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Cours philo complet

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« COURS DE PHILOSOPHIE (1ère et Tle séries L/S) Chapitre I _____ LES ORIGINES ET LA SPÉCIFICITÉ DE LA RÉFLEXION PHILOSOPHIQUE Introduction Définir la philosophie est une affaire complexe. La tâche est difficile lorsqu’il s’agit de répondre à la question : Qu’est-ce que la philosophie ? Elle est d’autant plus difficile qu’il n’existe pas encore de consensus sur le plan définitionnel. Chaque philosophe dit ce qu’il entend par philosophie en donnant sa propre définition. Leurs points de vue se confrontent les uns contre les autres, si bien qu’il ne peut pas y avoir de définition unanime. Chez Socrate, par exemple, la philosophie « ne consiste pas tant à connaître beaucoup de choses qu’à être tempérant (vertueux ou juste dans sa conduite) » (Apologie de Socrate) tandis qu’Aristote y voit « la connaissance dans la totalité des choses dans la mesure du possible » (Métaphysique). Même s’il est impossible de trouver une définition partagée par tous, on peut dire approximativement ce qu’est la philosophie, ce qui nous amènera à poser le problème de ses origines. Après avoir dégagé les conditions d’émergence de la philosophie, nous réfléchirons sur la spécificité du discours philosophique. Il s’agira de comparer la philosophie avec les autres modes de connaissance que sont le mythe, la religion et la science. Pour terminer, nous ferons l’histoire de la philosophie en évoquant quelques figures emblématiques et des courants philosophiques qui ont marqué l’histoire de cette discipline. I.Qu’est-ce que la philosophie ? Tenter de définir la philosophie, c'est déjà philosopher. Tout homme est un philosophe potentiel : nul besoin de s'appeler Socrate, Platon ou Aristote pour philosopher, seul compte l'amour de la réflexion et du questionnement. À la différence des sciences humaines, des sciences naturelles et des sciences formelles qui ont chacune un objet d’étude et une démarche propre, la philosophie, elle, n’a pas d’objet d’étude propre. Elle s’intéresse à tout, mais elle a toutefois une préférence pour certains domaines tels que la métaphysique, l’anthropologie et l’axiologie. A la question « Qu’est-ce que la philosophie ? », on ne saurait répondre avec exactitude. La définition de la philosophie demeure un sujet controversé, car il y a autant de philosophes que de définitions, ce qui rend impossible une définition unanime, acceptée par tous. C’est ce qui pousse le philosophe allemand Emmanuel Kant à dire que chaque philosophie est bâtie sur les ruines de la précédente et elle sera à son tour critiquée. Même si en philosophie nul n’a le monopole de la vérité et même s’il est difficile de dire ce qu’est la philosophie, on peut néanmoins donner quelques considérations générales pour avoir une idée sur ce qu’elle est. •Selon une certaine tradition, c’est Pythagore qui a utilisé le mot philosophie pour la première fois. De passage à Phliente, Pythagore a eu de nombreux échanges avec le souverain de cette ville, Léon. Ce dernier, impressionné par Pythagore, lui demandait sur quel art il s’appuyait, Pythagore répond qu’il ne connaît pas un seul art mais qu’il est philosophe. Le souverain lui demanda de lui indiquer les traits à partir desquels il est possible d’identifier un philosophe, Pythagore de répondre que ce sont ceux qui « observent avec soin la nature, ce sont ceux-là qu’on appelle amis de la sagesse c’est à dire philosophes ». En fait, Pythagore se présentait en « philosophos » (amoureux du savoir) et non en « sophos » (savant). Pour mieux se faire comprendre, il compare la vie à une foire et dit : « La vie des hommes est semblable à ces grandes assemblées qui se réunissent à l’occasion des grands jeux publics de la Grèce où les uns se rendent pour vendre et acheter, d’autres pour gagner des couronnes, d’autres enfin pour être simples spectateurs. De la même manière, les hommes venus dans ce monde recherchent les uns de la gloire, d’autres les biens matériels et d’autres, un petit nombre, se livrent à la contemplation, à l’étude de la nature des choses : ce sont les philosophes ». •Yyriot, le mot « Philosophie » vient du grec philo-Sophia que l'on traduit généralement par « amour de la sagesse ». Philo signifiant amour et Sophia, sagesse. Dans l’expression « amour de la sagesse », l’amour désigne une recherche, une conquête, une quête ou un désir. Le mot sagesse signifie ici la connaissance. Par sagesse, Descartes entendra « une parfaite connaissance de toutes les choses que l’homme peut savoir, tant pour la conduite de sa vie que pour la conservation de sa santé et l’invention de tous les arts » (Lettre préface des Principes). Le philosophe apparaît ainsi dans une posture de recherche de sagesse sans prétendre l'atteindre. A ce propos, Karl Jaspers disait : « L’essence de la philosophie c’est la recherche de la vérité, non sa possession. Faire de la philosophie, c’est être en route ». Selon les stoïciens, l’objectif du philosophe, c’est plutôt la recherche du bonheur ou de l’ataraxie c'est-à-dire absence de trouble ou la paix de l’âme. Pour Leibniz, la philosophie serait inutile si elle ne permettait pas aux hommes d’être heureux. « A quoi sert-il de philosopher, si la philosophie ne me permet pas d’être heureux ? », dit-il. C’est pourquoi toutes les philosophies, le stoïcisme et l’épicurisme y compris, ont pour fonction de rechercher le bonheur. •II- Les origines de la philosophie a. Origine historique Pour beaucoup d’historiens, la philosophie serait apparue au 6ème siècle avant Jésus Christ dans la Grèce antique à Milet. Il y avait dans la cité grecque certaines conditions politiques, économiques et sociales qui favorisaient la réflexion philosophique et qui expliquent justement la naissance de cette discipline en Grèce. Mais certains attribuent à la philosophie une origine africaine en soutenant qu’elle est née en Egypte, et c’est la conviction de Cheikh Anta Diop. Dans son livre Civilisation et barbarie, il soutient que les Grecs n’ont fait que recopier les œuvres égyptiennes. Il écrit à ce sujet : « Les Grecs initiés en Egypte s’approprient tout ce qu’ils apprennent une fois rentrés chez eux ». Mais la thèse la plus répandue est celle qui situe l’origine de la philosophie en Grèce au 6ème siècle avant Jésus Christ. Certes, les Grecs n’ont jamais nié avoir appris auprès des Egyptiens, mais ils ont utilisé leurs connaissances dans le but d’une perspective radicalement nouvelle, d’où la phase de rupture entre les anciennes manières d’expliquer l’univers et la toute nouvelle manière de l’expliquer. C’est pourquoi au 6ème siècle, il s’est produit ce que les historiens appellent le « miracle grec », c’est à dire le déploiement de l’esprit en terre grecque. Et c’est ce qui fait dire à Pierre Hadot que « c’est en eux que réside véritablement l’origine de la philosophie, car ils ont proposé une explication rationnelle du monde ». Martin Heidegger de confirmer ces propos en soutenant que la « la philosophie parle grec ». b- Origine causale Selon Platon, c’est l’étonnement qui est à l’origine ou la cause de la philosophie. Dans le Théétète, il fait dire à son maître Socrate que la philosophie est fille de l’étonnement. L’étonnement est une réaction de surprise, de stupeur ou d’émerveillement devant ce qui est nouveau, inhabituel, inconnu. Après s’être étonné, l’homme s’interroge. Il lui faut alors trouver des réponses aux questions angoissantes. Dans la Métaphysique, au livre A, chapitre 2, Aristote écrit : « C’est, en effet, l’étonnement qui poussa, comme aujourd’hui, les premiers penseurs aux spéculations philosophiques ». L’étonnement philosophique signifie arrêt admiratif devant une chose inhabituelle, mais aussi devant une chose habituelle. Mais les hommes ne s’étonnent que devant un phénomène qu’ils ne comprennent pas. Or, les phénomènes qui sont les plus communs nous échappent souvent, et le sentiment de connaître ce que l’on voit n’est souvent qu’une illusion. Selon le philosophe allemand Arthur Schopenhauer, « avoir l’esprit philosophique, c’est être capable de s’étonner des évènements habituels et des choses de tous les jours, de se poser comme sujet d’étude ce qu’il y a de plus général et de plus ordinaire ». On peut donc dire que l’étonnement se produit devant ce qui est habituel et dont la nature nous offre chaque jour le spectacle. On retrouve la même idée chez Bertrand Russel qui dit : « Dès que nous commençons à penser conformément à la philosophie, au contraire, nous voyons que même les choses les plus ordinaires de la vie quotidienne posent des problèmes auxquels on ne trouve que des réponses incomplètes ». Pour les Milésiens, chez qui la philosophie est née, c’est l’étonnement qui engendre la philosophie. L’étrangeté d’un phénomène, au lieu de susciter le sentiment du divin, éveille plutôt l’esprit en forme de questions. c-Philosophie et sens commun Le sens commun est un ensemble d’opinions, de croyances et de certitudes tenues pour vraies et supposées indiscutables. C’est ce que Martin Heidegger appelle le « on » qu’on retrouve dans la formule « on a dit ». Ce n’est pas parce qu’on a dit une chose que c’est vrai. Les certitudes du sens commun sont partagées par la majorité de la société, mais elles peuvent se révéler fausses comme les superstitions, les préjugés, les illusions et les dogmes. L’homme du sens commun ne se pose pas de question, il pense que le monde est évident. Il prend les choses telles qu’elles sont et n’a pas besoin de se poser des questions. Comme le dit Bertrand Russel, l’homme du sens commun c’est celui qui « n’a reçu aucune teinture de philosophe » et il est « prisonnier de préjugés dérivés du sens commun, des croyances habituelles à son temps ou à son pays ». Russel dégage ici l’identité de l’homme du sens commun. Ce dernier ne critique pas et ne s’interroge pas sur ce que tout le monde a dit. Contrairement à lui, le philosophe encourage l’esprit critique. Il s’arme du doute pour examiner et analyser tout ce qu’on lui dit. Il se méfie des traditions, des coutumes et remet tout en cause comme l’a enseigné Vladimir Jankélévitch qui dit : « Philosopher revient à ceci : se comporter à l’égard du monde comme si rien n’allait de soi » (La Mauvaise Conscience). En d’autres termes, pour le philosophe, rien n’est évident. Le but de la philosophie est de corriger les fausses certitudes, les illusions et erreurs du sens commun ou de la philosophie elle-même. Elle est une critique de tous les savoirs, opinions, croyances, réflexions philosophiques etc. L’esprit critique se manifeste par une remise en question ou, du moins, une « mise à questions » de toute affirmation, de tout jugement. La critique est une exigence fondamentale de la philosophie. Elle constitue, selon Marcien Towa (philosophe camerounais contemporain), le début véritable de l’exercice philosophique. Il dit à ce sujet : « La philosophie ne commence qu’avec la décision de soumettre l’héritage philosophique et culturel à une critique sans complaisance. Pour le philosophe, aucune donnée, aucune idée si vénérable soit-elle, n’est recevable avant d’être passée au crible de la pensée critique ». d-Conflit entre la philosophie, la société et la religion Le philosophe est mal vu dans la société à cause de son esprit subversif, critique et contestataire. C’est ce qui explique le conflit qui oppose la philosophie à la religion, mais aussi à la société. La religion est fondée sur des vérités absolues que le croyant admet sans en douter, alors que c’est le doute qui constitue le fondement de la philosophie. Car la philosophie est une entreprise qui va en guerre contre tous les savoirs constitués en dogmes, elle s’inscrit dans la dynamique perpétuelle de remise en question. La question des rapports entre la philosophie et la société se pose parce que la philosophie est victime de préjugés souvent négatifs. Ces rapports sont parfois caractérisés par une violente attitude de rejet, car le philosophe est souvent perçu comme un homme marginal qui a des comportements atypiques. La philosophie n'a pas manqué de connaître des heurts plus ou moins durs avec la société. C’est le cas d’Anaxagore qui a été forcé à l’exil pour athéisme et qui, par la suite, a payé une lourde amende. Protagoras aurait tombé du haut d’une falaise en fuyant Athènes où il était accusé d'athéisme. Socrate a été condamné à mort sous les chefs d'accusation de corruption des mœurs de la jeunesse et d’impiété, mais aussi de rejet des lois de la cité. Giordano Bruno a été brûlé vif pour sa théorie de l’univers infini (contre Aristote pour qui l’univers est fini), son rejet de la transsubstantiation de la trinité, son blasphème contre le Christ et sa négation de la virginité de Marie. Spinoza a été excommunié et exclu de la synagogue pour sa théorie de l’immanence de Dieu. Galilée a failli être condamné à mort pour avoir soutenu que la terre est ronde et qu’elle tournait autour du soleil. Il a finalement été contraint à changer d’avis pour avoir la vie sauve. C’est dire que bien des philosophes ont souffert pour avoir défendu des positions que l’Eglise ne partageait pas. Pour rappel, la philosophie a été la servante de la théologie pendant plusieurs siècles, et il était inadmissible qu’un penseur soutienne des théories contraires à celles de l’Eglise. Les hommes de l’Eglise utilisaient la philosophie, surtout les textes d’Aristote, pour confirmer les écritures saintes. Tous ceux qui défendaient des pensées qui remettaient en cause les écritures saintes en faisaient les frais. C’est au 18ème siècle, dit siècle des Lumières, que la philosophie est enfin sortie de la tutelle de la religion grâce à de libres penseurs comme Voltaire, Diderot etc. Le siècle des Lumières a ainsi ouvert une ère où les philosophes pouvaient s’en prendre à la religion sans craindre des représailles. Les adversaires les plus redoutables de la religion sont incontestablement Nietzsche, Marx et Auguste Comte qui considèrent que la religion et Dieu sont une invention de l’homme. Marx dira que « la religion est l’opium du peuple » tandis que Nietzsche, dans une formule osée, annoncera que « Dieu est mort ». III-Histoire de la philosophie Faire l’histoire de la philosophie revient à étudier les différentes doctrines philosophiques. L’histoire de la philosophie consiste à reconstruire, comprendre, interpréter et critiquer les positions et thèses des penseurs comme Platon, Aristote, Descartes, Kant, Hegel etc. Nombre de penseurs en appellent aux philosophies antérieures pour les appuyer, pour s'en inspirer ou encore pour les critiquer. L’histoire de la philosophie peut être divisée en trois époques : la philosophie antique, la philosophie médiévale et la philosophie moderne. -La philosophie antique La question fondamentale qui occupait les philosophes de l’antiquité était celle du principe de toute chose. Cette époque a rendu célèbres des philosophes dits présocratiques comme Thalès qui tenait l'eau pour le principe de toute chose et Anaximandre qui soutenait que le principe premier dont dérive toute chose est une substance infinie qu'il appelait apeiron. Anaximène, désignait l'air comme l'élément dont est composée toute chose. Héraclite affirma que le feu constitue l'élément fondamental de l'Univers. Empédocle estime que toute chose est composée de quatre éléments irréductibles : l'air, l'eau, la terre et le feu. Pythagore enseignait que l'âme est prisonnière du corps, qu'elle sera délivrée de celui-ci après la mort et réincarnée dans une nouvelle forme de vie. C’est cette même théorie que Platon, maître d’Aristote, a développée. Mais le philosophe le plus célèbre est incontestablement Socrate pour qui philosopher ce n’est pas savoir beaucoup de choses mais se conduire d’une manière vertueuse. L’antiquité grecque est également marquée par des écoles philosophiques comme l’épicurisme fondé par Epicure, le stoïcisme fondé par Zénon et le scepticisme fondé par Pyrrhon. Ces écoles s’intéressaient à la question « comment bien vivre ? ». Pour elles, la philosophie doit être comprise comme un mode de vie, non pas uniquement comme une réflexion théorique. - La philosophie médiévale La philosophie médiévale est constituée de penseurs musulmans et chrétiens qui, en cherchant des arguments convaincants, ont fait appel à la philosophie antique. Les ouvrages de Platon, d'Aristote et d'autres penseurs grecs furent traduits ou commentés par des érudits arabes comme Ibn Sinâ (Averroès), Ibn Rushd (Averroès) et Ghazali. En plus de ces penseurs arabes, il y a eu des penseurs occidentaux qui étaient à la fois philosophes et théologiens à l’instar de Saint Augustin, Saint Thomas d’Aquin et Saint Anselme. Ces philosophes musulmans et chrétiens ont tenté concilier la philosophie et la religion dans le but de fournir des fondements rationnels à leurs convictions religieuses. - La philosophie moderne et contemporaine Cette ère est marquée par les 18ème 19ème et 20ème siècles. Au 18ème siècle, la philosophie s’est libérée de la théologie et les philosophes n’avaient plus à craindre des représailles. La théologie n’avait plus de pouvoir sur la philosophie après plusieurs siècles de domination. Les philosophes les plus connus de cette époque sont Descartes, Spinoza, Kant, Hegel, Nietzsche, Rousseau, Jean Paul Sartre etc. IV-Les écoles philosophiques de l’antiquité grecque La philosophie doit être comprise comme une manière de vivre, non pas seulement comme une réflexion théorique. Autrement dit, être philosophe c’est vivre et agir d’une certaine façon. L’idée que la philosophie est un art de vivre a ainsi amené certains philosophes à imaginer qu’ils devaient guider les hommes et les aider à vivre correctement. Ceci explique la naissance, dans l’antiquité, d’écoles philosophiques comme le stoïcisme, l’épicurisme et le scepticisme. - L’épicurisme fondé par Epicure soutient que le but de la vie est d'atteindre le maximum de plaisirs et d’éviter le maximum de douleur, c'est-à-dire chercher le plaisir et fuir la douleur. Pour Epicure, le plaisir résulte de la satisfaction des besoins qui sont de trois types : les besoins naturels et nécessaires (manger, boire et dormir), les plaisirs naturels et non nécessaires (les plaisirs sexuels par exemple) et les besoins ni naturels ni nécessaires (fumer, se droguer etc.). Les épicuriens disent que l’homme doit chercher la satisfaction des besoins naturels et nécessaires et éviter les excès. Ils estiment que « vivre heureux, c’est vivre caché », c'est-à-dire fuir la gloire, la richesse, le pouvoir etc. qui peuvent être source de souffrance. En sommes, pour les épicuriens, tout ce dont la possession engendre plus de douleur que de plaisir (pas au sens d’érotisme mais d’ataraxie) est à éviter. Ils recommandent de vivre loin des excès, de la luxure et d’adopter une conduite sobre. « Un peu d’eau, un de pain, un peu de paille pour dormir, une peu d’amitié suffisent pour être heureux », disent-ils. - Le stoïcisme fondé par Zénon rejette les biens matériels. Les stoïciens enseignaient qu’on ne peut atteindre la liberté et la tranquillité qu'en étant insensible au confort matériel et à la fortune. Ils enseignent que chaque être humain est une partie de Dieu et que tous les hommes constituent une famille universelle. Les stoïciens font également la différence entre ce qui dépend de nous (nos pensées) et ce qui ne dépend pas de nous (les décrets de Dieu). Ils recommandent à l’homme d’accepter courageusement ce qui lui arrive et qui ne dépend pas de lui. Parmi leurs slogans, on peut retenir celui-ci : « Supporte et abstiens-toi » et ce n’est qu’à cette condition que l’homme vivra heureux. L’homme doit savoir souffrir en silence et accepter tout ce qui ne dépend pas de lui. C’est ce que les stoïciens résument en ces mots : « Le destin mène celui qui veut et traîne ce qui ne veut pas ». - Le scepticisme fondé par Pyrrhon considère que l’homme ne peut atteindre ni la vérité ni la connaissance ni la sagesse. Pour les sceptiques, le chemin du bonheur passe par une suspension complète du jugement. Leur philosophie, c’est que rien n’est vrai. Contrairement au doute méthodique de Descartes qui est provisoire, le doute des sceptiques est permanent, ils doutent pour le plaisir de douter. - V-Caractéristiques de la réflexion philosophique La réflexion philosophique est caractérisée par la critique. L’esprit critique est un esprit d’analyse et d’examen ; il s’oppose au sens commun. Philosopher, c’est se poser des questions en permanence et Karl Jaspers l’a résumé en ces termes : « Les questions en philosophie sont plus essentielles que les réponses et chaque réponse devient une nouvelle question ». En philosophie, les questions ne sont pas posées, elles se posent ; mieux, elles s’imposent. Parler des caractéristiques de la réflexion philosophie revient à dire ce qu’est la philosophie et à l’opposer au mythe, à la religion et à la science. 1-Philosophie et mythe Le mythe est un récit imaginaire où interviennent des êtres surnaturels dont l’action serait à l’origine du monde. Le récit mythique est cru de façon dogmatique par les membres du groupe social, on ne le critique pas : on y croit sans chercher à avoir des preuves. Exemple de mythe, on peut citer l’histoire d’Adam et d’Eve. En effet, d’après les religions révélées, Adam et Eve ont été chassés du paradis pour avoir désobéi à Dieu. Ensuite, ils ont été envoyés sur terre où ils seront obligés de travailler pour vivre. Ce récit a pour fonction de justifier l’origine du travail. Mais, il ne faut pas croire que le mythe est irrationnel. Au contraire, elle témoigne d’une « rationalité » certes différente de la pensée philosophique. En fait, à l’instar de la philosophie, le mythe aussi cherche à fournir une explication du monde, des phénomènes divers pour apaiser la curiosité humaine. Fondamentalement, la différence réside dans le fait que là où la philosophie se pose des questions, le mythe apporte des réponses. Au demeurant, la philosophie et le mythe sont deux domaines de la raison, mais différents par la démarche. Ils s’efforcent d’apaiser la curiosité insatiable de l’homme. Le mythe a pour fonction de justifier ce qui existe, de dire comment les choses sont ce qu’elles sont et pourquoi les hommes doivent adopter tels comportements. Il est irrationnel alors que la philosophie est rationnelle. Là où la philosophie se pose des questions sans prétendre les solutionner, le mythe lui, apporte des réponses à toutes les questions de l’homme pour apaiser sa curiosité. Dès l’avènement de la philosophie, le mythe devait être dépassé. Pourquoi est-il toujours présent dans l’œuvre de Platon ? Quelle place occupe-til dans sa philosophie ? Dans l’œuvre de Platon, le mythe a une fonction pédagogique. Pour expliquer quelque chose, Platon part de ce que les Athéniens connaissent. Autrement dit, il les retrouve dans leurs croyances pour leur expliquer des vérités a priori inaccessibles par la raison. En bref, la philosophie se sert du mythe comme moyen d’illustration d’un argument. 2-Philosophie et religion Les rapports entre la philosophie et la religion ont souvent été difficiles. Un conflit existe entre elles : le philosophe est perçu comme un athée tandis que le religieux est vu comme un borné ou comme quelqu’un qui ne réfléchit pas. Tiré du latin religare, la religion signifie lien que l’homme entretient avec une force extérieure nommée Dieu et qui exige une soumission à lui. La religion est censée dire une vérité absolue, incontestable, indiscutable pour le croyant. Ce dernier considère comme vrai tout ce que disent les textes sacrés et il interprète toutes choses en fonction de la religion. La religion est fondée sur la foi et repose sur des dogmes, c’est à dire des vérités absolues. A l’opposé, le discours philosophique est humain, libre et critique. Ce n’est plus Dieu qui parle aux hommes, mais c’est un homme qui s’adresse à ses semblables. Pour toutes ces raisons, la religion s’oppose à la philosophie qui, elle, est fondée sur l’esprit critique alors pour le croyant, le doute n’est pas permis. Le philosophe doit avoir un esprit de doute et de remise en question. Avec son esprit libre et critique, il s’attaque à tout, même à la religion. Cette dernière va ainsi subir des critiques de la part de philosophes comme Karl Marx qui la considère comme « l’opium du peuple ». Pour lui, c’est l’homme qui a inventé Dieu. Nietzsche, pour sa part, proclame la mort de Dieu, tandis que Sartre fera de l’existence de Dieu une présence sans incidence sur le monde. A travers ces philosophes athées, il est aisé de constater que philosophie et religion ont eu des rapports complexes depuis leur origine, mais il serait exagéré d’y voir une opposition radicale. Loin de s’exclure, elles entretiennent une relation réciproque. Certes, elles n’ont pas le même fondement, car la philosophie repose sur la raison et la religion sur la foi. Mais à bien des égards, elles traitent des mêmes questions. En effet, toutes les questions que soulèvent la métaphysique comme celles qui sont liées à Dieu, à l’âme, au destin etc. trouvent leur réponse dans la religion, de sorte qu’on a pu dire que la philosophie pose des questions et la religion y apporte des réponses. C’est ce que montre Blaise Pascal selon qui la religion et la philosophie sont deux genres distincts. A son avis, l’homme est raison et cœur et il peut atteindre la vérité soit par le cœur soit par la raison. Mais Pascal précise qu’il y a des choses que la raison ne peut pas savoir à l’exemple de Dieu, et c’est au cœur de le sentir. C’est pourquoi il dit que « Dieu ne se prouve pas, il s’éprouve ». Poursuivant cette même idée, il affirme dans sa Pensée 277 : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ». Saint Augustin parle d’une ressemblance entre religion et philosophie. Pour lui, il y a une similitude entre les textes bibliques et ceux de Platon. Il sera amené à conclure que la philosophie ne peut nous permettre d’atteindre la vérité et qu’elle doit se subordonner (soumettre) à la religion. Saint Thomas d’Aquin pense lui aussi que foi et raison peuvent atteindre la vérité, mais il accorde la supériorité à la foi. Spinoza soutient que entre la philosophie et la religion, il n’y a pas de parenté. Il dit : « Ni la théologie ne doit être servante de la raison, ni la raison celle de la théologie, mais l’une et l’autre ont leur royaume propre ». Notes Philosophie et science -L’histoire d’une rupture: Philosophie et science sont nées au 6ème siècle avant Jésus Christ à partir d’une rupture avec les premières approches du réel. Insatisfaits des explications données par le mythe, la magie et la religion, les premiers penseurs vont expliquer le cosmos en faisant appel à la raison. On assiste, dès lors, à la naissance de la pensée rationnelle. Ces premiers penseurs étaient en même temps des philosophes et des savants à l’instar de Thalès, de Pythagore, d’Euclide, d’Archimède etc. Philosophie et science ont donc cheminé ensemble pendant longtemps. Mais petit à petit, les sciences se détachèrent de la philosophie et constituèrent, chacune, un objet et une méthode spécifiques. C’est à ce titre qu’on a pu dire que « la philosophie est comme une femme en ménopause qui a cessé de procréer et dont les enfants devenus adultes n’ont cessé de se démarquer d’elle pour se constituer en disciplines autonomes ». A l’origine, la philosophie était présentée comme la mère de toutes les sciences. Elle était une discipline encyclopédique, répondant au vœu d’Aristote qui la définissait comme le « savoir de la totalité ou la totalité du savoir ». Au fil des siècles, les progrès des sciences finissent par prendre le dessus en rendant impossible la maîtrise du savoir total par un seul homme. La philosophie comme savoir encyclopédique devient ainsi chimérique. La science prit alors son autonomie avec Francis Bacon qui, au début du 17ème siècle, inaugure la rupture en introduisant la méthode expérimentale. Dans le même siècle, suivirent la physique avec Newton et Galilée, l’astronomie de Kepler. Au 18ème siècle, la biologie fera de même et les sciences sociales au 20ème siècle conclurent définitivement la séparation entre la philosophie et la science. Il ne sera désormais laissé à la philosophie que la logique et la métaphysique. Ainsi, de la pensée encyclopédique du philosophe comprenant tous les domaines du savoir, émerge la pensée du scientifique qui porte sur un objet particulier avec une méthode d’étude particulière. - Différence de méthodes, d’orientations et de préoccupations: La science est caractérisée par son objectivité alors que la philosophie est marquée par la subjectivité. Lorsque les philosophes posent la même question, ils y apportent des réponses différentes, subjectives. C’est parce que chaque philosophie exprime les sentiments de son auteur, ses convictions personnelles, ses croyances. Il y a une pluralité en philosophie alors que dans les sciences il y a une unité. La science est caractérisée par son exactitude parce qu’elle produit les instruments de vérification de ses théories. La procédure de la science est particulière : elle passe par l’observation, l’hypothèse, l’expérimentation, la vérification et l’élaboration d’une loi universelle. La science dit ce qui est en se posant le « comment », mais la philosophie s’intéresse à ce qui devrait être et se pose le « pourquoi ». Quand le savant se demande comment les choses se produisent, le philosophe, par la spéculation, se demande le pourquoi des choses. La science va du sujet vers l’objet : elle est cosmocentrique alors que la philosophie va du sujet vers le sujet : elle est humaniste. Par exemple Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi l’homme existe-t-il pour mourir ? Philosopher revient à se placer du point de vue axiologique, c'est-àdire s’interroger sur la valeur de la connaissance, de l’intérêt de l’existence etc. Où va l’homme ? D’où vient-il ? Que lui est-il permis d’espérer ? Quelle est sa destinée ? Ce sont là sont des questions intrinsèques à la philosophie. La philosophie et la science ne s’opposent pas radicalement. Elles sont, à bien des égards, complémentaires. Car la philosophie réfléchit sur la science et c’est ce qui fonde l’épistémologie. La philosophie redevient une conscience de la science et non une concurrence pour celle-ci. Elle s’érige en gardienne face aux dangers multiples que l’usage des découvertes scientifiques fait courir à l’humanité. Pierre Fougeyrollas écartait toute compétition entre la science et la philosophie en affirmant : « Toute compétition entre la science et la philosophie serait ruineuse pour celle-ci ». Par ailleurs, même si la science est une connaissance exacte, elle a cependant des limites internes et des limites externes. Les limites externes concernent toutes les questions qui sont hors de son domaine d’investigation, ce sont les questions métaphysiques ou éthiques. Ces préoccupations sont prises en compte par la philosophie. Les limites internes se rapportent à la connaissance scientifique qui n’est pas figée, immuable : elle progresse, ce qui explique le progrès scientifique. Il faut souligner, enfin, que la science peut avoir sur l’homme un impact positif comme négatif (les armes, les manipulations génétiques, la pollution de l’air etc.). Et c’est précisément à ce niveau que la philosophie intervient pour réfléchir sur la science. Cette réflexion est appelée épistémologie. La philosophie refuse toute définition et toute délimitation Pythagore enseignait que l'âme est prisonnière du corps, qu'elle sera délivrée de celui-ci après la mort et réincarnée dans une nouvelle forme de vie, supérieure ou inférieure selon le degré de vertu auquel elle est parvenue. La fin suprême de l'homme serait de purifier son âme en cultivant les vertus intellectuelles, en s'abstenant des plaisirs sensuels et en accomplissant divers rites religieux. Il dit : « La vie des hommes est semblable à ces grandes assemblées qui se réunissent à l’occasion des grands jeux publics de la Grèce où les uns se rendent pour vendre et acheter, d’autres pour gagner des couronnes, d’autres enfin pour être simples spectateurs. De la même manière, les hommes venus dans ce monde recherchent les uns de la gloire, d’autres les biens matériels et d’autres, un petit nombre, se livrent à la contemplation, à l’étude de la nature des choses : ce sont les philosophes » Autre version : celle de (Diogène Laërce : Vies des philosophes). Pythagore compare la vie à une foire et dit : « Dans la foule qui y assiste, il y a trois groupes distincts : les premiers viennent pour lutter, les autres pour faire du commerce et les autres encore qui sont des sages se contentent de regarder. De même dans la vie, les uns sont nés pour être esclaves de la gloire ou de l’appât du gain, les autres qui sont des sages ne visent que le savoir. » La philosophie serait née de l’échec des premiers modes de connaissance à satisfaire la curiosité des hommes. Il s’agit du mythe, de la magie et de la religion. Calliclès a adressé à Socrate une critique en lui reprochant de toujours se consacrer à la réflexion philosophique et il prétend que le plus important c’est la recherche des richesses matérielles et du pouvoir. Cette priorité accordée aux biens mondains peut être résumée dans cette célèbre formule : « Vivre d’abord, philosopher ensuite ». Karl Jaspers : « La philosophie se trahit elle-même lorsqu’elle dégénère en dogmatisme, c'est-à-dire en un savoir, ni en formule définitive, ni complète » « L’étonnement engendre l’interrogation et la connaissance ». Gaston Bachelard : Deux hommes, s’ils veulent s’entendre, ont du se contredire ; la vérité est fille de discussion, non pas fille de sympathie » L’histoire de la philosophie présente une multiplicité de systèmes philosophiques au point que l’on se demande si cette diversité ne serait pas un argument contre la philosophie. Chaque philosophe vante sa conception, prétendant qu’elle vaille mieux. Mais aucune philosophie n’a pu enterrer l’autre, et c’est ce que dit Georges Gusdorf dans Traité de métaphysique : « Aucune philosophie n’a pu mettre fin à la philosophie bien que ce soit le vœu secret de toute philosophie ». Cette diversité de points de vue n’est pas pour autant un handicap pour la philosophie. Au contraire, elle lu permet de s’enrichir de nouvelles idées. Différences entre science et philosophie Différences de préoccupation : La philosophie se caractérise par ce désir d’expliquer l’homme tant du côté de son comportement (psychologie), du côté de son milieu social (sociologie, anthropologie) que du côté de ses relations avec d’autres êtres supérieurs (métaphysique). Elle place l’homme au cœur de ses préoccupations, ce qui n’est pas le cas de la science qui se limite à expliquer les phénomènes de la nature, considérant l’homme absent de ses analyses, d’où son objectivité. Conséquence, la science est cosmocentrique alors que la philosophie est humaniste. Différence d’orientation : La science va du sujet vers l’objet alors que la philosophie va du sujet vers le sujet. Philosopher revient à se placer du point de vue axiologique, c'est-à-dire s’interroger sur la valeur de la connaissance, de l’intérêt de l’existence etc. Où va l’homme ? D’où vient-il ? Que lui est-il permis d’espérer ? Quelle est sa destinée ? Là sont des questions intrinsèques à la philosophie. Quand le savant se demande comment les choses se produisent, le philosophe, par la spéculation, se demande le pourquoi des choses. Par exemple, pourquoi y a-t-il de monde plutôt que rien ? Pourquoi l’homme existet-il pour mourir ? Platon dit dans la République ce qu’il faut pour qu’une société soit bien gouvernée. Pour lui, chaque classe sociale doit respecter sa place et que les philosophes soient rois ou bien que les rois soient des philosophes. Pierre Fougeyrollas exposant la conception du sens commun de la philosophie L’activité scientifique, selon Pierre Fougeyrollas, nous conduit de victoire en victoire pendant que la philosophie paraît une activité oiseuse. Fougeyrollas met l’accent sur l’inutilité et l’inefficacité de la philosophie devant les progrès scientifiques spectaculaire dans les domaines de l’automobile, de l’audiovisuel, de la téléphonie, de l’astronomie, de l’ordinateur, de la conquête de l’espace etc. Il ajoute : « Comparée aux techniques, l’activité philosophique semble inefficace, inutile, parasitaire ». Fougeyrollas expose ici la conception que l’homme du sens commun a de la philosophie. Il utilise les verbes paraître et sembler pour montrer que c’est l’homme du sens commun qui voit ainsi la philosophie. Aristote (Métaphysique) « Tous les hommes ont, par nature, le désir de connaître » Kant Critique de la raison pure : « on ne peut apprendre aucune philosophie… on ne peut qu’apprendre à philosopher. » Gusdorf « aucune philosophie n’a pu mettre fin à la philosophie bien que ce soit le vœu secret de toute philosophie. » (Traité de métaphysique). En réalité, chaque point de vue enrichit le débat philosophique car comme le montre Hegel « quelle que soit la diversité des philosophies, elles ont ce trait commun d’être de la philosophie. » (Phénoménologie de l’esprit). Kant « Aie le courage de te servir de ton propre entendement » (Réponse à la question : qu’est-ce les Lumières?) Deschoux : « Ce que la raison ne peut expliquer, le mythe permet au moins de le dire » (Platon ou le jeu philosophique). Karl Jaspers « L’homme ne peut se passer de la philosophie…Aussi est-elle présente partout et toujours. » Même si elles semblent divergentes, la philosophie et la science sont complémentaires, car les faiblesses de l’une sont la force de l’autre et vice versa. La philosophie est née de la critique du mythe. Elle est née du mythe mais contre le mythe, pour parler comme Jean Pierre Vernant. Dans les mythes, on invoque des êtres surnaturels pour donner un sens à la réalité. Or, les premiers philosophes vont partir plutôt de la réalité elle-même pour chercher à connaître le monde. Au lieu de se limiter à la simple imagination, ils utilisent la raison comme principal instrument et donnent une explication rationnelle de la réalité. Jean Jacques Rousseau affirme que les philosophes sont des charlatans dangereux qui n’ont produit que des « ouvrages (…) d’où s’exhale la corruption des mœurs » ? Chapitre II _____ LES GRANDES INTERROGATIONS PHILOSOPHIQUES LA MÉTAPHYSIQUE, L’ANTHROPOLOGIE ET L’AXIOLOGIE Introduction Il est de la nature de l’homme de s’intéresser obstinément à ce qui le dépasse comme Dieu, le destin et l’âme. Outre sa propre nature, les concepts de Bien et de Mal constituent des sources d’interrogation. Selon Kant la question philosophique par excellence est « Qu’est-ce que l’homme ? ». Elle résume les trois questions fondamentales de la raison que sont : « Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? Que m’est-il permis d’espérer ? ». Ces questions ont toujours intéressé l’homme qui, dès lors, se trouve au centre des grandes questions philosophiques d’ordre anthropologique, axiologique et métaphysique. Il lui faut trouver des réponses à ces problèmes inévitables pour satisfaire sa curiosité intellectuelle. I. La métaphysique 1. L’histoire d’un vocable Dans l’existence de toute chose, il y a des aspects physiques ou sensibles et des aspects métaphysiques ou intelligibles. Est métaphysique tout ce qui existe et qu’on ne peut saisir par les 5 sens. La métaphysique est composée du suffixe « méta » qui veut dire au-delà et du radical « physique » qui signifie physis ou nature en grec. On doit le terme métaphysique à Andronicos de Rhodes (1er siècle avant J. C.) qui, en procédant à la classification des œuvres d’Aristote, a remarqué qu’il y a parmi ces œuvres qui ne traitaient ni de politique, ni d’éthique, ni de logique c'est-à-dire du cadre physique ou terrestre. Ces écrits traitaient de l’âme, du monde, de Dieu etc. qui sont des objets situés au-delà du monde sensible. Andronicos de Rhodes les classa sous le nom de « méta ta physica » ou Métaphysique. Mais les expressions qu’Aristote avait retenues étaient « la science des premiers principes et des premières causes » ou « la philosophie première », ou encore « la science de l’Etre en tant qu’être ». A travers ces différentes appellations qui signifient la même chose, Aristote se demandait s’il existe un être qui serait à l’origine de tous les autres êtres. Un être sans lequel tous les autres êtres ne seraient pas, un être qui serait au-dessus de tout le monde, qui serait unique, éternel, infini et parfait. Ainsi, on peut se rendre compte que toutes ces propriétés ne sauraient appartenir à un être humain, car l’homme est faillible et imparfait. Ces propriétés appartiennent, au contraire, à Dieu. Au-delà de son aspect divin, la métaphysique recherche l’origine ultime des choses ou leur sens à travers la question du pourquoi. D’ailleurs, André Lalande la définit comme « la connaissance de ce que sont les choses en elles-mêmes par opposition aux apparences qu’elles présentent » ou encore « la connaissance des êtres qui ne tombent pas sous les sens ». 2- Les défenseurs de la métaphysique La métaphysique va régner jusqu’au moyen âge et retiendra l’attention de Descartes. Ce dernier cherchait un fondement à la philosophie et il l’a obtenu dans la métaphysique. On peut retrouver l’idée de la métaphysique comme fondement de toute chose dans l’exemple de l’architecture. En d’autres termes, la résistance d’un bâtiment dépend de son fondement : plus le fondement est solide, plus le bâtiment est solide. Mais si le fondement est fragile, le bâtiment risque de s’écrouler. Dans une célèbre métaphore, Descartes fait cette comparaison : « La philosophie est comme un arbre dont les racines sont la métaphysique, le tronc la physique et les branches qui se réduisent à trois principales que sont la médecine, la mécanique et la morale ». Ces deux exemples montrent l’importance de la métaphysique, car ni le fondement du bâtiment ni les racines de l’arbre ne sont visibles, et pourtant sans eux rien ne peut tenir. Ce qui signifie que toute chose visible repose sur de l’invisible. Le but de la métaphysique est de saisir par la raison la réalité cachée, celle qui est voilée et qui se situe derrière le monde des apparences. Mais est-il possible d’accéder à cette réalité ? Oui répond Platon. A son avis, l’homme peut accéder aux Idées, c'est-à-dire au monde intelligible, monde de la vérité, opposé au monde sensible fait d’erreurs et d’illusions. Selon Platon, on ne peut faire de science que du monde intelligible. Du monde sensible, on ne peut rien connaître du fait qu’il est sans cesse changeant ; en plus de cela les sens trompent. La vraie connaissance est celle des essences qui sont immuables, éternelles. Descartes considère également qu’on peut connaître le monde intelligible. Pour lui, la métaphysique est la première des sciences et la science sans laquelle aucune autre science n’est possible. Mais d’autres philosophes rejettent la métaphysique qu’ils considèrent comme une pseudoscience et pensent qu’elle ne peut rien apprendre à l’homme de concret sinon l’enfoncer dans l’illusion de connaître les choses cachées. 3- Critiques de la métaphysique La métaphysique a fait l’objet de plusieurs critiques de la part des matérialistes et des empiristes. Pour le matérialisme, toute connaissance passe nécessairement par l’observation des phénomènes et pour l’empirisme toute connaissance passe par l’expérience. Selon l’empiriste, Hume, la métaphysique pousse l’esprit à sortir du cadre du monde physique et elle n’est qu’illusions et sophismes. Kant sera influencé par Hume sur les limites de la raison, et il l’avoue en ces termes : « Hume m’a réveillé de mon sommeil dogmatique » (Prolégomènes à toute métaphysique future…). Selon Kant, il n’est pas possible de connaître le monde des noumènes comme Dieu, l’âme, le paradis, l’enfer etc. par opposition au monde des phénomènes, c'est-à-dire le monde dans lequel nous vivons. C’est ce qui l’a amené à fixer les limites de la raison. Cette dernière ne peut pas connaître Dieu, l’âme ou l’au-delà, c’est plutôt la foi qui les ressent. Et c’est ce qui pousse Blaise Pascal à dire : « C’est le cœur qui sent Dieu et non la raison » ou encore « Dieu ne se prouve pas, il s’éprouve ». Voilà pourquoi la métaphysique, dans son projet de connaître le fond des choses par la raison, a échoué. Pour Kant, elle ne peut pas être une science. Et c’est ce qui l’amène à dire que « la métaphysique est un champ de bataille où il n’y a ni vainqueur ni vaincu » (Critique de la raison pure). Même s’il ne la considère pas comme une science, Kant soutient que la métaphysique est un besoin vital pour l’homme. Karl Marx, pour sa part, estime que la métaphysique est un instrument de domination des bourgeois sur les prolétaires. Les marxistes considèrent que la métaphysique est une fiction idéologique de la bourgeoisie. Ils estiment qu’elle doit être rejetée, car elle divertit les prolétaires au lieu de les conscientiser sur leur sort désolant ou de les aider à combattre les inégalités sociales. Auguste Comte s’est également dressé contre la prétendue supériorité de la métaphysique et rejette son statut de connaissance fondatrice ou supérieure. Pour Comte, la métaphysique est dépassée et il l’explique à travers la loi des trois états de l’esprit humain : la pensée théologique qui correspond avec l’enfance de la raison, la pensée métaphysique qui correspond avec l’adolescence de la raison et la pensée scientifique ou positive qui correspond avec la maturité de la raison. Parmi les critiques les plus sévères contre la métaphysique, on peut retenir celles de Nietzsche. Pour lui, s’attacher à la métaphysique, c’est se conduire comme un « vaincu ». Il estime que ce sont les « vaincus » et les « ratés » de la vie concrète qui ont créé « cet arrière monde métaphysique pour calomnier le monde concret ». Nietzsche trouve que la métaphysique est au secours des impuissants qui n’ont rien à espérer de cette vie et qui, imaginairement, se créent un au-delà et Dieu pour pouvoir supporter leurs peines. Il dit à ce propos « Soyez fidèles à la terre, l’au-delà n’existe pas ». Et dans une autre formule de mise en garde, il dit : « Méfiez-vous de tous ces prêtres qui vous font croire en un au-delà alors que nous n’avons pas épuisé le sens de la terre. Le sens de la vie mes frères, c’est le sens de la terre ». Malgré toutes ces critiques, peut-on dire que l’homme peut se passer de la métaphysique ? Non, diront certains philosophes qui pensent que l’homme a une disposition naturelle qui le porte à s’interroger sur son origine et son existence. C’est en ce sens qu’il faut comprendre les propos de Schopenhauer selon lesquels « l’homme est un animal métaphysique ». En somme, même si la métaphysique n’est pas une connaissance exacte, elle demeure quand même une préoccupation inévitable, d’où la réhabilitation de la métaphysique. 3- Nécessité et actualité de la métaphysique En dépit des critiques qu’elle a subies, la métaphysique semble de plus en plus d’actualité face au désir et à la curiosité de l’homme de connaître ce qu’il y a au-delà de la terre. Pourtant, sur le plan technique ou matériel, la science satisfait l’homme en lui procurant beaucoup de choses. Mais sur le plan spirituel, la science est incapable de combler le besoin de l’homme et d’apaiser son angoisse sur des questions existentielles comme : d’où venons-nous, où allons-nous, qu’est-ce que l’homme ? Même si la science a investi plusieurs domaines de la vie de l’homme en essayant de le rendre heureux, elle n’a pas pu liquider la métaphysique qui demeure un besoin vital. C’est ce que montre Kant qui, bien qu’ayant récusé la métaphysique comme science, soutient qu’il est difficile sinon vain de vouloir y renoncer. Il dit : « La métaphysique est pour l’homme un besoin vital et il serait illusoire de voir l’homme y renoncer un jour tout comme l’homme ne renoncerait pas à respirer sous prétexte que l’air serait pollué ». C’est la même idée que l’on retrouve chez Schopenhauer selon qui l’homme est un animal métaphysique, c'est-à-dire un être qui ne peut pas se passer de questions qui le dépassent parce qu’il est curieux par nature. En vertu de cette curiosité, l’homme se pose des questions du genre : d’où vient l’homme, où va-t-il, quel est le sens de la vie, le sens de la mort, existe-t-il une autre vie après la mort ? etc. Pour montrer que la métaphysique n’est pas encore liquidée, Georges Gusdorf déclare : « Loin d’affirmer la décadence de la métaphysique, il faudrait bien plutôt souligner qu’elle est, en un certain sens, universalisée, qu’elle a acquis une sorte de suprématie ». Ceci pour dire que la métaphysique est inébranlable, elle est plus présente aujourd’hui qu’hier. II- L’anthropologie La question anthropologique est à la fois scientifique et philosophique. L’anthropologie se présente comme une étude ou une science de l’homme ou encore une interrogation sur l’homme, cet être particulier qu’on tente de saisir et de connaître de sorte que la question qui se pose est de savoir si on peut connaître l’homme. Kant fait de la question anthropologique une préoccupation majeure. Il dit que les trois questions de la philosophie sont : Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? Que m’est-il permis d’espérer ? Ces trois questions se ramènent à la question : « Qu’est-ce que l’homme ? », d’où une philosophie anthropologique chez Kant. L’anthropologie a pour projet une étude rationnelle de l’homme. Mais est-il possible d’avoir une connaissance rationnelle de l’homme ? Dans tous les cas, l’homme est une réalité dont on peut envisager l’étude sous plusieurs angles. Mais deux approches s’imposent : l’approche métaphysique et l’approche scientifique. 1- Approche métaphysique Dans le vocabulaire technique et critique de la philosophie, André Lalande écrit « L’anthropologie est la science de l’homme en général ». Cette définition est celle que les philosophes métaphysiciens donnent de l’anthropologie. Ils cherchent le général et non le particulier. Ils cherchent ce qui permet d’unifier les différences, ce qui nous fait penser à Aristote pour qui il n’y a pas de science du particulier, il n’y a de science que du général. Dire que « l’anthropologie est la science de l’homme en général », c’est supposer qu’il existe chez tous les hommes un élément qui permet d’en faire un seul Homme malgré leurs différences : cet élément serait la raison. Selon Aristote, l’homme est un animal raisonnable. On retrouve la même définition chez Descartes qui considère que l’homme est une « res congitans » (une substance pensante) ou encore « une substance dont toute la nature n’est que de penser ». En étudiant l’homme, la métaphysique met de côté tout ce qui est concret. Elle ne tient pas compte de ses aspects physiques ni même de ses rapports avec le milieu social. Elle étudie l’homme abstrait et non l’homme concret. »

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