Aide en Philo

Est-il possible de mentir sans s'en rendre compte

Extrait du document

« 1.

Mensonge et erreur Ne pas dire la vérité n'est pas nécessairement mentir.

Quand Ptolémée affirmait que le soleil tournait autour de la terre, il ne mentait pas, il se trompait.

L'erreur est de bonne foi, le mensonge suppose la mauvaise foi.

Aussi l'erreur n'est-elle jamais vraie, tandis que le mensonge peut, lui, être vrai.

Nous pouvons mentir en disant la vérité : par exemple, un enfant dit à sa mère qu'il est malade pour ne pas aller à l'école alors qu'il ne se sent pas malade ; sa mère prend sa température et constate qu'il est fiévreux ; l'enfant était donc effectivement malade, et pourtant il a menti, dans la mesure où il ne savait pas être malade et croyait dire le faux.

Dans l'erreur nous croyons dire le vrai et nous disons le faux, dans le mensonge nous croyons dire le faux et nous pouvons dire le vrai. 2.

La nécessité d'une conscience ? • Le mensonge se caractérise donc moins par son contenu objectif de fausseté que par l'intention subjective de poser le faux en place du vrai, par la volonté de tromper.

Le mensonge suppose donc un sujet, un être conscient: un ordinateur peut, par suite d'un dysfonctionnement, se tromper, il ne saurait en aucun cas mentir.

C'est pourquoi l'on peut sans doute avancer que le pouvoir de mentir, de falsifier, est le propre de l'homme. • Dans ces conditions il semble impossible de mentir sans s'en rendre compte. 3.

L'hypothèse de l'inconscient • Mais la conscience constitue-t-elle vraiment la totalité de notre vie psychique, le sujet lui est-il totalement réductible, ou ne doit-on pas admettre avec Freud l'existence d'un inconscient qui constituerait un lieu psychique essentiel et, au sens propre du mot, fondamental ? Dans cette hypothèse, la réponse à la question qui nous occupe serait toute différente. • L'inconscient freudien est en effet une instance psychique douée d'une énergie spécifique, celle des pulsions et des instincts, et se caractérisant par une certaine forme de volonté et d'intentionnalité : le désir. Dans ces conditions, le mensonge (pas tous les mensonges mais du moins certains mensonges) ne pourrait-il pas être lié à un désir inconscient tout en échappant à la conscience ? Le mensonge serait bien alors un énoncé volontairement faux, mais produit par une volonté inconsciente, et par conséquent il serait parfaitement possible de mentir sans s'en rendre compte, de mentir inconsciemment. • Admettons, par exemple, la validité de la théorie freudienne du complexe d'Oedipe, selon laquelle tout enfant nourrit inconsciemment un désir sexuel à l'égard de celui de ses parents qui est du sexe opposé, et un désir de mort à l'égard de celui de ses parents qui est du même sexe et qui est perçu comme rival (ainsi oedipe épouse-t-il sa mère et tue-t-il son père).

Imaginons ensuite un jeune garçon dans une phase aiguë de son complexe d'Oedipe, disant à son père : «Papa je t'aime.» Ne ment-il pas, ce faisant, sans s'en rendre`compte ? Car enfin, il peut, en raison de la pression sociale et du refoulement effectué par son sur-moi, qui veut que l'on aime ses parents, croire qu'il aime son père, alors qu'en réalité il lui voue une haine jalouse.

À tout le moins, même s'il aime d'une certaine manière son père, cet amour est ambivalent, puisqu'il enveloppe aussi de la haine.

Il y a donc au moins demi-vérité ou demi-mensonge, demimensonge dont il ne «se rend pas compte».

Dira-t-on qu'il se trompe simplement ? Non, car aussi bien, il veut tromper : son père, la société, lui-même ; et pour être inconsciente, cette intention n'en est pas moins réelle.

Dirat-on qu'ail» ne ment pas, mais que «ça» reste le plus intime de son être, ce sans quoi «il» ne serait pas ce qu'il est. 4.

La mauvaise foi, mensonge à soi a) Le rejet de l'inconscient Mais l'existence même d'un inconscient psychique tel que l'a défini Freud a été contesté.

Dans son ouvrage l'Être et. »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles