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Qu'est-ce que l'objectivité scientifique ?

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« Ce sujet vous invite à analyser la notion d'objectivité. Vous pouvez l'examiner par opposition avec son antonyme, la « subjectivité ». Commencez par les opposer. Un jugement est « objectif » lorsqu'il est impartial, équitable, et il est subjectif lorsqu'il reflète les préjugés de celui qui l'énonce. Dans cette perspective, l'objectivité est une qualité morale plus qu'une caractéristique intrinsèque de la science. Elle n'est pas son apanage. Mais vous pouvez donner à l'objectivité une signification plus précise. Le caractère objectif d'une thèse peut résider dans sa capacité à être universalisée. La quantification et l'abstraction qu'introduit la science dans l'analyse des phénomènes sont, dans ce cas, une garantie d'objectivité. La science apparaît comme le modèle de l'objectivité. Mais qu'en est-il de la subjectivité ? Elle aussi peut être analysée différemment. Loin d'être synonyme de « mauvaise foi » ou de « partialité », la subjectivité est la propriété qu'a un sujet d'être conscient de lui-même et du monde. En ce sens, la subjectivité est la condition de la connaissance scientifique au même titre que l'objectivité. Paradoxalement, l'objectivité du scientifique s'adosse à sa subjectivité. THÈMES DE RÉFLEXION • On peut penser définir l'objectivité scientifique du « côté » de « l'objet » : ce serait la conformité à l'objet, l'objet étant lui-même conçu comme une réalité « possédant une existence en soi, indépendante de la connaissance ou de l'idée que des êtres pensants en peuvent avoir ». (Vocabulaire technique et critique de la philosophie de Lalande, sens D.) — Mais cette façon de définir l'objectivité scientifique ne peut tenir pour peu qu'on prenne en compte des données des histoires des sciences : non seulement une telle définition ne rend pas compte de ce qui se passe effectivement dans les activités scientifiques mais encore une telle définition est in-opératoire, ne saurait en aucun cas orienter les recherches scientifiques. Enfin comment penser cette conformité à l'objet conçue de cette façon sans affirmer comme Bachelard: « une coïncidence entre pensée et réalité est un véritable monstre épistémologique ». (Essai sur la connaissance approchée, p. 43.) • On peut penser définir l'objectivité scientifique non plus du côté de cet « objet » mais du côté des « sujets » de la connaissance scientifique. On pourrait parler d' « objectivité scientifique » lorsqu'il y a accord entre eux des êtres pensants (« l'objectivité étant définie ici en fait contre la subjectivité spécifiquement individuelle de chacun »). Cf. Poincaré, La valeur de la science : « Quand nous demandons quelle est la valeur objective de la science, cela ne veut pas dire : la science nous fait-elle connaître la véritable nature des choses ?... En résumé, la seule réalité objective, ce sont les rapports des choses d'où résulte l'harmonie universelle. Sans doute ces rapports, cette harmonie ne sauraient être conçus en dehors d'un esprit qui les conçoit ou qui les sent. Mais ils sont néanmoins objectifs parce qu'ils sont, deviendront, ou resteront communs à tous les êtres pensants. » Toutefois une telle position ne peut non plus tenir si l'on se réfère aux données de l'évolution des sciences et singulièrement à ce qui s'est produit à partir du début du XXe siècle (où, par exemple, les principes de base de la physique classique — tenus jusqu'alors « par tous » comme n'étant pas à mettre en doute — l'ont été finalement... « par tous »). • Quelques données de l'évolution contemporaine de « la physique ». — La mécanique einsteinienne remet en question la détermination des objets de la physique par des masses invariables évoluant dans un espace et un temps uniformes (trois des principes fondamentaux de la physique newtonienne sont ainsi récusés et dans le même temps une certaine appréhension des « objets » de la physique). — La mécanique quantique en admettant la nécessité pour penser un phénomène comme la lumière de poser la dualité de sa nature comme onde et comme particule pose d'une tout autre façon la notion d' « objet » (qui n'a plus rien à voir avec ce que l'on met d'habitude sous ce terme). — Le principe d'indéterminisme de Heisenberg conduit à appréhender la causalité d'une façon totalement nouvelle (ce qui nous concerne ici dans la mesure où il y a un certain lien entre l' « objectivité » et l'appréhension de relations causales). Tout ceci amène à penser qu'au lieu de s'efforcer de tenter de donner des définitions a priori de « l'objectivité scientifique » il serait sans doute plus juste et plus opérant d'admettre que la réflexion sur l'objectivité doit passer par l'étude de l'activité scientifique (au lieu de proclamer des normes de « l'extérieur »). • La réflexion bachelardienne sur l'activité scientifique. — Dans son Essai sur la connaissance approchée, il parle d'un « double postulat métaphysique à la base de la physique moderne » (p. 52) : 1° l'existence de l'objet est contemporaine de la connaissance que nous en prenons, 2° Cette existence même est relative à nos méthodes. D'où sa formule : « L'objectivité est une forme sans objet » (Idem, p. 248). L'existence et la nature des objets connus scientifiquement dépendent des opérations (épistémologiques) qui permettent leurs définitions et leur étude scientifique. L'objet scientifique est conçu par Bachelard comme produit par les opérations qu'implique sa connaissance. Les objets ou les matières sur lesquels travaillent « la cité scientifique » sont des objets sociaux (c'est-à-dire non « naturels ») déjà soumis à une rationalité scientifique. Cf. chapitre phénoménologie et matérialité de son livre : Le »

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