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Mémoire et histoire ?

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« Termes du sujet: COLLECTIF (adj., et n.

m.) 1.

— Q ui concerne une pluralité envis agée comme une unité (des individus en tant qu'ils forment un groupe).

2.

— T erme collectif : se dit des universaux chez les nominalistes parce qu'ils ne sont qu'une collection d'individus (opposé à distributif).

3.

— C onscience collective : pour D U R K H E I M , terme employé pour désigner l'instanc e corres pondant, dans un groupe, à l'élaboration de représentations communes à c h a c u n d e s membres, ou concernant plus particulièrement le groupe lui-même.

4.

— C ollectivisme : doctrine préconis ant la suppression de la propriété privée ; en gén., désigne le socialisme d'État . HISTOIRE: C e mot désigne soit le devenir, l'évolution des individus et des s o c i é t é s (allemand Geschic hte), soit l'étude scientifique de ce devenir (allemand Historie). MÉMOIRE: 1.

— Faculté de se souvenir ; ensemble des fonctions psychiques par lesquelles nous pouvons nous représenter le passé comme passé ; B E R G S O N distingue la mémoire-habitude qui naît de la répétition d'une ac tion et s'inscrit dans le corps, de la mémoire-souvenir qui, coextensive à la conscience, en retient tous les états au fur et à mesure qu'ils se produisent.

2.

— Faculté gén.

de conserver de l'information.

3.

— A u sens concret, désigne tout ce qui est capable de conserver de l'information, et, en part., les organes des ordinateurs ayant cette fonction. L'histoire s'apparente à une mémoire : elle cons erve et unifie notre représentation du passé collectif.

T outefois, à la différence de la mémoire personnelle, elle veut être une connaissance du passé.

Dire simplement «je me souviens », en effet, n'est pas encore posséder une connaissance de son passé.

je n'ai pas à enquêter sur mon pass é pour en posséder le souvenir.

C elui-c i s'impos e spontanément à moi. Il y a donc lieu de distinguer ces deux formes de mémoire pour c omprendre en quoi le produit de la s cience historique est une connaissance.

De plus, comment faire pour que des souvenirs, écrits ou oraux, qui sont autant de témoignages , deviennent des preuves sur le plan de la vérité historique ? Évocation et connaissance Lorsque nous affirmons « avoir un passé », parce que nous nous en souvenons, cela semble le résultat du fonctionnement naturel de notre mémoire.

N o s souvenirs renvoient à la pos sibilité de nommer (mots) ou de figurer (images) notre passé.

Nous sommes d'ailleurs notre passé.

Il s'introduit dans notre présent et notre avenir et définit en partie ce que nous devenons.

N os souvenirs se présentent à nous de manière peu ordonnée, nous livrent notre passé par morceaux parfois peu distincts.

Ils se modifient en s'éloignant du passé qu'ils évoquent.

Il semble donc plus juste de parler d'évocation de notre passé que de connaissance explicite de celui-ci. P ourtant, nous croyons immédiatement à la véracité de nos souvenirs.

Mais nous pouvons douter de la valeur de témoignage de notre mémoire involontaire ou volontaire.

En confrontant nos souvenirs à c eux d'autrui, par exemple, nous pouvons parfois constater d'étonnantes distorsions entre le sens que nous donnions à un événement et celui qu'il possède pour lui.

Le sens n'est pas évident, parce qu'il es t relatif à un travail d'interprétation.

L'évocation, volontaire ou non, est déjà une certaine compréhension du passé.

N'est-ce pas l'indice d'un écart inévitable entre la mémoire et le passé ? Mémoire historique et représentation du passé collectif L'histoire, science humaine du devenir collectif et individuel, est devant une difficulté similaire.

Elle peut également douter de la vérité de ce dont elle témoigne.

P our être une mémoire, il lui faut également des « souvenirs C e sont les traces du passé laissées par les hommes, c'est-à-dire l'ensemble des faits matériels (les monuments par exemple), les documents écrits, les témoignages.

L'historien n'est pourtant pas devant ces traces comme nous sommes devant nos souvenirs.

Il se trouve, dans un premier temps, dans l'ignorance de leur signification, alors que nous avons une compréhension immédiate de nos propres souvenirs. O bservons un monument, par exemple.

Il peut manifester un premier sens (c e qu'il représente).

Est-ce pourtant le connaître ? Pourquoi représente-t-il tel événement précis ? Il possède des couches de signification différentes.

Or, pour saisir celles-ci, il est nécessaire de les mettre en rapport avec l'ensemble du passé auquel il appartient.

L'historien ne fait pas que recueillir les traces du pass é.

Il doit encore unifier celles-ci en une vision d'ensemble du pas s é collectif.

Il est donc confronté à un problème de construc tion, sans laquelle le passé historique n'existe pas.

Être historien revient donc à construire des ensembles articulés où les fragments du passé viennent s'insérer.

C onnaître le passé, c'est parvenir à établir des relations entre les différentes traces déposées par le temps et les hommes.

C 'est par ce travail seul que peut exis ter un passé historique pour nous. Mémoire historique et identité collective T outefois, une mémoire ne fait pas que retenir : elle oublie également.

Notre mémoire individuelle opère un tri involontaire et constant dans notre pass é. Notre identité est ainsi pleine de « manques », de « vides », qui sont le résultat du travail même de la mémoire.

La mémoire qu'est l'histoire est aus si confrontée à cette difficulté.

De même, l'historien lutte contre l'oubli : il arrac he au temps ce qu'il ne manquera pas d'engloutir.

Il vise à restituer un passé, par le récit, de la manière la plus exac te et précise possible.

Il ne peut rien faire d'autre que d'interpréter ce pas sé, ce qui signifie qu'il doit choisir dans l'ensemble du passé collectif et ne retenir que ce qui lui paraît réellement important. Le rapport de l'histoire au p a s s é des hommes est conflictuel.

C 'est c e q u i explique les multiples réécritures de l'histoire.

L'historien ne restitue pas seulement des faits, mais surtout des valeurs.

C 'est pourquoi son travail engage le temps dans lequel il vit.

La mémoire historique c onduit à une prise de conscience du temps présent et donc de son sens.

C omprendre son passé est un moyen fondamental, pour l'homme comme pour une société, d'affirmer s on identité.

Est-ce retirer à l'histoire sa valeur scientifique ? Sens et vérité La volonté de connaître le passé des hommes n'est pas l'effet d'une simple c uriosité.

L'homme c omme le groupe social n'est ce qu'il est que par une reprise consciente de son passé.

A s o n niveau, l'historien contribue à la formation d'une identité présente.

Il nous aide à comprendre notre propre situation historique.

C 'est pourquoi l'histoire qu'il fait engage sa responsabilité. M ais, de plus, en tant qu'il interprète le passé, il décide de son sens en fonction des éléments qu'il lui livre.

L'histoire n'est pas confrontée à une vérité du passé, mais elle doit en fournir le sens possible.

En tant qu'elle est une mémoire vivante, elle se voue à l'inconfort de l'incertitude et renonce à être l'énonciation d'une vérité définitive du passé.

N'est-ce pas le signe même de sa valeur scientifique ? CITATIONS: "Dans la mémoire le souvenir est présent et le passé se perpétue.

Il n'est jamais tout à fait pas sé...

La mémoire est affective et soude les groupes...

c'es t elle qui fait de la communauté une habitation, un lieu où l'on peut s'installer." "L'histoire, en revanche, s'impose une démarc he scientifique ...

elle s'impose de prendre une certaine distance à l'égard de l'événement, de traiter les actions et les faits avec le recul néces saire à l'objectivité ...

" "Q uand la mémoire parle elle n'argumente pas, elle rappelle." P .

C anivez, Eduquer le citoyen coll.

Optiques.

pages 113 - 114.

Hatier. " L e s travaux des historiens nous apprennent que les mémoires collectives sont des recons tructions affectives partielles, partiales, voire largement mythiques ." P ratique de la philosophie, Hatier page 225. "La lutte de l'homme contre le pouvoir est la lutte de la mémoire contre l'oubli".

M ilan kundera (ibidem page 285).. »

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