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Par opposition à la science, à l'activité sociale, à l'esthétique, la philosophie ne vous apparaît-elle pas comme narcissisme stérile, barricadée dans un solipsisme qui prend ses désirs pour des réalités et aboutissant tout au plus à une oeuvre littérair

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Ainsi les spéculations philosophiques ne seraient-elles qu'un moment de la pensée humaine, moment nécessaire sans doute, mais destiné à être dépassé comme le laisse entendre la loi comtienne des trois états. Quand Renan écrit l'Avenir de la Science, il entend que l'avenir est à la science. Seules des connaissances positives reposant sur des observations précises et des raisonnements rigoureux, et réalisant par là l'accord des esprits, pourraient aider l'homme à résoudre les problèmes qui se posent à lui. Aussi se figure-t-on volontiers que se livrer à la philosophie, c'est s'enfermer dans une tour d'ivoire et se bâtir un monde imaginaire qui ferait oublier le monde réel. Socrate ne dit-il pas lui-même, dans le Phédon, que « les véritables philosophes n'ont d'autre souci que d'apprendre à mourir et de vivre comme s'ils étaient déjà morts » ? Les questions que pose le philosophe semblent tellement étrangères aux préoccupations de l'homme engagé dans la vie, que la philosophie apparaît comme un luxe dont seuls peuvent jouir ceux qui demeurent en dehors de la vie et dont on ne sait s'ils bénéficient d'un privilège ou sont victimes d'une disgrâce. ? B ? Plan de l'action : supériorité de la politique sur la philosophie. Il est remarquable d'ailleurs que la philosophie aboutisse ordinairement à une condamnation de la vie. Elle condamne, la vie naturelle au nom de la vie spirituelle et la vie sociale au nom de la vie intérieure. Comme il tend à oublier qu'il a un corps, le philosophe tend à oublier qu'il vit en société.Solipsisme : concept forgé à partir des termes latin signifiant « seul » (solus) et « soi-même » (ipse). Fondé sur un pléonasme, il recouvre surtout une critique : celle des philosophas pour qui le sujet pensant, par sa conscience, ne peut assurer la preuve que de sa seule existence, au détriment de celle d'autrui, et de tous les objets extérieurs. Le « cogito » de Descartes est notamment visé. Mais un sujet vraiment seul n'aurait ni conscience, ni langage et, aucune théorie n'existerait. Le sens du mot « solipsisme » se contredit donc lui-même.

« Par opposition à la science, à l'activité sociale, à l'esthétique, la philosophie ne vous apparaît-elle pas comme narcissisme stérile, barricadée dans un solipsisme qui prend ses désirs pour des réalités et aboutissant tout au plus à une oeuvre littéraire, donc esthétique, perdue parmi les autres ? INTRO: "La raison humaine, remarque Kant, a cette destinée singulière dans une partie de ses connaissance d'être accablée de certaines questions qu'elle ne saurait éviter". Dès qu'il a pensé, l'homme s'est trouvé en face de problèmes qu'il ne pouvait résoudre et cela explique que la philosophie soit à la lois la plus ancienne des disciplines et en un sens la plus vaine. Le philosophe est, en effet, l'homme qui s'interroge sur le monde et sur Dieu, sur la condition et la destinée humaines, et dont les réponses sont sans cesse remises en question. De Platon à Descartes, de Descartes à Kant, de Kant à Bergson, ce sont toujours les mêmes problèmes qui reviennent et il est permis de se demander pourquoi des hommes s'attachent ainsi à poser des questions auxquelles nulle réponse n'est jamais définitivement satisfaisante. Par là c'est le sens même de la philosophie qui se trouve mis en jeu. I. LA PHILOSOPHIE, JEU GRATUIT ET VAIN — A — Plan de la connaissance : supériorité de la science sur la philosophie. L'homme a besoin de certitude. Sans doute ce besoin exprime-t-il une exigence de sa nature rationnelle, mais il est aussi le besoin d'un animal pensant qui doit se fier à sa pensée pour vivre. Ce n'est en effet que par la vérité que l'homme a prise sur les choses. Descartes rêvait d'une « philosophie pratique » grâce à laquelle nous pourrions « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature ». Cette ambition de la philosophie, c'est la science qui l'a réalisée. Deux siècles après Descartes, Ernest Renan écrivait : « la science seule peut fournir à l'homme les vérités vitales sans lesquelles la vie ne serait pas supportable ». Il semble en effet que les différentes sciences se soient détachées une à une de la philosophie au fur et à mesure qu'elles sont parvenues à la certitude. Une connaissance serait philosophique aussi longtemps qu'elle demeurerait incertaine et vague, elle deviendrait scientifique en atteignant la vérité. Un problème appartiendrait au philosophe aussi longtemps que l'on n'en connaîtrait pas de solution valable ; dès qu'on saurait le résoudre, il relèverait de la science. A insi les spéculations philosophiques ne seraient-elles qu'un moment de la pensée humaine, moment nécessaire sans doute, mais destiné à être dépassé comme le laisse entendre la loi comtienne des trois états. Quand Renan écrit l'Avenir de la Science, il entend que l'avenir est à la science. Seules des connaissances positives reposant sur des observations précises et des raisonnements rigoureux, et réalisant par là l'accord des esprits, pourraient aider l'homme à résoudre les problèmes qui se posent à lui. A ussi se figure-t-on volontiers que se livrer à la philosophie, c'est s'enfermer dans une tour d'ivoire et se bâtir un monde imaginaire qui ferait oublier le monde réel. Socrate ne dit-il pas lui-même, dans le Phédon, que « les véritables philosophes n'ont d'autre souci que d'apprendre à mourir et de vivre comme s'ils étaient déjà morts » ? Les questions que pose le philosophe semblent tellement étrangères aux préoccupations de l'homme engagé dans la vie, que la philosophie apparaît comme un luxe dont seuls peuvent jouir ceux qui demeurent en dehors de la vie et dont on ne sait s'ils bénéficient d'un privilège ou sont victimes d'une disgrâce. — B — Plan de l'action : supériorité de la politique sur la philosophie. Il est remarquable d'ailleurs que la philosophie aboutisse ordinairement à une condamnation de la vie. Elle condamne, la vie naturelle au nom de la vie spirituelle et la vie sociale au nom de la vie intérieure. Comme il tend à oublier qu'il a un corps, le philosophe tend à oublier qu'il vit en société. Calliclès semble bien avoir raison lorsqu'il reproche à Socrate de vivre en étranger à la cité. Sans doute les préoccupations d'un Calliclès manquent-elles d'élévation et de noblesse lorsqu'il conseille au philosophe de prendre pour maîtres « non pas des gens qui ergotent sur des bagatelles, mais ceux qui ont du bien, de la réputation et mille autres avantages ». Mais il faut bien avouer que ces préoccupations sont nécessairement celles de l'être social. Nous vivons avec les autres, et la place que nous occupons parmi eux est essentielle à la conduite, à l'échec ou à la réussite de notre vie. « Réussir » aux yeux du sens commun, c'est toujours parvenir à une haute position sociale. Que Socrate ait vécu dans la pauvreté et soit mort empoisonné par la volonté de ses concitoyens, c'est le symbole de l'échec auquel est vouée la vie philosophique. Il avait l'ambition de se connaître lui-même, mais de quel secours lui fut cette connaissance de soi lorsqu'il eut à se défendre devant ses juges ? Si même il avait tiré quelque profit personnel de cette étude, n'y a-t-il pas égoïsme à consacrer son existence à la connaissance de soi lorsque règnent la souffrance, la misère, l'injustice ? « Quand la misère m'assiège, dit Giono, je ne peux pas m'apaiser sous des murmures de génie. Ma joie ne demeurera que si elle est la joie de tous. Je ne veux pas traverser les batailles une rosé à la main ». L'homme qui ne songe qu'à son propre salut déserte la communauté humaine et refuse sa condition. Aussi Marx a-t-il peut-être raison de voir dans la philosophie un moyen de se détourner des vrais problèmes humains. « Les philosophes n'ont fait qu'interpréter différemment le monde, écrit-il ; il s'agit maintenant de le transformer ». C'est dire que les spéculations métaphysiques doivent laisser la place à l'action sociale et que l'humanité ne peut attendre son salut que de la lutte politique et non de la contemplation des idées. — C — Plan de la beauté : supériorité de l'art sur la philosophie. C'est une conviction moderne, remarque V aléry, que « tout savoir auquel ne correspond aucun pouvoir n'a qu'une importance conventionnelle et arbitraire ». Et il est vrai que la condamnation du savoir philosophique repose sur ce principe qu'il n'offre ni la certitude de la science ni l'efficacité de la politique. C 'est un savoir désintéressé. C omme Aristote le dit au livre Ier de la Méta physique, « c'est l'étonnement qui pousse les hommes à philosopher » et cela signifie pour lui que la réflexion philosophique a sa fin en elle-même : « Nous n'avons en vue dans la Philosophie aucun intérêt étranger ». La satisfaction qu'éprouve le philosophe est donc une satisfaction désintéressée et nous ne pouvons pas ne pas songer que c'est par cette satisfaction désintéressée que Kant définit l'art. Aussi peut-on être tenté de ne considérer les oeuvres philosophiques que comme des oeuvres d'art. Le système platonicien et le système cartésien seraient des constructions esthétiques au même titre que l'Iliade ou qu'une symphonie de Beethoven; le plaisir qu'éprouve l'amateur de philosophie serait de même nature que celui d'un amateur de musique ou de peinture. Un autre trait d'ailleurs permet de rapprocher ainsi la philosophie des arts : Ars est homo additus naturae, disait Bacon, et qu'est-ce que la philosophie de Platon sinon le monde tel qu'il se réfracte à travers l'âme de Platon ? Par là s'explique la diversité des systèmes :. l'âme d'A ristote est aussi différente de l'âme de Platon que celle de Beethoven peut l'être de celle de Bach. C haque philosophe crée son univers comme fait chaque peintre ou chaque musicien ; c'est un même univers sans doute, mais que chacun voit, entend ou comprend selon sa personnalité propre. Et certes on ne peut nier qu'il y ait de la beauté en ces grands systèmes philosophiques ; la beauté naît toujours d'une sorte d'accord, de réconciliation, d'harmonie « entre ce qui pense et ce qui danse » comme dit Alain; le platonisme est beau, — et aussi bien le cartésianisme ou le kantisme, — parce qu'il nous donne de l'univers une représentation conforme aux exigences de la raison. L'harmonie des idées n'est pas moins belle que celle des formes et des sens. Cette manière de considérer la philosophie comme une province de l'art est celle d'un V aléry qui écrit : « Je crois que l'on naît philosophe comme l'on naît sculpteur ou musicien, et que ce don de la naissance, s'il prit jusqu'ici pour prétexte et pour thème la poursuite d'une certaine vérité ou réalité, peut à présent se fier à lui-même et ne plus tant poursuivre que créer ». »

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