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Avoir conscience, est-ce toujours choisir ?

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« Dans quelle mesure peut-on dire qu'avoir conscience, c'est toujours choisir ? Introduction. L'ancien empirisme, s'inspirant d'une conception purement statique de la pensée, avait considéré la conscience comme une sorte de miroir reflétant plus ou moins fidèlement les choses extérieures. Se plaçant au contraire à un point dynamique, la Psychologie moderne ne saurait se contenter d'une telle conception. I. La conscience spontanée. Elle constate d'abord que, même sous sa forme la plus spontanée (conscience simple), la conscience, ainsi que l'observait W. JAMES, « s'intéresse inégalement aux divers éléments de son contenu »; en un mot, elle est une « activité de sélection ». Cette activité se marque déjà dans la perception, dans l'attention spontanée. Pour BERGSON aussi, « conscience signifie hésitation ou choix » et la conscience est généralement « proportionnelle à la puissance de choix dont l'être vivant dispose » (ouv. cité, p. 194) : l'animal, à qui la fatalité de l'instinct ne laisse pas le choix de l'action, semble bien ne jouir que d'une conscience fort confuse. II. La conscience réfléchie. Cette idée générale se concrétise et se confirme si l'on examine les degrés supérieurs de la conscience, la conscience réfléchie et la « prise de conscience ». Il s'en faut, en effet, que la conscience présente toujours la même intensité et la même lucidité : il existe une multitude de « plans de conscience ». Or, de quoi dépendent ces variations de la conscience? Précisément, comme l'indique le texte proposé, de l'urgence ou de la difficulté du choix. Tant que ce choix n'est pas nécessaire, c'est-à-dire tant que l'action peut se dérouler dans une voie unique, l'impulsion vitale de l'instinct, de la tendance, de la réponse quasi-réflexe à l'excitant extérieur suffit et la conscience n'apparaît pas. Elle émerge au contraire dès que surgit une difficulté ou un problème : c'est ce que l'on appelle la « loi de l'obstacle ». A. — PREMIER CAS : L'HÉSITATION. Le fait peut se produire lorsque plusieurs voies apparaissent possibles. Prenons un exemple très simple. Je prononce un discours ou une conférence. Les mots me viennent facilement, naturellement, et c'est à peine si je prends conscience des termes que j'emploie. Mais tout à coup deux expressions en apparence équivalentes se présentent à mon esprit : laquelle est la meilleure, rendra le mieux ma pensée ? J'hésite un instant et, dans ce court instant, j'ai pris conscience de certaines nuances ou de certaines opportunités qui me font choisir l'une plutôt que l'autre. La conscience apparaît donc au carrefour de l'action (tout comme lorsque nous hésitons sur un itinéraire à suivre). B. — DEUXIÈME CAS : LA « CRISE INTÉRIEURE ». Sur un plan plus élevé, tout acte volontaire implique, sinon toujours une délibération consciente, du moins la représentation claire du but visé. La volonté, en effet, est choix, en ce sens qu'elle a à résoudre un conflit de tendances et que celles-ci doivent être, au moins un instant, tenues en suspens jusqu'à décision. Mais, dans certains cas, où s'opposent non plus seulement des tendances, mais des idées, des obligations, des sentiments puissants, cette décision ne peut être obtenue qu'à la suite d'une délibération dramatique, de toute une « crise intérieure » où la conscience atteint une intensité, une acuité qui va presque jusqu'à l'angoisse. Tel est le cas des douloureux débats de conscience des héros cornéliens pris entre leur « devoir » et leur « passion » (c'est-à-dire, le plus souvent, des sentiments très légitimes), de la « tempête sous un crâne » de Jean Valjean dans Les Misérables, de la décision héroïque du juge Jourégui (qui, dans un régime totalitaire, se refuse, au péril de sa propre vie et de celle de sa fille, à condamner un innocent), dans le Pain blanc de Claude Spaak, etc. III. La «prise de conscience». Ce n'est pas seulement dans les problèmes de l'action pratique, matérielle, que la conscience se manifeste. C'est aussi à l'égard des problèmes intellectuels. Combien de croyances, d'opinions, de préjugés véhicule avec elle la pensée courante sans même que nous en prenions conscience, jusqu'au jour où la difficulté surgit sous la forme d'un désaccord avec autrui, d'un démenti infligé par l'expérience ou d'une trop flagrante contradiction interne! « Nous ne pensons qu'en présence d'une difficulté » (H. DELACROIX). Même dans l'ordre proprement moral, c'est le plus souvent le conflit qui éveille la conscience, à tel point qu'E. DUPREEL a pu écrire : « L'avènement de la conscience morale a pour condition le désordre ». On peut soutenir que la pensée philosophique elle-même n'est pas autre chose qu'une prise de conscience plus réfléchie et plus lucide des problèmes que nous posent la connaissance et l'action humaines. IV. L'automatisme. En regard de ces faits, on peut placer tous ceux auxquels fait allusion la dernière partie de la citation proposée. Mais il y a lieu de faire ici une distinction. A. — II y a des actes automatiques tels que ceux dont nous parlions au début du § II et où l'impulsion vitale suffit : ce sont les instincts et les réflexes. Dans ce cas, la conscience n'a pas encore surgi. B. — Plus instructif est le cas de l'habitude : il s'agit alors d'un automatisme secondaire, acquis. La conscience, qui a, le plus souvent, été nécessaire pour son acquisition, n'apparaît plus, parce qu'elle est devenue inutile. Mais que les conditions habituelles soient soudain changées, qu'une désadaptation se produise, alors la conscience surgit à nouveau. Conclusion. On voit donc que, dans tous les cas d'automatisme, « la représentation est, comme le dit BERGSON, bouchée par l'action. La preuve en est que, si l'accomplissement de l'acte est arrêté ou entravé par un obstacle, la conscience peut surgir ». Elle est donc tout autre chose qu'un miroir, comme l'avait supposé l'empirisme, ou qu'un spectateur immobile. Elle est le concomitant et le guide de l'action. C'est peut-être parce que l'instinct ne lui suffisait pas que l'homme est devenu un être pensant. »

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