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Ne respectons-nous autrui qu'afin qu'il nous respecte ?

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« Le terme respect est connaît un succès croissant dans le langage français, ses significations et son emploi sont en extension à tel point que l'on peut se demander quel était le sens originaire de ce substantif.

« Respect » est un dérivé du latin respicere qui signifie originellement : considérations, égards.

Aujourd'hui, en général, le terme respect est employé pour qualifier une manière de se comporter avec des personnes, qu'il s'agisse de soimême, d'un autre ou d'un groupe d'individus.

Ainsi, Joseph Proudhon, fondateur de l'anarchisme, disait que « la justice [...], c'est le respect, spontanément éprouvé et réciproquement garanti, de la dignité humaine, en quelque personne et dans quelque circonstance qu'elle se trouve compromise, et à quelque risque que nous expose sa défense.

»[1] Pour Kant[2], le respect de la loi est le fondement de l' autonomie morale de l'individu : "Les êtres raisonnables sont appelés des personnes, parce que leur nature les désigne déjà comme des fins en soi, c'est à dire comme quelque chose qui ne peut pas être employé simplement comme moyen, quelque chose qui, par suite, limite d'autant toute faculté d'agir comme bon nous semble (Et qui est un objet de respect.

)" [3].

L'idée de respect est donc fortement valorisée dans la pensée moderne et contemporaine, elle semble être un idéal de relations intersubjectives, comme cela est perceptible dans cette affirmation de Kant : « L'amitié (considérée dans sa perfection) est l'union de deux personnes liées par un amour et un respect égaux et réciproques.

»[4] Or, et paradoxalement, la célèbre formule de Hobbes[5] : « l'homme est un loup pour l'homme » correspond à l'idée la plus répandue, il est devenu commun d'envisager les relations humaines comme concurrentielles et conflictuelles avant même de songer à la collaboration et à l'association et au respect.

En revanche, l'injonction biblique Tu aimeras ton prochain comme toi-même est le fruit d'une tradition forte de reconnaissance de soi en autrui impliquant la nécessité d'obéir à une injonction éthique, celle d'aider l'autre comme s'il s'agissait de soi-même.

Mais la relation de l'individu à autrui pose problème dès qu'il est question d'intérêts individuels.

(autrui vient du latin alter huic : cet autre ici présent.) Sigmund Freud écrit qu' « Autrui joue toujours dans la vie de l'individu le rôle d'un modèle, d'un objet, d'un associé ou d'un adversaire », sous-entendu, selon l'intérêt qu'autrui y trouve.

Alors, n e respectons-nous autrui qu'afin qu'il nous respecte ? Quelle place le respect a-t-il dans la nature de la relation entre un sujet et un autre sujet ? I. Le respect n'est pas un sentiment éprouvé spontanément, comme l'écrit d'ailleurs Alain : « La pensée ne respecte rien d'elle-même.

» Il naît souvent de la peur, celui qui est dominé ayant intérêt à se comporter de manière respectueuse , c'est ce que suggère Jean-Paul Sartre lorsqu'il écrit : « Je déteste les victimes quand elles respectent leurs bourreaux.

» [6] Nous ne respectons pas autrui que pour qu'il nous respecte, nous le respectons aussi par crainte. II. Le respect d'aurui, en tant qu'il est un être de raison, est un idéal, dans la mesure où sa nature raisonnable fait d'autrui une fin en soi.

C'est ce que suggère Emmanuel Kant lorsqu'il écrit que "les êtres raisonnables sont appelés des personnes, parce que leur nature les désigne déjà comme des fins en soi, c'est à dire comme quelque chose qui ne peut pas être employé simplement comme moyen, quelque chose qui, par suite, limite d'autant toute faculté d'agir comme bon nous semble (et qui est un objet de respect)."[7] III. Le respect est un idéal de la raison partagé par tous ceux qui veulent la solidarité humaine et trouvent un avantage personnel dans cette solidarité.

C'est en ce sens que Pierre Lecomte de Noüy écrit : « Il n'existe pas d'autre voie vers la solidarité humaine que la recherche et le respect de la dignité individuelle.

»[8] De même il est possible d'étendre cet idéal à toutes les formes de vie, c'est ce que fait Sigmund Freud lorsqu'il écrit : « Le respect que nous souhaitons obtenir de l'homme envers ses pareils n'est qu'un cas particulier du respect qu'il devrait ressentir pour toutes les formes de la vie.

» [1] De la Justice [2] Fondements de la métaphysique des moeurs. »

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