Catégorie : Philosophie
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Bergson: De l'incapacité du langage à traduire la pensée et la réalité
Le langage sert à chaque individu pour trouver son rôle et sa place dans la société. Les signes du langage sont à la fois généraux et mobiles. Ils permettent aux objets de passer de l'ombre à la lumière, ils les font devenir choses. Mais pratiquant le langage, l'intelligence applique des formes qui sont celles-mêmes de la matière inorganisée. Le langage pétrifie le monde, le durcit en le découpant en fonction de nos besoins et de nos habitudes. De par sa généralité, il use des mêmes vocables, po...
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Rousseau: La force ne fait pas le droit
Le problème à résoudre est le suivant : "le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit et l'obéissance en devoir". Existe-t-il réellement un droit du plus fort, et la force est-elle un principe suffisant pour fonder le droit ? S'il est vrai que dans la nature règne la force, il n'est pas vrai que le plus fort reste longtemps le maître : les forces y sont perpétuellement en conflit, et l'issue est incertaine. De plus, la puissance physique...
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Aristote: De la sensation à la science
Tous les hommes ont par nature le désir de connaître ; « le plaisir causé par les sensations en est la preuve, car en dehors même de leur utilité, elles nous plaisent par elles-mêmes, et, plus que toutes les autres, les sensations visuelles » (Métaphysique, A, 1). 1. Les commencements du savoir A. La sensation Toute connaissance commence avec la sensation. Celle-ci consiste en une altération de l'âme par quelque chose qui agit sur elle. Mais l'âme ne reste pas passive ; la sensation ne se réduit...
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Saint Thomas d'Aquin: L'homme et Dieu
Pour Thomas d'Aquin, il y a un profonde complémentarité entre la philosophie d'Aristote ("le Philosophe") et la théologie chrétienne. L'une nous enseigne ce que la raison peut connaître sans la révélation religieuse ; l'autre doit conduire cette philosophie au-delà de ce que la raison peut atteindre. 1. Foi et raison A. La raison et la révélation. • Il y a deux voies d'accès à Dieu : la raison et la révélation. La raison est la faculté de concevoir des idées. La révélation est la parole de Dieu...
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Descartes: Les règles de la méthode
Thème 82 Descartes: Les règles de la méthode La vérité est une notion si claire et si évidente qu'il est impossible de l'ignorer. Elle est même une idée innée, car il est impossible d'apprendre ce qu'elle est. On ne peut en effet être en accord ou en désaccord avec celui qui nous en propose une définition, si au préalable on ne sait s'il dit vrai ou faux. Il faut donc savoir, antérieurement à toute définition, ce qu'est la vérité pour acquiescer ou non à la définition qu'on lui suppose. Traditi...
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Pascal: L'esprit de géométrie
L'imagination est la plus grande puissance d'erreur qui se puisse trouver en l'homme, et dont il ne peut se défaire. Si elle était toujours fausse, il suffirait d'en prendre le contre-pied pour trouver la vérité, mais nous ne savons jamais si ce qu'elle nous représente est réel ou irréel. N'étant pas la règle infaillible du mensonge, elle ne peut l'être de la vérité. Elle représente le vrai et le faux avec la même indifférence. Sa puissance de persuasion est infinie, même auprès des hommes les p...
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Aristote: Nature et Divin
Le monde d'Aristote est hiérarchique. Les êtres y ont tous une nature, une essence, plus ou moins parfaite, c'est-à-dire plus ou moins proche de la substance parfaite, incorruptible, la forme pure : Dieu. Tous les êtres, sourdement ou consciemment, tendent vers ce suprême vivant. Le destin de chaque être est de devenir ce qu'il est, en réalisant sa nature. 1. Le monde des choses muables A. Le mouvement Le monde est en perpétuel mouvement. Il y en a deux sortes : naturel s'il se produit conformém...
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Hegel: L'art n'est pas une imitation de la nature, il est supérieur à elle
Thème 92 Hegel: L'art n'est pas une imitation de la nature, il est supérieur à elle Hegel rompt avec Kant, pour qui la beauté naturelle tient une large part. La contemplation d e la belle nature accorde mystérieusement l'imagination et l'entendement. Hegel rejette la beauté naturelle, car la beauté artistique étant un produit de l'esprit lui est nécessairement supérieure. C'est pour nous et non en soi et pour soi qu'un être naturel peut être beau. L'imitation de la nature n'est donc pas de l'ar...
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Machiavel: politique et morale
Au sens courant, le machiavélisme consiste à jouer, la fin justifiant les moyens, la politique contre la morale. La réflexion de Machiavel est autre, et le problème qu'il pose dans Le Prince est celui du pouvoir considéré exclusivement au regard de ses exigences propres, non subordonné à autre chose : quelles sont les conditions sine qua non d'un pouvoir politique efficace et durable ? Amorale mais non immorale, sa pertinence est de "se conformer à la vérité effective de la chose, [non] aux imag...
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Kant: L'asociale sociabilité de l'homme
Chaque homme est partagé par la tendance contradictoire d'entrer en société, de rechercher le commerce de ses semblables, et de les fuir ou de nourrir à leur égard des sentiments peu charitables. L'état de société est une nécessité pour chacun qui peut ainsi seulement développer ses propres dispositions, mais chacun recherche aussi l'isolement de ses semblables pour garder le sentiment de pouvoir tout diriger à sa guise. Autrui s'oppose à la libre tendance de chacun à suivre ses propres penchant...
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Hume: La nature humaine
L'esprit humain n'a pas de nature originelle : sans facultés, sans organisation interne, il se réduit à l'origine à un ensemble incohérent d'idées, une collection inorganisée de toutes les impressions qui l'affectent et l'ont affecté. L'esprit n'est au départ qu'imagination, non pas productrice d'idées neuves, mais reproductrice servile d'impressions reçues. L'esprit humain se construit une nature par la façon dont il associe ces idées, sous l'effet de règles qui le dépassent et lui viennent du...
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Spinoza: Les illusions de l'homme
VOCABULAIRE SPINOZISTE Nécessité: lien logique entre deux essences ou entre une essence et son existence, lorsque l’une ne peut être rationnellement conçue sans l’autre. Le déploiement existentiel des conséquences nécessaires est le déterminisme. Les lois de la Nature découlent nécessairement de l’essence de la substance. Liberté: elle n’est pas un acte de la volonté qui n’est qu’une faculté (entité abstraite, en fait inexistante). La liberté concrète est l’autonomie d’un individu, atteinte lors...
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Alain: Défintion du droit
Le droit, par définition, s'oppose au fait. La possession, par exemple, est un fait, tandis que la propriété est un droit, c'est-à-dire que ma possession est reconnue et garantie par une institution. Le droit de propriété m'assure la sécurité de ma possession. Le droit est donc un système de contrainte générale et réciproque : il vaut pour tous et jouit de la reconnaissance de tous. Il est fondé sur la coutume et le jugement des législateurs, et il a pour but d'accorder l'idéal de la justice ave...
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Kierkegaard: Qu'est-ce que l'existence ?
□ Kierkegaard décrit trois « sphères » de l'existence temporelle, qui sont comme trois possibilités, ou non, d'entrer en rapport avec ce qui est éternel : les sphères esthétique, éthique et religieuse. □ Don Juan illustre la première, celle de l'homme qui, dans sa quête insatiable de sensualité, vit dans l'immédiateté de l'instant. À ce stade, l'homme ne choisit pas ce qu'il veut être mais conduit sa vie en la réglant sur l'extériorité du paraître. C'est pourquoi il ne peut, au fond, qu'éprouver...
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Montesquieu: L'esprit des lois
Les hommes sont soumis à de multiples lois de différents ordres, des lois de la nature physique aux lois de l'État, des lois du droit naturel aux lois de la religion. On donne certaines lois à un État en fonction d'un certain esprit : c'est l'esprit des lois, dont Montesquieu cherche à montrer le principe. 1. L'esprit général d'une nation A. Les lois Les moeurs sont les coutumes de la conduite intérieure, les manières celles de la conduite extérieure des hommes. Elles se distinguent des lois, qu...
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Calliclès: La philosophie ne vaut que pour la jeunesse
Pratiquer la philosophie n'a de charme que si l'on s'y livre avec modération dans la jeunesse; poursuivie au-delà, elle devient une calamité, faisant du philosophe un étranger à toutes les choses qu'il faut connaître afin de devenir bien élevé et socialement considéré. A l'âge mûr, un philosophe se remarque par son ignorance des lois de la Cité; peu doué pour traiter des affaires publiques et privées, sa connaissance de l'homme "tel qu'il est", sujet aux passions et en quête des plaisirs et des...
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Cournot: Du statut ambigu de la science historique
La science décrit des phénomènes dont les phases se succèdent et s'enchaînent selon des lois, qu'elles soient tirées de l'expérience ou du raisonnement. On ne peut donc réserver à l'histoire l'étude des phénomènes temporels, tandis que la science ne se préoccuperait que des phénomènes indifféremment ou indépendamment du temps. L'astronomie par exemple décrit le déroulement des éclipses, la physique, la propagation d'une onde sonore, ou la médecine, le cours d'une maladie évolutive, sans qu'aucun...
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Aristote: Bonheur et vertu
PRESENTATION DE L' "ETHIQUE A NICOMAQUE" DE ARISTOTE Au regard de la tripartition du savoir classique dans l'Antiquité (logique, physique et éthique), l'Éthique à Nicomaque constitue l'oeuvre la plus aboutie de la partie éthique. En délimitant le champ des affaires humaines par exclusion de la nature et du divin, elle constitue le premier effort pour penser l'action humaine de manière immanente et autonome et lui reconnaître ainsi une positivité ontologique. Aristote (384-322 av. J.-C.) y opère...
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Merleau-Ponty: La pensée ne préexiste pas au langage
Quelles que soient les critiques que l'on puisse adresser au langage pour son imperfection à signifier adéquatement la réalité ou sa vérité, il n'y a pas de pensée sans langage, et il n'y a pas de langage sans pensée. Mais le langage n'est pas pour autant la traduction d'un texte original que nous aurions dans notre pensée, avant de le dire ou de l'écrire. "Dire, ce n'est pas mettre un mot sous chaque pensée." Si nous le faisions, paradoxalement nous resterions dans le silence, puisque chaque mo...
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Husserl : La conscience
La conception transcendantale de la conscience. «Toute conscience est conscience de quelque chose. » Husserl, Méditations cartésiennes (1929). • Dans le prolongement de Kant, Husserl développe la conception «transcendantale» de la conscience, à savoir que la conscience construit, par la perception et par l'entendement, les objets qui lui apparaissent. Autrement dit, elle n'est pas un réceptacle passif, mais elle n'est pas non plus une «monade» close sur elle-même. Il y a un rapport à l'extériori...