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La conaissance nous éloigne-t-elle de la vie ?

Publié le 04/01/2023

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« Corrigé – La connaissance nous éloigne-t-elle de la vie ? Éléments d’analyse du sujet S’éloigner, c’est prendre de la distance vis-à-vis de quelqu’un ou de quelque chose, repousser, faire disparaître, se séparer, se détourner.

L’éloignement n’est pas en soi négatif, dans la mesure où pour connaître, il faut nécessairement mettre à distance l’objet de la connaissance.

Il faudra donc le développer dans un premier temps et montrer l’éloignement comme une condition de la connaissance.

Sauf qu’ici, le sujet n’est pas « La connaissance de la vie nous éloigne-t-elle de la vie » mais il interroge ce que la connaissance en général, de tout et n’importe quoi, peut faire à notre rapport à la vie. Présupposés : - Nous sommes dans la vie, en tant que vivants, ou « proches » de la vie : qu’est-ce que ça veut dire ? - Nous éloigner de la vie, à ce titre, serait néfaste.

Mais cela implique-t-il qu’il faille renoncer à connaître ? Ce d’autant plus que l’homme est un être rationnel, il désire naturellement connaître à contradiction au cœur de la vie humaine : nous nous accomplissons comme êtres humains en connaissant, réalisons un désir essentiel, mais au moment même où nous nous accomplissons, nous sommes loin de la vie. à nous éloigner de la vie, sens de l’expression ? Notre vie devient sans valeur (perte de sens, désenchantement du monde) ; nous mourrons ; notre vie devient une illusion, sans rapport avec la « vraie » vie (vie contemplative, intellectuelle, spirituelle vs vie active, vie de plaisir, vie matérielle ; vérité vs bien) Connaître, c’est avoir la représentation claire de quelque chose, être en mesure de formuler un jugement tel qu’il énonce une relation adéquate entre un sujet et un ou des attributs, au moyen d’une copule.

Ainsi, connaître consiste à savoir, à partir de l’expérience, et en mobilisant la réflexion, de sorte que les jugements formulés soient vrais, du moins puisse avoir une validité générale et objective, et ne pas valoir seulement relativement au sujet qui les énonce. Concepts-clés : Objectivité, rationalité, universalité/généralité, vérité. La connaissance est donc objective ; suppose le recours à l’expérience/expérimentation ; suppose une capacité de réflexion du sujet connaissant, qui ne peut connaître qu’à la condition de réfléchir, c’est-à-dire de mobiliser une faculté de raisonner. Rend possible la prévision, la reproduction des processus naturels à partir de leur analyse. La vie, comme vie vécue par un sujet qui peut faire sa biographie ; vie comme principe d’animation des êtres vivants, mouvement, élan vital, spontanéité.

Dans tous les cas, hors de portée de la connaissance, soit par son caractère éminemment singulier, soit par son caractère mystérieux. Problématique : quelles limites assigner à la connaissance/à son usage pour que, si elle nous éloigne de la vie, cela n’affecte pas la valeur et le sens que nous assignons à nos existences ? INTRODUCTION L’entreprise de connaître suppose de se mettre, momentanément au moins, à l’écart de la vie ordinaire.

Contrairement à son ami Goldmund, homme voué au monde, sensible, sensuel, passionné d’art, d’aventures et de femmes, Narcisse, dans le roman Narcisse et Goldmund (1930) de Hermann Hesse, vit retiré au monastère de Mariabronn.

Lui, ne vit que pour connaître.

Assoiffé de la chose intellectuelle, il accepte facilement la règle monastique, qui convient à son désir d’une vie intérieure, de laquelle il retire toutes les satisfactions possibles. Pourtant, comparant sa vie à celle, riche, sensuelle, de Goldmund, il déclare : « Nous autres, hommes d’intellect, (…), nous ne vivons pas dans l’intégrité de l’être, nous vivons dans les 1 Commented [AL1]: Accroche et analyse abstractions.

» La connaissance, cette démarche de l’entendement qui vise formuler des jugements vrais, assurés et objectifs sur les objets de l’expérience (sensible ou psychologique), paraît ainsi éloigner de la vie, en ce sens qu’elle produit des abstractions, nécessite une conceptualisation à partir de l’expérience sensible, laquelle paraît bien éloignée de l’action même de vivre et d’éprouver.

La connaissance nous éloigne-t-elle de la vie ? Que la connaissance nous éloigne de la vie, voilà une évidence qu’il paraît difficile de contester.

La vie est action, sensibilité, devenir, incohérence, nouveauté, création ; tandis que le mouvement même de la connaissance suppose un travail d’abstraction par l’intellect, qui décompose et recompose en vue de formuler des jugements valables universellement, objectifs et stables.

Faut-il déplorer cette distance ? Elle est nécessaire au travail de la science : il ne peut y avoir d’objectivité sans refuser la proximité, qui empêche de voir ; sans refuser la familiarité, qui occasionne le préjugé.

L’obstacle épistémologique principal de l’entreprise de connaître consiste en cette intimité réelle ou symbolique où nous sommes des objets que nous étudions. Les sciences humaines peuvent en témoigner, embarrassées qu’elles sont de la difficulté d’étudier l’homme, c’est-à-dire de confondre, apparemment, le sujet et l’objet de la connaissance. Une distance d’autant moins dommageable qu’elle n’empêche aucunement au savant de vivre, et d’en éprouver de la satisfaction.

Quels sont donc les enjeux de la question formulée par le sujet ? La vie intellectuelle paraît devoir être interrogée pour modèle de vie bonne/heureuse, dans la mesure où elle oublierait la dimension pratique, sociale et politique de la vie humaine, pourtant essentielle à sa signification.

Ainsi, connaître isole-t-il celui qui s’y livre trop exclusivement, au point de rendre sa vie austère, malheureuse, pauvre en relations humaines ? Ne faut-il pas trouver une mesure à la passion de connaître, de sorte qu’elle n’affecte pas la valeur et le sens que nous assignons à nos existences ? D’autre part, si connaître assure une maîtrise des processus naturels au point que nous puissions les reproduire et déployer des techniques qui compensent nos faiblesses, ne faut-il pas craindre que la connaissance nous permette de mépriser les limites propres à la vie, en particulier la maladie et la mort ? Si la connaissance confère un pouvoir sur la vie, ne risquonsnous pas de la perdre en croyant la maintenir, alors que nous la vidons seulement de son sens et de sa valeur ? Là encore, quel sens et quel usage donner à nos connaissances, afin qu’elles promeuvent et valorisent la vie, sans la dégrader ni la mettre en danger ? S’il faudra, dans un premier temps, affirmer la nécessité, pour connaître, de s’éloigner de la vie, la nature de cet éloignement devra aussi être questionnée.

Est-il seulement un détour nécessaire, une étape sur le chemin de l’existence d’un sujet ou au contraire, est-il une séparation définitive et dès lors problématique, puisqu’elle mettrait en danger la possibilité même pour un sujet de se réaliser comme être humain, c’est-à-dire être raisonnable, mais aussi sociable et politique (I) ? Un détour qui fait cependant fonds sur la solidarité inaltérable de la connaissance et de la vie : un homme qui valorise sa vie ne peut pas s’abstenir de connaître. (II) Est-il cependant du seul ressort de la connaissance de donner un sens à nos vies ? Il faudra envisager que si la connaissance peut donner valeur à nos vies, et à ce titre, nous y reconduire, c’est à la condition d’en penser les limites (III). I- S’éloigner de la vie, une condition nécessaire (et souhaitable) à la connaissance 1- Exemple des sciences de la vie et de la connaissance du vivant.

Mise à distance nécessaire de l’objet vivant pour sa connaissance, de sorte qu’il est réduit à ses propriétés mécaniques (Descartes, mécanisme), physico-chimiques (Claude Bernard) ou comparé à un objet technique (finalisme aristotélicien, l’art imite la nature).

Cela a donné lieu à d’indéniables progrès en matière de connaissance du vivant.

Bergson pointe du doigt aussi l’avancée décisive qu’a constitué la formulation de la notion de cellule, comme élément fondamental de la 2 Commented [AL2]: Formulation de la question du sujet Commented [AL3]: Analyse des termes du sujet Commented [AL4]: Formulation des enjeux du sujet Commented [AL5]: Problématique 1 Commented [AL6]: Détermination d’une autre dimension du sujet Commented [AL7]: Reformulation de la problématique pour qu’elle comprenne l’ensemble des enjeux du sujet. Commented [AL8]: Annonce du plan construction des organismes vivants.

Dès lors, connaître le vivant, comme le précise Bergson, c’est le réduire à de l’inerte en mouvement, dont le mouvement est réduit à du déplacement, en niant la spontanéité, le devenir, le caractère de création des êtres vivants.

Bref, connaître le vivant, c’est oublier la vie en lui, la mettre à distance, voire la nier, pour concevoir les organismes.

« L’intelligence est caractérisée par une incompréhension naturelle de la vie » (Bergson, EC, II) Connaître suppose une mise à l’écart, une mise à distance, sans laquelle l’objectivation/la saisie de l’objet de la connaissance n’est pas possible. //Autre exemple possible : l’analyse du « Connais-toi toi-même » dans le Charmide : que signifie se connaître soi-même, sinon se prendre pour objet de sa propre réflexion ? Une science de soi-même, cela a-t-il effectivement du sens ? Rien n’est moins certain, d’autant plus que se saisir soi-même implique de se mettre à distance de soi pour se saisir comme objet.

C’est ce qui justifiait l’analogie du miroir ou de la vue de soi dans la pupille de l’autre, dans l’Alcibiade, qui visait à faire comprendre que se connaître, c’est toujours se connaître par.... »

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