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Loi scientifique et loi morale

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« Observation.

— Les termes de loi scientifique et de loi morale désignent deux notions essentiellement différentes. L'emploi du même mot loi, qui n'est pas sans créer quelque confusion, provient du fait que les lois de la nature (lois scientifiques) furent d'abord conçues comme des règles imposées impérativement et arbitrairement par le Créateur d l'univers, ce sens provenant lui-même du sens juridique et Dieu étant conçu comme le Législateur en même temps que comme le Créateur de la nature.

— Il importe ici de bien distinguer les deux notions. Position de la question.

Le même mot loi sert à désigner à la fois les lois qu'énonce la Science expérimentale et celles que formule la Morale.

Nous nous proposons de montrer qu'il y a cependant une différence fondamentale entre les unes et les autres. I.

La loi scientifique. La Science expérimentale part des faits qu'elle soumet à l'observation et à l'expérimentation.

Elle en tire, par induction certains rapports constants qu'on appelle des lois.

Quels sont les caractères de ces lois? A.

— Ce sont des propositions positives, des jugements de réalité.

La Science, dit H.

POINCARÉ (Dernières pensées, p.

225), parle « à l'indicatif ». B.

— Ces propositions expriment des relations nécessaires entre les phénomènes ou les éléments des phénomènes : par exemple, si je modifie la longueur d'un pendule, je modifie nécessairement sa période, et c'est ce qu'exprime la loi du pendule.

Remarquons toutefois qu'il s'agit ici d'une nécessité hypothétique (« si je modifie...

»).

Souvent même les lois scientifiques expriment une probabilité plutôt qu'une nécessité proprement dite (lois statistiques). C.

— Les lois scientifiques impliquent la mesure et se formulent mathématiquement : l'idée de loi s'est de plus en plus rapprochée, dans la Science, de l'idée de fonction. D.

— Enfin ces rapports qu'elles expriment, sont des rapports généraux, qui s'appliquent à toute une classe de phénomènes.

Cette généralité se traduit, dans la Science, par l'idée de constance : «La notion de loi naturelle, écrit Aug.

COMTE (Polit.

positive, II, 41), consiste à saisir toujours la constance dans la variété.

» II.

La loi morale. Tout autre est la « loi » morale.

Elle ne s'établit pas scientifiquement, par induction.

Son fondement est philosophique, non purement scientifique. A.

— C'est qu'en effet elle est normative, non positive.

C'est une norme, c'est-à-dire une règle qui formule ce que nous devons faire, non ce qui est, et qui implique un jugement de valeur.

La Morale, dit H.

POINCARÉ, parle « à l'impératif ». B.

— Elle exprime donc, non une nécessité, mais une obligation à laquelle nous demeurons, en un sens, libres de nous soustraire. C.

— Il ne saurait être question de lui donner une forme mathématique.

Toutes les tentatives pour constituer une « arithmétique des plaisirs » (J.

BENTHAM, 1834) ou pour évaluer les plaisirs quantitativement en même temps que qualitativement en vue d'établir leur hiérarchie se sont révélées illusoires. D.

— Les lois morales ne présentent qu'un caractère commun avec les lois scientifiques : c'est leur généralité.

On sait que KANT avait fait de l'universalité un des principes fondamentaux de l'action morale : « Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en loi universelle de la nature.

» Conclusion.

Il ÿ a donc une différence essentielle entre la loi scientifique et la loi morale : c'est celle qui sépare le positif du normatif; le domaine du fait 'de celui de la valeur.

Tout au plus pourrait-on trouver quelque affinité entre l'une et l'autre dans le dernier caractère que nous avons indiqué.

Une des caractéristiques de l'honnête homme n'est-elle pas d'ailleurs cette constance dans l'action, cet accord avec soi-même, dont les Stoïciens avaient fait un des traits du sage, et qui n'est pas sans analogie avec la constance des lois naturelles ?. »

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