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analyse linéaire pour un oui ou ou pour un non

Publié le 15/01/2026

Extrait du document

« Lecture linéaire n° 1 : Pour un oui ou pour un non, Nathalie Sarraute H.1 : Qu’est-ce qui est plus fort ? Pourquoi ne veux-tu pas le dire ? Il y a donc eu quelque chose… H.2 : Non… vraiment rien… Rien qu’on puisse dire… H.1 : Essaye quand même… 5 H.2 : Oh non… je ne veux pas… H.1 : Pourquoi ? Dis-moi pourquoi ? H.2 : Non, ne me force pas… H.1 : C’est donc si terrible ? H.2 : Non, pas terrible… ce n’est pas ça… 10 H.1 : Mais qu’est-ce que c’est, alors ? H.2 : C’est… c’est plutôt que ce n’est rien… ce qui s’appelle rien… ce qu’on appelle ainsi… en parler seulement, évoquer ça… ça peut vous entraîner… de quoi on aurait l’air ? Personne, du reste… personne ne l’ose… on n’en entend jamais parler… H.1 : Eh bien, je te demande au nom de tout ce que tu prétends que j’ai été pour toi… 15 au nom de ta mère… de nos parents… je t’adjure solennellement, tu ne peux plus reculer… Qu’est-ce qu’il y a eu ? Dis-le… tu me dois ça… H.2, piteusement : Je te dis : ce n’est rien qu’on puisse dire… rien dont il soit permis de parler… H.1 : Allons, vas-y… 20 H.2 : Eh bien, c’est juste des mots… H.1 : Des mots ? Entre nous ? Ne me dis pas qu’on a eu des mots… ce n’est pas possible… et je m’en serais souvenu… H.2 : Non, pas des mots comme ça… d’autres mots… pas ceux dont on dit qu’on les a « eus »… Des mots qu’on n’a pas « eus » justement… On ne sait pas comment ils 25 vous viennent… H.1 : Lesquels ? Quels mots ? Tu me fais languir… tu me taquines… H.2 : Mais non, je ne te taquine pas… Mais si je te les dis… H.1 : Alors ? Qu’est-ce qui se passera ? Tu me dis que ce n’est rien… H.2 : Mais justement, ce n’est rien… Et c’est à cause de ce rien… 30 H.1 : Ah on y arrive.

C’est à cause de ce rien que tu t’es éloigné ? Que tu as voulu rompre avec moi ? H.2, soupire : Oui… c’est à cause de ça… Tu ne comprendras jamais… Personne, du reste, ne pourra comprendre… H.1 : Essaye toujours… Je ne suis pas si obtus… 35 H.2 : Oh si… pour ça, tu l’es.

Vous l’êtes tous, du reste. H.1 : Alors, chiche… on verra… H.2 : Eh bien… tu m’as dit il y a quelque temps… tu m’as dit… quand je me suis vanté de je ne sais plus quoi… de je ne sais plus quel succès… oui… dérisoire… quand je t’en ai parlé… tu m’as dit : « C’est bien… ça… » 40 H.1 : Répète-le, je t’en prie… j’ai dû mal entendre. H.2, prenant courage : Tu m’as dit : « C’est bien… ça… » Juste avec ce suspens… cet accent… H.1 : Ce n’est pas vrai.

Ça ne peut pas être ça… ce n’est pas possible… H.2 : Tu vois, je te l’avais bien dit… à quoi bon ?… 45 H.1 : Non mais vraiment, ce n’est pas une plaisanterie ? Tu parles sérieusement ? H.2 : Oui.

Très.

Très sérieusement. H.1 : Écoute, dis-moi si je rêve… si je me trompe… Tu m’aurais fait part d’une réussite… quelle réussite d’ailleurs… H.2 : Oh peu importe… une réussite quelconque… 50 H.1 : Et alors je t’aurais dit : « C’est bien, ça ? » H.2, soupire : Pas tout à fait ainsi… il y avait entre « C’est bien » et « ça » un intervalle plus grand : « C’est biiiien… ça… » Un accent mis sur « bien »… un étirement : « biiiien… » et un suspens avant que « ça » arrive… ce n’est pas sans importance. H.1 : Et ça… oui, c’est le cas de le dire… « ça » précédé d’un suspens t’a poussé à 55 rompre… H.2 : Non, je n’ai pas rompu...

enfin pas pour de bon...

juste un peu d’éloignement. Explication de texte Nathalie Sarraute écrit Pour un oui ou pour un non en 1982, alors qu’elle a déjà une carrière de romancière et d’essayiste fournie proche du mouvement littéraire du Nouveau Roman.

Très intéressée par la psychanalyse et attentive souvent aux mouvements souvent invisibles du psychisme, elle utilise le genre théâtral pour explorer les zones inconnues de la conscience et de l’inconscient qu’elle nomme tropismes. Dans cette pièce H.1 vient rendre visite à son ami H.2 dont il sent l’éloignement alors que leur amitié a toujours été idyllique.

Sentant un changement, il entame une discussion destinée à chercher les raisons de ce changement.

S’engage alors un véritable combat verbal où H.1 va essayer par tous les moyens d’obtenir l’aveu tant attendu. L’exposition de la pièce évoque un conflit entre deux amis tout en retardant la révélation de ce qui l’a provoqué.

A force d’insistance, H.1 obtient de H.2 les explications qu’il réclame. Cependant, le motif de l’éloignement parait insignifiant lorsqu’il est révélé.

Nous verrons donc en quoi cette exposition du nœud de l’intrigue est surprenante et annonce la violence de la dispute à venir. Relevés Procédés Premier mouvement : l.

1-13 H.1 pousse H.2 dans ses retranchements Qu’est-ce qui est plus fort ? Phrase interrogative Interprétation H.1 prend la phrase de H.2 (hors extrait) dans son sens littéral. Il y a donc bien « quelque chose » auquel H.1 veut donner un nom, un contenu.

Il montre à H.2 qu’il est déterminé à traquer la raison de la distance. Quelque chose Pronom indéfini affirmatif … répétition des points de suspension Différents sens : H.1 est dans la duplicité, veut obtenir son aveu, H.2 est dans l’hésitation Non… vraiment rien Adverbe + pronom indéfini négatif Renforcement de l’incertitude et le manque de conviction dans la réponse. Rien qu’on puisse dire Négation + verbe au subjonctif Certitude qu’il y a quelque chose que H.2 n’arrive pas à exprimer. Quand même Locution adverbiale Comme un psychanalyste, H.1 tente de faire avouer H.2 de ce « quelque chose » qui a provoqué la distance entre eux. H1 est dans une démarche d’investigation, il se positionne en tant que psychanalyste pour que H.2 avoue les raisons de son éloignement. Phrases interrogatives Oh je ne veux pas Interjection pourquoi terrible Adverbe interrogatif, répétition H1 s’acharne sur H.2. Adjectif, répétition H2 coopère lorsque H.1 adoucit sa stratégie en posant une question qui désarme la vigilance de H.2. Pronom démonstratif H.2 maintient le mystère avec Ça Raison dérisoire, futile, H.2 tombe dans le piège (pouvoir a été remplacé par vouloir), rapport de force entre les 2 personnages : un prédateur et sa proie. sa réponse. Alors Adverbe H.1 rebondit sur son affirmation. Rien Pronom indéfini négatif répété, H.2 se lance dans une courte qu’on retrouve de manière tirade.

Il ne s’est rien passé récurrente chez Sarraute. entre les deux amis, sinon « juste des mots », comme évoqué quelques répliques plus bas.

C’est pourtant « à cause de ce rien » que les deux amis vont se fâcher : le paradoxe est posé d’emblée. Ça Pronom démonstratif entretient le mystère : la parole tourne autour d’une vérité qu’il faut continuer à cacher.

Le terme « ça » rappelle le « ça » pulsionnel de Freud comme si H.2.... »

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