humaines) peuvent se proposer de reconnaître et de décrire, d'interpréter et d'intégrer peu à peu à une certaine "rationalité". La rationalité du réel semble ne prendre sens que dans l'ordre de la connaissance et de la représentation, par référence à l'ordre de notre entendement et non pas à celui du désir ou de l'imaginaire; la thèse de la rationalité du réel ne correspond en toute rigueur qu'au postulat selon lequel l'expérience de l'Etre est en droit descriptible en termes de discours rationnel.

L'irrationalité ne ferait dès lors que qualifier l'état latent de ce qui, dans l'expérience que nous faisons de l'Etre, n'est pas encore décrit en termes de discours rationnel. "Tout ce qui est réel, dit en ce sens Hegel, est rationnel; tout ce qui est rationnel est réel".

Car, le réel est justement l'objet corrélatif, indéfiniment élargi et complété, d'une connaissance rationnelle aux prises avec la tâche infinie de décrire et d'ordonner conceptuellement la représentation. L'irrationnel serait donc en ce sens l'"inconnu" qui est aux marges du connu, mais dont la connaissance se nourrit, à l'infini d'une résorption sans fin , en l'intégrant au connu rationnel.

L'irrationnel n'aurait donc de sens que par rapport au rationnel qui en poserait la "vérité"... Pourtant, l'irrationnel, ainsi réduit au pur et simple "extérieur" de la connaissance, à l'"impensé" de la pensée, à son rebut, ou bien, à l'intérieur de la représentation, aux seuls modes de l'imaginaire et du désir instinctifs non encore maîtrisés par la raison, est bien plutôt non rationnel que proprement "irrationnel". Retrouver l'irrationnel en deçà de ce "vêtement d'idées" dont parle Husserl, ou en deçà de cet "arraisonnement" (Heidegger), de cette rationalisation forcée dont le travail de la raison logique est rendu responsable, c'est peutêtre se mettre en mesure de retrouver la dimension sacrée et mystérieuse des données premières du "monde de la vie" des phénoménologues, de ce monde perçu dans la dimension religieuse et magique du "sacré", de ce "monde d'avant la science" dont la science, en l'oubliant, parle toujours implicitement à son insu; se mettre en quête d'un "au-delà" de l'expérience policée, où s'ouvrirait quelque chose comme un "dévoilement", une "révélation", une "vérité" de l'Etre enfin donné en pleine "présence". Ainsi, face à l'exigence de la rationalité, s'offre l'apparition d'un monde où "la rose est sans pourquoi", son éclosion en un paraître singulier, éclatant et imprévisible dans sa gratuité, refusée à l'investigation du botaniste.

Et tout ce qui, sur ce mode innombrable du don gratuit des choses apparaissantes, ne saurait être objet de science sans être manqué, qu'est-ce au-delà même d'une prolifération de singularités irréductibles, sinon ce fait ultime que puisse même nous être donné, dans le mystère de la conscience, "quelque chose" à connaître, plutôt que "rien"? Et ce simple "apparaître" qu'affecte pour nous l'"Etre" jusqu'aux plus simples modes de notre représentation? Et la situation dans laquelle nous sommes par essence, de ne pouvoir que nous saisir aux prises avec la donnée brute injustifiable de notre "existence", quelque part entre Etre et Néant? Ou encore cette angoisse de la finitude singulière, ce tragique de l'"existant" face à son "être-pour-la-mort", en proie au jeu aveugle de déterminismes incalculables, ou à la dialectique inquiète du désir et du regret, de l'innocence et du péché, ou à l'ironie soupçonnée. »

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