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Quelle influence l'imagination exerce-t-elle sur la vie affective ?

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« Quelle influence l'imagination exerce-t-elle sur la vie affective ? L'influence de l'imagination sur la vie affective est un fait d'expérience quotidienne.

On dira d'un mélancolique qu'il se fait des imaginations; d'un sentimental, que c'est un rêveur, et d'un ambitieux, qu'il bâtit des châteaux en Espagne. Nous voudrions envisager séparément chacun des trois grands faits affectifs : le sentiment, forme normale de l'affectivité, son déséquilibre passager : l'émotion; enfin, la passion, régulation déséquilibrante; et montrer dans chaque cas le rôle de l'imagination.

Mais, pour préciser le mode de cette influence, il nous faut préalablement tracer un tableau de l'imagination. L'imagination est constituée à la base par la mémoire des images, images visuelles et auditives généralement.

Mais cet élément n'est pas pure passivité comme la plaque photographique enregistrant les intensités lumineuses : il est intégré à une synthèse dynamique : l&s images sont projetées sur l'écran mobile de l'inconscient et se chargent de motricité : c'est la forme spontanée de l'imagination.

Dans l'espèce humaine, cette imagination animale compose avec des éléments intellectuels et, par le jeu des fonctions dissociatrice et associatrice, devient capable d'inventer des combinaisons autres que celles des perceptions primitives.

Proche de l'intuition esthétique, l'imagination humaine nous apparaît comme un équilibre complexe entre la motricité spontanée des images et l'activité réfléchie de l'esprit. * * * Que l'imagination influe sur le sentiment, c'est ce que nous constatons tous les jours.

C'est souvent par l'image que nous viennent nos impressions les plus bienfaisantes.

Le rêve est notre refuge contre l'impitoyable brutalité de la vie; films et romans reposent et distraient en réveillant la sentimentalité du spectateur; et nous serions tous bien malheureux si nous étions livrés sans recours à la situation présente : à l'homme le plus occupé, la rêverie diffuse vient apporter une détente bienfaisante pour l'esprit et réchauffante pour le coeur.

La revanche du sentiment sur l'objectif se marque par un travail spontané de l'imagination. La rêverie active fournit des formes plus pures du sentiment.

C'est à l'Ermitage, dans cette forêt qu'il peuplait d'êtres selon son coeur, que ROUSSEAU pour la première fois s'est senti vivre.

Il préférait la chimère au réel ! l'image distillait pour lui le contenu affectif des situations passées qu'elle évoquait.

Le plaisir y perdait en vivacité, mais il était plus durable.

Aussi ROUSSEAU cultivait-il la rêverie de façon presque méthodique (3e lettre à MALESHERBES).

Elle lui deviendra bientôt conaturelle et, sur la fin de sa vie, il s'avouera « capable de se nourrir d'agréables chimères au milieu des objets les plus déplaisants ».

(Rêveries, 5e Promenade : le Lac de Bienne).

La même puissance d'affabulation sentimentale conduira le jeune CHATEAUBRIAND à se forger, « de toutes les femmes qu'il avait vues », cette Sylphide, avec qui il goûtera « toutes les jouissances de l'âme ». Remarquons-le cependant, c'est d'abord le sentiment esthétique qu'engendre cette forme d'imagination créatrice; les sentiments proprement dits ne se développent qu'à partir de la jouissance artistique, de la « catharsis ».

En outre, l'image nous apparaît déjà chargée de sentiment : c'est une rencontre féminine qui est à l'origine de la fée de François-René et c'est « selon son coeur » que Jean-Jacques forge ses personnages.

L'image engendre .

donc le sentiment non par sa fonction représentative, mais par sa valeur esthétique et sa coloration sentimentale.

Elle n'est que le véhicule du sentiment. Mais son originalité, c'est d'en être le véhicule spécifique.

Trop violente, la perception explose en émotion ou s'épanche en passion; plus discret, le phantasme traîne de la perception, prolonge le choc affectif en franges sentimentales.

L'idée, élaborée à partir des images, décante l'universel et abandonne le singulier.

Mais sa résonance affective s'appauvrit.

On en peut conclure que le mystérieux pouvoir de l'image vient de ce qu'elle respecte le côté vivant des choses, celui qui donne prise à notre affection. ***. »

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