Catégorie : Philosophie
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Montesquieu: L'esprit des lois
Les hommes sont soumis à de multiples lois de différents ordres, des lois de la nature physique aux lois de l'État, des lois du droit naturel aux lois de la religion. On donne certaines lois à un État en fonction d'un certain esprit : c'est l'esprit des lois, dont Montesquieu cherche à montrer le principe. 1. L'esprit général d'une nation A. Les lois Les moeurs sont les coutumes de la conduite intérieure, les manières celles de la conduite extérieure des hommes. Elles se distinguent des lois, qu...
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Calliclès: La philosophie ne vaut que pour la jeunesse
Pratiquer la philosophie n'a de charme que si l'on s'y livre avec modération dans la jeunesse; poursuivie au-delà, elle devient une calamité, faisant du philosophe un étranger à toutes les choses qu'il faut connaître afin de devenir bien élevé et socialement considéré. A l'âge mûr, un philosophe se remarque par son ignorance des lois de la Cité; peu doué pour traiter des affaires publiques et privées, sa connaissance de l'homme "tel qu'il est", sujet aux passions et en quête des plaisirs et des...
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Cournot: Du statut ambigu de la science historique
La science décrit des phénomènes dont les phases se succèdent et s'enchaînent selon des lois, qu'elles soient tirées de l'expérience ou du raisonnement. On ne peut donc réserver à l'histoire l'étude des phénomènes temporels, tandis que la science ne se préoccuperait que des phénomènes indifféremment ou indépendamment du temps. L'astronomie par exemple décrit le déroulement des éclipses, la physique, la propagation d'une onde sonore, ou la médecine, le cours d'une maladie évolutive, sans qu'aucun...
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Aristote: Bonheur et vertu
PRESENTATION DE L' "ETHIQUE A NICOMAQUE" DE ARISTOTE Au regard de la tripartition du savoir classique dans l'Antiquité (logique, physique et éthique), l'Éthique à Nicomaque constitue l'oeuvre la plus aboutie de la partie éthique. En délimitant le champ des affaires humaines par exclusion de la nature et du divin, elle constitue le premier effort pour penser l'action humaine de manière immanente et autonome et lui reconnaître ainsi une positivité ontologique. Aristote (384-322 av. J.-C.) y opère...
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Merleau-Ponty: La pensée ne préexiste pas au langage
Quelles que soient les critiques que l'on puisse adresser au langage pour son imperfection à signifier adéquatement la réalité ou sa vérité, il n'y a pas de pensée sans langage, et il n'y a pas de langage sans pensée. Mais le langage n'est pas pour autant la traduction d'un texte original que nous aurions dans notre pensée, avant de le dire ou de l'écrire. "Dire, ce n'est pas mettre un mot sous chaque pensée." Si nous le faisions, paradoxalement nous resterions dans le silence, puisque chaque mo...
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Husserl : La conscience
La conception transcendantale de la conscience. «Toute conscience est conscience de quelque chose. » Husserl, Méditations cartésiennes (1929). • Dans le prolongement de Kant, Husserl développe la conception «transcendantale» de la conscience, à savoir que la conscience construit, par la perception et par l'entendement, les objets qui lui apparaissent. Autrement dit, elle n'est pas un réceptacle passif, mais elle n'est pas non plus une «monade» close sur elle-même. Il y a un rapport à l'extériori...
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Descartes: Seul l'entendement connaît
Dans la deuxième Méditation, Descartes observe un morceau de cire "qui vient d'être tiré de la ruche, il n'a pas encore perdu la douceur du miel qu'il contenait, il retient encore quelque chose de l'odeur des fleurs d'où il a été recueilli ; sa couleur, sa figure, sa grandeur sont apparentes : il est dur, il est froid, on le touche, et si vous le frappez, il rendra quelque son". Connaître un corps, c'est apparemment le connaître par les caractères que nous percevons : son odeur nous renseigne su...
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Descartes, Cogito ergo sum : «Je
pense donc je suis »
PRESENTATION DE L'OUVRAGE "DISCOURS DE LA METHODE DE DESCARTES Premier texte philosophique paru en langue française, préfaçant les Essais scientifiques, le Discours de la méthode retrace le parcours intellectuel de son auteur, depuis l'incertitude de l'école et de ses livres jusqu'à la fondation inébranlable du cogito et des fruits qui en découlent. Descartes (1596-1650) prend ses distances avec le long héritage aristotélicien véhiculé par la philosophie scolastique : cela se lit aussi bien dans...
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Montaigne: La nature humaine
Montaigne est le philosophe de la vie de tous les jours. Ce n'est pas un grand savant qui applique son savoir, c'est un homme qui essaie son jugement – d'où le titre de ses Essais. Son sujet favori est la nature humaine. 1. La sagesse des anciens A. Le scepticisme de Montaigne Il y a trois chemins du philosophe en quête de vérité : dire qu'il l'a trouvée, ou qu'on ne peut la trouver, ou qu'il la cherche encore. Le sceptique n'est pas le second, mais le troisième ; car, pour juger que l'homme ne...
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Hume, La raison ne peut pas connaître
de relations de cause à effet
Indications générales David Hume (1711-1776) est l'un des grands représentants de l'empirisme anglais. Il en a poussé les conséquences très loin, allant jusqu'à nier l'existence de liens de cause à effet réels entre les choses. C'est cette célèbre analyse qui mènera Kant* à dire de lui «ce fut Hume qui me tira de mon sommeil dogmatique». Citation «La première fois qu'un homme vit le mouvement se communiquer par impulsion, par exemple par k choc de deux billes de billard, il ne put affirmer que l...
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Hegel: La raison, une totalité qui exclut l'irrationnel
Thème 73 Hegel: La raison, une totalité qui exclut l'irrationnel Chez Hegel, la raison est plus qu'une faculté individuelle qui se trouverait tout entière en chacun, elle est absolue, c'est l'unité la plus haute de l'Esprit, et à ce titre, elle est divine. Dieu est Raison qui modèle la totalité du réel. La Raison gouverne le monde, si bien que l'histoire, dans la totalité de son déroulement, est intégralement rationnelle. Elle est la puissance infinie, à la fois matérielle et spirituelle de la...
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Heidegger: Le dasein et le temps
LE DASEIN ET LE TEMPS Pour accéder à l'être, Heidegger choisit de s'intéresser au seul étant qui a la possibilité de s'interroger sur l'être. Cet étant singulier, c'est l'homme. Heidegger l'appelle Dasein. Ce terme allemand qui signifie habituellement existence (littéralement « être-là ») désigne ici le mode particulier d'existence de l'homme, qui consiste ù être le lieu unique où l'être s'apparaît comme tel ù lui-même. Pour la simplicité de la lecture, vous pouvez dans la fiche remplacer...
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Kierkegaard, «S'introduire comme un rêve dans l'esprit d'une jeune fille est un art, en sortir est un chef d'oeuvre »
Explication Par rapport à l'oeuvre de Kierkegaard, l'esthète de la séduction qu'est Johannès représente, non pas l'idéal de Kierkegaard, mais le premier stade de l'existence : comme Don Juan, il cherche à vivre dans l'instant, en deçà de la question du bien et du mal. C'est une posture existentielle possible, mais pour Kierkegaard, elle n'est pas tenable indéfiniment. Elle précède le stade éthique, où sera posée la question du bien et du mal. Ce second stade est lui-même insuffisant, et c'est le...
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Pascal: L'imagination, maîtresse d'erreur et de fausseté
L'imagination est la plus grande puissance d'erreur qui se puisse trouver en l'homme, et dont il ne peut se défaire. Si elle était toujours fausse, il suffirait d'en prendre le contrepied pour trouver la vérité, mais nous ne savons jamais si ce qu'elle nous représente est réel ou irréel. N'étant pas la règle infaillible du mensonge, elle ne peut l'être de la vérité. Elle représente le vrai et le faux avec la même indifférence. Sa puissance de persuasion est infinie, même auprès des hommes les pl...
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Rousseau: De l'état de nature à l'état civil
PRESENTATION DU "DISCOURS SUR L'ORIGINE ET LES FONDEMENTS DE L'INEGALITE PARMI LES HOMMES" DE ROUSSEAU Ce texte constitue la réponse de Rousseau (1712-1778) à une question proposée par l'Académie de Dijon sur la source des inégalités. Rousseau y avance une critique radicale de tous les théoriciens du Droit Naturel et du Contrat en montrant que ces concepts ont été utilisés pour fonder en raison une imposture et un asservissement. La philosophie politique a, selon lui, toujours été de connivence...
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Heidegger, « La science ne pense pas »
Thème 270 Heidegger, « La science ne pense pas » Indications générales Heidegger (1889-1976) fut l'assistant de Husserl* à l'université de Fribourg. Il prolonge, à sa manière, la nouvelle forme de philosophie fondée par celui-ci: la phénoménologie. Dans Être et temps (1927) il expose la différence fondamentale entre l'être et l'étant, et explique que toute la métaphysique occidentale s'est construite en privilégiant l'étant et en oubliant l'être. C'est dans ce cadre qu'il faut comprendre la phr...
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Heidegger: Le rapport de l'art et de la vérité
Heidegger: Le rapport de l'art et de la vérité Heidegger a posé la question de l'origine de l'oeuvre d'art : celle-ci est avant tout une chose. Une peinture est avant tout un tableau, présenté d'exposition en exposition, ou siégeant dans un musée. Mais Heidegger distingue trois types de choses : la chose naturelle, l'outil (défini par son utilité) et l'oeuvre. Aristote a montré qu'une chose se compose d'une matière (hylè) qui reçoit une forme (morphé, eidos). Par sa matière, l'oeuvre d'art est...
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Rousseau: La nature comme maître
Les enfants, grands imitateurs, essayent de tout dessiner : je voudrais que le mien cultivât cet art, non précisément pour l'art même, mais pour se rendre l'œil juste et la main flexible ; et, en général, il importe fort peu qu'il sache tel ou tel exercice, pourvu qu'il acquière la perspicacité du sens et la bonne habitude du corps qu'on gagne par cet exercice. Je me garderai donc bien de lui donner un maître à dessiner, qui ne lui donnerait à imiter que des imitations, et ne le ferait dessiner...
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Sartre: Le statut absurde de l'existence humaine
Thème 74 Sartre: Le statut absurde de l'existence humaine VOCABULAIRE SARTRIEN: Responsabilité : découle de la liberté humaine et est aussi radicale que celle-ci. Satire prend le mot au sens courant de « conscience d'être l'auteur incontestable d'un événement ou d'un objet » (EN, p. 612), à condition d'ajouter que nous sommes toujours, quoi qu'il nous arrive, responsables de nous-mêmes en tant que manière d'être et du sens que nous donnons au monde par nos choix. Contingence : le fait que ce qu...
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Augustin, « Qu'est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais, mais si on me le demande et que je veuille l'expliquer, je ne le sais plus »
Indications générales Avec la fin de l'Antiquité et la diffusion du christianisme en Europe, la philosophie perd son autonomie par rapport à la religion: elle devient «servante de la théologie» (et réciproquement, la religion prend la forme d'une «théologie», c'està-dire d'un discours en partie rationnel). C'est pourquoi saint Augustin (354-430), qui fut évêque et Père de l'Église, est aussi considéré comme un grand philosophe, réalisant le rencontre entre le platonisme et le christianisme. Dans...