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Le machinisme est il un obstacle au développement de la culture ?

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« On appelle « machinisme » un ensemble de conceptions et de pratiques nées de la prolifération des machines de production, elles-mêmes produites, et « mécanisme » certaines conceptions scientifiques ou philosophiques qu'on a tirées depuis bien longtemps des principes physiques de la mécanique.

Le terme lui-même, avec son « isme » abusif, est vulgaire.

Il ne désigne souvent qu'une philosophie populaire imprécise.

Aussi parle-t-on plutôt de civilisation technique que de civilisation machiniste.

On se réfère ainsi aux principes qui permettent la construction de machines, plutôt qu'aux objets eux-mêmes.

C'est donner toute l'extension permise au principe mécanique (ou machiniste), c'est-à-dire à une variété immense de moyens dont la science découvre enfin l'unité épistémologique. Aussi, il s'agit de se demander si l'omniprésence des machines freine ou non l'avancement culturel.

Que s'est-il passé pour que les machines deviennent un obstacle à la culture. 1) les machines comme obstacle au développement de la créativité ? Sans doute est-ce en premier lieu comme simple phénoménologie de la vie quotidienne que la population perçoit les effets d'un machinisme généralisé.

Dans le domaine de la consommation (usage final), chacun est amené à utiliser des mécanismes plus ou moins automatisés, miniaturisés ou étendus.

Le distributeur automatique, les machines à laver, l'électrophone, la télévision, tous les « gadgets » de la voiture automobile, de l'habitation, de l'alimentation, de la « robotisation » de la vie courante ont surtout attiré l'attention sur le règne généralisé des machines et sur les contraintes qu'il fait peser sur la liberté des comportements.

Les ordinateurs, ou calculatrices électroniques, sont venus synthétiser tous les avantages mais aussi toutes les contraintes attendues d'un mécanisme en s'attaquant au calcul et au raisonnement.

Avec l'intervention des ordinateurs (de gestion et de production), un nombre croissant d'activités peuvent être programmées au titre de l'information qu'elles impliquent ou qu'elles contiennent.

Cette réduction générale des activités à la trame commune des cartes perforées ou des bandes magnétiques fait de l'ordinateur une machine qui commande à d'autres machines, une « pensée artificielle » qui se substitue à la pensée humaine, ou du moins supplée à ses défaillances, à son imprécision et à sa fatigue. 2) Le machinisme favorise le développement de la culture. Condorcet dans Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain en 1795 décrit l'histoire humaine en 10 étapes.

Les trois premières époques retracent les débuts conjecturaux des sociétés humaines, simples familles ou peuplades isolées qui, passant de la pratique de la chasse et de la pêche à une économie pastorale puis à la sédentarisation agricole, s'acheminent lentement, à travers le développement des arts et des langues et les formes successives d'organisation sociale et morale, vers un état de civilisation toujours plus complexe.

Mais c'est surtout, explique Condorcet dans la huitième époque, à l'imprimerie qu'il faut attribuer, pour avoir « répandu une lumière indépendante et pure », le recul décisif des superstitions et des préjugés désormais soumis à l'examen critique de la raison qui génère toutes les sciences, – mathématiques, astronomiques et naturelles aussi bien qu'économiques, juridiques et morales.

Sur l'héritage que laissent Bacon, Galilée et Descartes, s'ouvre l'avant-dernière période dédiée à la recherche de la nature de la vérité et des droits naturels de l'individu, et qui est marquée par l'influence des Lumières dont la Révolution française couronna en politique les idées de liberté de penser, de tolérance, de justice et de perfectibilité indéfinie.

Le progrès de l'humanité n'est garanti que par l'inépuisable travail des scientifiques, la connaissance mathématique et des sciences de la nature ne connaîtront pas d'achèvement.

Le progrès n'est de l'ordre de l'accumulation, c'est véritablement l'esprit humain qui progresse.

Du progrès technique découlera le progrès moral.

Au centre du progrès humain se trouve une technique : l'imprimerie dont presque tout a découlé.

Par là, le développement technique a apporté du progrès à l'homme.

Le progrès technique a engendré un progrès moral, ici par exemple avec la diffusion des connaissances. 2) Le machinisme n'est pas responsable du développement de la culture. Les changements de structure politiques, économiques, technologiques, psychologiques sont les facteurs historiques objectifs de la modernité.

Ils ne constituent pas en eux-mêmes la modernité.

Celle-ci se définirait plutôt comme la dénégation de ces changements structurels, tout au moins comme leur réinterprétation en termes de style culturel, de mentalité, de mode de vie, de quotidienneté.

La modernité n'est pas la révolution technologique et scientifique, c'est le jeu et l'implication de celle-ci dans le spectacle de la vie privée et sociale, dans la dimension quotidienne des médias, des gadgets, du bien-être domestique ou de la conquête de l'espace.

La science ni la technique elles-mêmes ne sont « modernes » : ce sont les effets de la science et de la technique qui le sont.

Et la modernité, tout en se fondant sur l'émergence historique de la science, ne vit qu'au niveau du mythe de la science. La modernité n'est pas la rationalité ni l'autonomie de la conscience individuelle, qui pourtant la fonde.

C'est, après la phase d'avènement triomphal des libertés et des droits individuels, l'exaltation réactionnelle d'une subjectivité menacée de partout par l'homogénéisation de la vie sociale.

C'est le recyclage de cette subjectivité perdue dans un système de « personnalisation », dans les effets de mode et d'aspiration dirigée. Conclusion. On ne peut opposer frontalement le machinisme et la culture, car le machinisme est un élément intégrant de la culture, il en est issu.

Le développement et le perfectionnement du machinisme fait partie du développement de la culture.

Mais celui-ci n'est pas le tout de la culture, et la réduire à celui-ci peut effectivement entraver les autres domaines de la culture, notamment l'art, la créativité, la pensée contemplative.

La civilisation machiniste est un. »

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