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Agir spontanément, est-ce agir librement ? (ou la spontanéité est-elle une marque de liberté ?)

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« Introduction Est-ce un sot? Est-ce le plus libre des hommes? La spontanéité totale dont fait preuve le héros de L'Idiot de Dostoïevski trouble tous ceux qu'il côtoie et les fait hésiter entre mépris et vénération. Cette figure littéraire nous invite à nous demander si la spontanéité est ou non une marque de liberté. La compréhension commune du mot « spontanéité » nous incite plutôt à répondre positivement à cette question; mais si l'on se place, comme nous le ferons dans un second temps, du point de vue de la définition philosophique de la liberté, la simple spontanéité semble devoir être subordonnée à la raison. C'est pourquoi il conviendra enfin de revenir sur la notion de « marque » pour mieux éclairer le rapport de la spontanéité à la liberté, en replaçant ces notions dans le cadre de la temporalité existentielle. I. La spontanéité est une marque de liberté. Être spontané, c'est donner « libre cours » à ses sentiments ou à ses pensées; il semble donc qu'on ne puisse trouver un meilleur signe de la liberté. • L'individu spontané est libre à l'égard des convenances sociales Encore faut-il préciser en quoi et de quoi l'individu spontané est libre. Ce qui vient d'abord à l'esprit, c'est une liberté à l'égard des conventions, à l'égard du « qu'en-dira-t-on » : l'individu spontané ne travaille pas la forme de son expression mais livre « tels quels » ses sentiments et ses pensées. • L'individu spontané est généreux. Se rendant transparent aux autres en extériorisant facilement ses états de conscience, l'individu spontané semble également libre par rapport aux calculs mesquins de ceux qui ne raisonnent qu'en termes de stratégie et d'intérêt. Il n'attend pas de recevoir les confidences des autres pour se confier à tous. • Mais on lui reproche également d'être irréfléchi. S'agit-il pourtant vraiment de liberté? L'idée de liberté suppose la capacité de choisir. Or l'individu « spontané » a souvent du mal à prendre le temps de la réflexion; il agit et réagit de façon immédiate, impulsive. « C'est plus fort que moi », dit-il pour s'excuser. C'est exactement ce que dirait un animal s'il pouvait commenter son instinct. Deuxième partie: La liberté rationnelle. Si la spontanéité n'est qu'un trait de caractère. L'homme spontanéité agit instinctivement mais il ne saurait rendre raison de son action. A la différence de l'animal mû par la seule force de son instinct, l'homme est autonome, cad qu'il est libre de donner la loi de son action. La liberté authentique est une liberté réfléchie. Elle consiste non pas à "agir spontanément", mais à agir en connaissance de cause. (cf. la liberté chez Kant ou Spinoza) Cela revient-il à opposer spontanéité et liberté ? Non, mais l'analyse de la liberté invite à donner un sens plus fort à la notion de spontanéité pour en faire non plus une subjectivité immédiate mais la source même de notre créativité, de non inventivité. C'est-à-dire des réponses toujours nouvelles et indécidables face aux problèmes que nous rencontrons. Quelques textes et références à utiliser pour étoffer cette partie: La liberté comme nécessité comprise. Pour Spinoza est libre « la chose qui existe d'après la seule nécessité de sa nature et qui est déterminée par soi seule à agir. » L'être humain est donc celui qui est lui-même, qui a pris possession de soi, cad d'abord celui qui n'est plus aveuglé par la passion qui le livre enchaîné et impuissant à l'objet qu'il croyait posséder. Pour Spinoza, la servitude de l'esprit c'est la privation de connaissance. Plus l'homme connaît, plus il est libre. Seule la connaissance peut tirer les hommes de leurs erreurs et leur enseigner à maîtriser leurs passions, seule elle « est utile à la vie sociale en tant qu'elle enseigne à ne haïr personne » et aussi « en tant qu'elle nous apprend dans quelles conditions les citoyens doivent être gouvernés et dirigés afin de n'être pas esclaves, mais de pouvoir accomplir librement les actions les meilleures ». La philosophie spinoziste est donc un appel à propager la raison et s'oppose ouvertement à la vieille maxime selon laquelle « la superstition est le plus sûr moyen auquel on puisse avoir recours pour gouverner la masse. » Par la connaissance, de passif, l'homme devient actif mais cette plénitude d'être qui lui fait trouver la liberté, le fait aussi accéder à la réalité de la substance unique puisque « rien n'arrive sinon par la force de la cause qui créé toutes choses, cad Dieu qui par son concours prolonge à chaque instant l'existence de toutes choses » et que donc « puisque rien n'arrive que par la seule puissance divine, il est facile de voir que tout ce qui arrive par la force du décret de Dieu et de sa volonté ». Chez Spinoza, le moi se trouve donc dissous dans la substance unique (Dieu) et la personnalité libre n'éclôt à la liberté que pour perdre aussitôt dans la nécessité de Dieu. »

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