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Faut-il choisir entre la foi et la raison ?

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« Avant de partir dans de grandes déclamations « pour ou contre », il peut être judicieux de demander à quel propos et sur quel terrain une confrontation de la foi et de la raison peut être envisagée. A. On peut d'abord les comparer par rapport à un de leurs objets communs, par exemple la conception de la divinité. S'opposent alors le concept rationnel d'une première cause ou d'un premier principe, premier moteur ou cause de soi (« le dieu des philosophes et des savants »), et la figure historique d'une révélation ou d'une expérience mystique (par exemple, « le dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob »). Raison et foi s'opposent ici comme une activité intellectuelle et l'expérience d'une rencontre singulière, comme « concevoir » et « recevoir ». Leurs objets respectifs, le dieu conceptuel et le dieu personnel s'excluent-ils, ou représentent-ils deux manières différentes, voire complémentaires, de viser la même réalité ? On peut évoquer les situations de conflit entre l'autorité de la raison et celle de la foi (affaire Galilée) ou évoquer un partage de compétences : « La Bible nous dit comment aller au ciel, et non comment va le ciel ». On peut aussi analyser les empiètements des deux domaines : le Livre de la Sagesse (XI, 20) affirme que « Dieu a tout disposé avec mesure, nombre et poids ». C'est la conception d'un dieu architecte, garant de la rationalité de l'univers. Conformité de la foi et de la raison ? Les récits de manifestations surnaturelles ou de miracles ne rendent pas toujours un son aussi rationaliste. Certains éléments de la foi semblent même aller directement à l'encontre de la raison : un buisson qui brûle sans se consumer, ou une femme qui enfante en restant vierge. Mais peut-être s'agit-il de proclamer la puissance régénératrice de dieu, ou d'affirmer que la véritable fraternité humaine ne se réduit pas au biologique ou à la race. De son côté, le raisonnement ne permet de conclure à l'existence de dieu qu'en vertu d'un principe de raison, et en admettant qu'on ne peut remonter indéfiniment la série des raisons ou des causes, et qu'il faut s'arrêter à un premier terme. La conception de la divinité est peut-être aussi délicate pour la raison que pour la foi. Peut-être faut-il mieux distinguer le besoin de Dieu pour la raison et le besoin de Dieu pour la foi : d'un côté, un besoin de « sauver les phénomènes », c'est-à-dire de rendre raison de leur apparent désordre par un principe d'organisation universel et déchiffrable. De l'autre, un besoin d'être sauvé des tendances à la haine, à la vengeance, à l'autodestruction. B. D'une confrontation de conceptions, on peut alors passer au problème de la coexistence (pacifique ou conflictuelle ?) de la raison et de la foi, entendues comme deux facultés présentes dans un même individu. Comment s'articulent-elles ? Est-ce que la foi relaye et supplée la raison quand celle-ci ne peut plus rendre raison de la réalité (« Dieu sensible au coeur, non à la raison », écrit Pascal) ? L'individu croyant est-il déchiré entre les exigences d'un calcul rationnel et la vocation à s'abandonner gratuitement à la cause de son dieu ? La foi contientelle des énoncés ou des prescriptions qui heurtent directement l'exercice de la raison ? Mais on peut également faire l'hypothèse que le fidèle d'une religion puisse s'aider de la raison dans sa démarche de foi : un peu de science, dit-on, éloigne de dieu : beaucoup y ramène. Saint Anselme (Xle siècle) est l'auteur d'un traité intitulé La foi qui cherche l'intelligence et médite « sur la raison de la foi » « de ratione fidei ». Il développe la conception de Saint Augustin : croire pour comprendre, et comprendre pour mieux croire. Il met au point un argument destiné à convaincre de son erreur « l'insensé qui a dit dans son coeur : Dieu n'est pas ». Il s'oppose ainsi à la conception fidéiste (qui sera celle de Kierkegaard) selon laquelle l'acte de foi est par essence et de part en part irrationnel (credo quia absurdum : je crois parce que c'est absurde). Je crois parce que c'est absurde. Saint Augustin Cette phrase définit la foi. Nous n'avons nulle preuve de l'existence de Dieu. Croire en Dieu (ou n'y pas croire) relève d'un choix d'existence mais qui reste infondable en raison. Pascal utilisera l'argument du pari, dans lequel le calcul rationnel des risques respectifs de la foi et de la non foi se double d'un engagement : « Parlons selon les lumières naturelles [...] Dieu est ou il n'est pas; mais de quel côté pencherons-nous ? la raison n'y peut rien déterminer [...] Votre raison n'est pas plus blessée puisqu'il faut nécessairement choisir [...] Pesons le gain et la perte [...] une vie à perdre, une éternité de vie de bonheur à gagner]. Cela est démonstratif et si les hommes sont capables de quelque vérité, celle-là l'est.[...] Puisque la raison vous y porte et que néanmoins vous ne le pouvez, travaillez donc non pas à vous convaincre par l'augmentation des preuves de Dieu, mais par la diminution de vos passions » (Pensées, Lafuma 418). Ce qui signifierait que la raison ne résiste à la foi qu'à cause des passions qui pervertissent son application ? Si donc l'acte de foi n'est pas, en principe, contre la raison, tout n'y est pas rationnel. L'argument de la foi, c'est peut être quelqu'un, plutôt qu'une raison (disons une raison incarnée), et sa mesure, l'infini : « la raison d'aimer Dieu, écrit Saint Bernard (XI-Xlle siècle), c'est Dieu lui-même; et la mesure de l'aimer, c'est de l'aimer sans mesure ». On peut, symétriquement, se demander si l'exercice de la raison dans les sciences, conserve ou retrouve quelque chose d'une foi. Cet exercice suppose une confiance dans l'instrument rationnel et dans l'intelligibilité des domaines étudiés (voir Glossaire, à Rationalisme). Nietzsche démasquait en ce sens les préjugés théologiques qui continuent de régner dans les sciences de la nature »

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