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LES PAUVRES Georg Simmel Compte rendu de lecture

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« LES PAUVRES Georg Simmel Compte rendu élaboré . Préface de Serge Paugam Le texte de Georg Simmel sur la pauvreté, édité pour la première fois en langue française, présente plusieurs intérêts. Il clarifie tout d’abord les problèmes de la définition de la pauvreté et permet de comprendre les modes de constitution de la catégorie des pauvres et les liens qui la rattachent à la société comprise comme un tout. L’approche constructiviste de Simmel est rigoureuse et heuristiquement féconde : elle rompt avec toutes sortes de conceptions naturalistes ou substantialistes encore en vogue dans les débats scientifiques et politiques actuels et toujours enracinées profondément dans la sociologie spontanée. Il peut être considéré en cela comme le point de départ de la sociologie de la pauvreté. Il ouvre en même temps des perspectives de théorie sociohistorique des modes de régulation du lien social. Ce texte, traduit en français quatre-vingt-dix ans après sa première édition en allemand a eu beaucoup d’influence sur la sociologie américaine (Park avec ses travaux sur la marginalité, Stonequist et son concept « d’homme marginal », Herbert J. Gans sur les fonctions de la pauvreté aux USA, entre autres). En France, l’approche de Simmel a également inspiré des travaux récents, en particulier sur le processus de disqualification sociale (Paugam, La disqualification sociale). Quelques facettes méconnues d’une œuvre théorique peu orthodoxe Depuis la mort de Simmel en 1918, ses écrits constituent une sorte de « mine » apparemment inépuisable, dans laquelle nombre de sociologues, philosophes, ou historiens ont puisé quelques éléments essentiels de leurs constructions théoriques. L’usage multiple et peu cohérent fait de cette œuvre semble être facilité sinon prédisposé par le caractère kaléidoscopique de la sociologie de Simmel et par la pluralité presque exotique des objets et thèmes étudiés (l’étranger, la prostitution, la gratitude, l’argent, Michel Ange, la psychologie des femmes, la discrétion, la mode, la philosophie de la domination, etc.). L’hétérogénéité de l’œuvre simmelienne semble trouver sa raison d’être dans toute une série de conversions et de reconversions, menant ce père fondateur de la sociologie allemande d’une réception plus ou moins orthodoxe de la sociologie positiviste de Spencer à une philosophie de la vie inspirée par Bergson (auteur révélé au public allemand par Simmel lui même), en passant par une construction théorique autonome autour du paradigme des « interdépendances sociales » qui constitue une façon originale de penser le social de manière radicalement relationnelle. La réception française de Simmel s’est faite, comme d’ailleurs presque tous les échanges entre les cultures sociologiques française et allemande, de manière réticente, ambiguë, et trop souvent même de manière déformante. Durkheim est plutôt critique vis à vis de l’œuvre de l’allemand. Néanmoins, Célestin Bouglé contribue à introduire sa sociologie en France. Simmel était, en réalité, plus présent dans le discours sociologique français au tournant du siècle qu’après la seconde guerre mondiale et ce n’est que récemment que les lacunes et les retards les plus notables de la réception de son œuvre ont commencé à être comblés. La réception de la sociologie de Simmel en France s’inscrit largement dans les clivages entre sociologies allemande et française de l’époque. La référence et la révérence à la sociologie allemande a d’ailleurs, pendant longtemps et surtout dans la génération des années 30, été un moyen privilégié pour certains sociologues français de marquer leur opposition à la pensée sociologique durkheimienne dans ses différentes variations historiques (dans l’entourage de Raymond Aron en particulier). En revanche, Simmel représente aux USA un des auteurs classiques de la sociologie européenne. Vers le tournant du siècle, Simmel prit ses distances par rapport à la sociologie et commença à se définir comme philosophe. Cette conversion ne se réduit pas à la rencontre avec la bergsonisme. Il faut y voir, au moins partiellement, l’effet de la crise profonde du champ universitaire en général, et du champ de la sociologie allemande en particulier (qui touche les conditions de vie du mandarinat et son statut social dans un climat d’antimodernisme et de pessimisme culturel). C’est pour cela que afin de mieux saisir quelques unes des particularités de l’œuvre sociologique de Simmel et afin de comprendre sociologiquement l’intérêt de celle-ci pour le phénomène de la marginalité, il semble nécessaire d’avoir recours à l’analyse du champ universitaire allemand de l’époque. Celui-ci était caractérisé par un antisémitisme ouvert et l’exclusion de bon nombre de titres et de postes dans le service public en général et le domaine universitaire en particulier. Selon Stonequist (The marginal man), les juifs représenteraient le prototype même de cette condition de marginalité. Les juifs étaient, selon lui, prédestinés à la fois pour une distanciation réflexive par rapport au monde quotidien et pour une rupture radicale et durable avec les fausses évidences du « ca va de soi » de la vie ordinaire. Ce type de personnalité et de trajectoire, à la fois individuelle et collective, semble particulièrement bien s’appliquer à Simmel. Faisant partie du champ tout en n’y étant que de manière provisoire, sorte membership on révocation, comme dit König, ces sociologues non pas »

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