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La recherche de la justice doit-elle se contenter de satisfaire le sentiment du juste et de l'injuste ?

Extrait du document

« POUR DÉMARRER Recourir à l'acquiescement de l'esprit fondé sur des preuves qui nous paraissent décisives et sur la certitude personnelle qui en résulte, est-ce reconnaître le droit et l'appliquer, est-ce remplir l'exercice du pouvoir juridique ? Est-ce faire respecter le droit positif ? Autant de questions suggérées par l'intitulé, qui nous pose une des problèmes majeurs du fondement du droit et de son application.

Faut-il se borner à des preuves irréfutables, purement objectives, pour rendre justice ? CONSEILS PRATIQUES Deux termes à expliciter : justice et conviction.

La certitude personnelle et ses limites doivent être longuement interrogées par vous.

Peut-on se fier au sentiment de l'injuste ? Notre intime conviction n'a-t-elle pas toujours déjà teintée de subjectivité ? A cette objectivité s'oppose l'objectivité rigoureuse de la loi positive.

Au côté subjectif, ajoutez synthétiquement tout l'arsenal objectif par lequel on rend justice.

L'intime conviction n'est pas suffisante : que d'erreurs judiciaires elle pourrait engendrer ! BIBLIOGRAPHIE KANT, Métaphysique des moeurs.

Doctrine du droit, Vrin. H.

KELSEN, Théorie pure du droit, Dalloz. PISTES DE REFLEXION À défaut de pouvoir dire ce qui est juste, on peut, semble-t-il du moins, dire ce qu'est l'injustice, ne serait-ce que parce qu'elle est éprouvée par chacun.

S'il n'y a pas de justice, comme on le dit, il y a à coup sûr de l'injustice, et sur ce point, croyons-nous, notre intime conviction ne saurait nous tromper.

L'injustice, chacun de nous l'a ressentie à un moment ou un autre de son existence, de façon précoce.

Il n'est pas exagéré de dire que c'est par elle que s'éveille chez l'enfant une conscience morale, c'est-à-dire la faculté de porter sur ce qui existe un jugement de valeur. C'est dans la relation à autrui, vécue sur le mode de la rivalité, ou du moins de la comparaison, à l'occasion d'un partage, d'un classement, que naît le sentiment d'injustice.

« C'est pas juste ! » dit l'enfant qui s'estime lésé ou moins bien traité qu'un frère, qu'un camarade. Mais cette sensibilité à l'injustice peut s'interpréter de plusieurs façons.

Elle peut témoigner tout bonnement de la difficulté à accepter la justice, toute de rigueur et de sévérité et qui nous oblige au partage et au renoncement.

Elle met, en tout cas, en évidence ce fait qu'il est plus facile de dire ce qui est injuste que de dire ce qui serait juste, comme en témoigne cet épisode du dialogue de Platon, Alcibiade.

Alcibiade, persuadé de pouvoir dire ce qu'est la justice, est confronté pour finir à son ignorance.

Socrate lui fait alors remarquer, non sans ironie, que lorsqu'il était enfant et qu'il jouait aux osselets, il n'hésitait pourtant pas à déclarer tel de ses camarades injuste. On peut se demander par ailleurs si le fait que le sentiment d'injustice ne nous livre pas pour autant une connaissance positive du juste ne tient pas surtout à sa nature même.

Le sentiment renvoie à ce qui est vécu par un sujet et n'est pas universalisable.

Or la justice est ce qui vaut pour tous, et non seulement pour moi.

Faire fond sur le sentiment pour déterminer un critère du juste et de l'injuste, c'est risquer de confondre son intérêt, ses désirs et la justice elle-même.

Nous sommes partiaux dans nos jugements.

Mais, dira-t-on, ce sentiment d'injustice nous ne l'éprouvons pas forcément pour nous-mêmes.

Il peut s'étendre au proche, ou même au lointain.

Nous sommes souvent scandalisés par une injustice qui ne touche pas directement nos intérêts.

Pourtant la sincérité et la générosité ne suffisent pas à elles seules à garantir le bien-fondé de notre jugement.

D'abord, parce que nous sommes alors confrontés à des points de vue différents du nôtre, également recevables par définition.

Ensuite, parce que notre sentiment dépend des circonstances et des moyens par lesquels notre sensibilité est touchée.

Les médias jouent un rôle essentiel dans ce domaine. La question reste donc entière : où trouver un critère du juste ? Aux incertitudes et aux fluctuations du sentiment, on peut opposer l'inflexibilité et la stabilité des lois. La justice consiste à la fois dans une institution et dans une disposition morale qui visent au respect du droit, ainsi que dans une volonté d'équité, c'est-à-dire d'accorder à chacun ce qui lui est dû, et d'égalité, qui est d'appliquer la même loi et les mêmes peines à chacun sans discrimination.

Si l'on s'interroge sur ce en quoi consiste l'exercice de la justice et sur l'origine de notre capacité à l'exercer, il est possible d'opposer deux conceptions : la conception rationaliste, selon laquelle la justice relèverait de la raison, et la conception selon laquelle la justice serait ancrée dans le sentiment, c'est-à-dire dans ce que l'on éprouve, dans le domaine affectif et émotionnel.

Se demander si la justice peut relever du sentiment amène donc à se demander si les notions d'équité et d'égalité peuvent trouver leur origine et leur réalisation dans un sentiment naturel de répugnance pour la souffrance d'autrui et pour tout ce qui nous semble injuste.

Ne doit-on pas, au contraire, séparer radicalement le domaine de la justice de celui du sentiment, en disant que la justice implique une règle qui ne peut provenir que de la raison, et que notre sentiment n'est pas fiable pour nous dire ce qui est juste et ce qui est injuste ? Répondre à cette question amène, de plus, à distinguer le rôle possible du sentiment dans l'origine de la notion de justice et son rôle dans la volonté et dans l'exercice de la justice.

Nous verrons dans un premier temps que la justice trouve son origine dans un sentiment naturel, avant de comprendre la justice comme l'exercice d'un contrôle, par la raison, des autres fonctions de l'âme.

On pourra alors affirmer que le sentiment peut jouer un rôle dans l'exercice de la justice même s'il n'est pas à l'origine de notre connaissance de ce qui est juste ou injuste.. »

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