Aide en Philo

cours science et vérité

Publié le 14/05/2026

Extrait du document

« Chapitre 4 - La science [notions du programme : la science – raison et expérience – la connaissance de la nature] Dans le chapitre précédent, on a vu certaines difficultés que soulève l'idée de vérité pour la philosophie, avec tout d'abord la question de ce qu'on doit considérer comme le réel, mais aussi en raison des pièges du langage et de nos catégories de pensée, sans compter la tendance de l'homme à absolutiser la vérité source de dogmatisme ou de fanatisme.

Mais le fait est qu'il existe bel et bien un ensemble de savoirs solides capables de décrire ce qui nous entoure.

Ainsi, en dépit des doutes de la philosophie, en particulier du scepticisme, les sciences ont été capables d'accumuler au cours du temps un ensemble d'explications sur les phénomènes (externes pour ce qui est de la nature, comme interne si l'on pense à la biologie ou la psychologie). 1) Démarche scientifique, démarche rationnelle S'il y a lieu de s'interroger sur la démarche scientifique et sur ce qui en fait la validité, c'est parce qu'aujourd'hui, alors que nous avons des sciences plus élaborées que jamais, on voit monter dans le débat public des doutes sur la valeur des connaissances scientifiques : c'est ainsi qu'on voit certains prendre les savoirs établis sur le changement climatique pour des opinions, ou encore tel ou tel dire "ne pas croire dans l'évolution darwinienne"… Sans compter certaines affirmations mal comprises ou bien très floues ("la science c'est le doute", "la science c'est prouvé") qui conduisent à se méprendre sur l'activité scientifique. Il semble donc nécessaire pour commencer de voir ce qui distingue le savoir scientifique de n'importe quelle croyance ou opinion. => croyance, opinion, savoir La croyance présente les trois degrés suivants : l'opinion, la foi et la science.

L'opinion est une croyance qui a conscience d'être insuffisante aussi bien subjectivement qu'objectivement.

Si la croyance est subjectivement suffisante mais si en même temps elle est tenue pour objectivement insuffisante, elle s'appelle alors foi.

Enfin la croyance qui est suffisante aussi bien subjectivement qu'objectivement s'appelle science.

Lorsque la suffisance est ressentie subjectivement (pour moimême) il y a conviction, lorsque elle l'est objectivement (pour tout le monde) il y a certitude.

La persuasion quant à elle n'est qu'une simple apparence en ce qu'elle prend pour un principe objectif la conviction qui relève seulement du sujet.

La pierre de touche grâce à laquelle nous distinguons si la croyance est une conviction ou simplement une persuasion est donc extérieure : elle consiste dans la possibilité de communiquer sa croyance et de la trouver valable pour la raison de tout homme ; car alors il est au moins à présumer que la cause de la concordance de tous les jugements malgré la diversité des sujets entre eux, reposera sur un principe commun - je veux dire l'objet avec lequel, par conséquent, tous les sujets s'accorderont de manière à prouver par là la vérité du jugement. Kant, Critique de la raison pure, 1781 Le texte de Kant opère une distinction entre divers degrés de croyance (on reverra un peu plus loin que ce que l'on entend ici par "croyance" est un terme général qui désigne le faire de "tenir-pour-vrai" et que la connaissance scientifique en ce sens est elle même un genre de croyance).

Il les distingue à partir de leurs validités subjective et objective.

La validité subjective, désigne notre adhésion intérieure à une idée ou à une représentation ou pensée.

Nous y adhérons parce que nous la tenons pour vrai.

La validité objective, quant à elle, correspond au fait que ce que je dis ou pense puisse être jugé également recevable par autrui (et potentiellement que ce soit valable universellement).

A partir de là Kant définit l'opinion comme une croyance doublement incertaine.

Lorsque j'ai une opinion sur ceci ou cela, je ne suis pas sûr de moi : j'ai conscience que je ne peux pas prouver ce que je dis et que les autres ne partagent pas nécessairement cette opinion ; mais par ailleurs, la conviction intérieure que j'ai n'est pas non plus très solide car j'ai du mal à dire pourquoi je pense ainsi et je pourrais aussi bien passer de cette opinion à une autre (c'est ce qui faisait dire à Platon dans son dialogue Ménon que les opinions sont comme les statues de Dédale, incapables de rester fixes).

On pourrait objecter à Kant que certaines de nos opinions, comme les opinions politiques, sont au contraire très fortes.

Mais peut-être est-ce que ces opinions relèveraient plutôt ce que Kant appelle la foi. Ainsi, la foi selon Kant est une croyance subjectivement forte, mais objectivement faible.

La foi - il s'agit ici de la foi religieuse - est une adhésion sans pouvoir compter sur des preuves.

La foi se caractérise justement par cette force de la conviction sans preuve, ce qui en fait à la fois la grandeur et la faiblesse.

La foi (en latin "fides") se place au delà de la recherche de preuves, puisque avoir la foi (que ce soit en Dieu ou en l'Homme, ou tout autre principe) c'est avoir confiance.

Il faut alors distinguer la foi qui est "croire en" (en quelque chose ou en quelqu'un) et le fait de "croire que".

Lorsque je crois qu'il va pleuvoir ou lorsque je crois que l'été sera chaud, je fais simplement une supposition qui peut recevoir une confirmation ou être démentie. Suivant que je crois avec plus ou moins de conviction à une idée je peux ainsi me rapprocher ou bien de la foi (lorsque j'y adhère avec force) ou bien me rapprocher d'une simple opinion. En tous cas si, pour Kant, il faut distinguer entre la foi, l'opinion et la science, en revanche il ne faut pas nécessairement opposer la croyance au savoir, la science étant bel et bien pour Kant un mode de croire. Comme le dit le texte, "la pierre de touche" permettant la distinction ce sera la possibilité de recevoir confirmation ou pas, ce qui nous conduit à l'idée de science.

La science se caractérise ainsi par une double suffisance, à la fois objective et subjective.

Et c'est en ce cas seulement que, selon Kant, mon adhésion subjective à ce que je tiens pour vrai, renforcée par des preuves objectives, n'est plus seulement conviction mais certitude : je ne fais pas qu'avoir la conviction que deux et deux font quatre ou que la somme des angles d'un triangle font 180 degrés, je peux le prouver par une démonstration.

Ici non seulement ce que je tiens pour vrai est effectivement vrai, mais je peux le justifier. Mais il y a bien des cas où ce que je sais pourtant être vrai et objet de science, j'aurais pour ma part bien du mal à le justifier : ainsi, je peux très bien dire que la terre est ronde, ou qu'elle est en mouvement autour du Soleil, sans être véritablement capable d'en faire la démonstration.

Dès lors, ce savoir que j'énonce a beau être objectivement vrai, je ne peux pas en ce qui me concerne l'appeler à proprement parler "science" - ily a donc bien des cas où des connaissances authentiques ne sont que des opinions dans l'esprit de celui qui n'en maîtrise pas les tenants et les aboutissants. Tocqueville, De la démocratie en Amérique, tome II, première partie, chap.2 Le texte de Tocqueville ci-dessus affirme de manière assez plaisante qu'il n'est sans doute pas possible ni même souhaitable d'avoir tous et en permanence une véritable science sur tout.

Si nous voulions démontrer de manière assurée tout ce que nous disons, il nous faudrait alors consacrer toute notre activité à cette démonstration, ce qui épuiserait notre temps et nos forces, et nous rendrait incapables de nous projeter vers quantité d'autres connaissances.

Ainsi, de manière assez ironique, Tocqueville en conclut-il que bien que les opinions soient regrettables, elles sont en même temps absolument nécessaires. On retiendra en tous cas du texte de Kant que ce que nous tenons pour vrai - la croyance au sens large – comporte toutes sortes de degrés, aussi bien dans l'adhésion subjective que dans les possibilités de la fonder.

Et on retiendra aussi que les connaissances scientifiques sont certes aussi des croyances, au sens où ce sont des choses que nous tenons pour vrai, mais que ce sont des croyances fondées.

La connaissance scientifique peut ainsi se définir comme une croyance vraie justifiée : vraie parce que correspondant bien à l'objet, et justifiée parce que reposant sur des procédures solides de vérification.

Reste maintenant à expliciter ce que Kant n'aborde pas dans ce texte, à savoir la manière dont les sciences vont construire des démarches fiables de vérification. => Raison, rationalisme, et progrès de la connaissance * Définition de la raison : faculté par laquelle sont reliées nos idées afin de former des raisonnements.

(La raison découle du terme latin ratio et du grec logos qui signifie lien). La raison est ainsi la source de la connaissance par l'analyse rationnelle, la mesure, le calcul, par opposition à tout ce qui relève de.... »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles