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L'expérience morale ?

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« Introduction.

— Les savants et les philosophes ont élaboré au cours du XIX° siècle la théorie de l'expérience en usage dans les sciences de la nature et on n'a pas de difficulté à comprendre ce qu'on entend par « expérience physique ».

Mais on parle aussi d' « expérience morale ».

Que veut-on dire par là ? I.

Comme l'expérience physique et comme l'expérience en général, l'expérience morale consiste à éprouver la réalité d'un fait.

Elle s'oppose à la spéculation théorique ou au raisonnement. La spéculation et le raisonnement sont des opérations proprement intellectuelles effectuées à l'aide de concepts. L'expérience, au contraire, met en jeu des fonctions sensorielles ou même affectives : expérimenter, c'est éprouver, état qui comporte une sensation ou un sentiment. Les opérations intellectuelles sont impersonnelles en ce sens qu'elles se présentent comme valables pour tous.

Il en est autrement de l'expérience, qui est essentiellement personnelle : chacun éprouve à sa manière le chaud et le froid, etc.

Sans doute, l'expérience scientifique est universellement valable ; mais elle ne se réduit pas à éprouver et comporte des méthodes critiques destinées à éliminer le facteur personnel, ainsi qu'une armature rationnelle, le raisonnement expérimental. Les opérations intellectuelles portent sur des notions abstraites.

Au contraire, on n'expérimente que le concret. II.

A la différence de l'expérience physique et comme l'expérience psychologique, l'expérience morale fait connaître des réalités internes ou immatérielles et non des réalités externes ou matérielles ; elle consiste en des sentiments et non en des sensations.

(Exemples.) III.

Mais, à la différence de l'expérience psychologique, qui nous fait connaître des faits psychiques, l'expérience morale a pour objet des faits moraux, qui sont bien sans doute de nature psychique, mais qui se réfèrent à des valeurs.

Cette expérience des faits moraux peut être comprise de deux manières : — ou bien on en fait un cas particulier de l'expérience psychologique, l'expérience de faits psychiques d'ordre moral, comme le sentiment de l'obligation, la joie d'avoir bien fait ou le remords ; cette sorte d'expérience morale pourrait être qualifiée d'empirique ; — ou bien on la distingue de l'expérience psychologique proprement dite, qui consiste à éprouver certains états subjectifs, et on en fait une expérience des valeurs elles-mêmes, c'est-à-dire d'un idéal ou d'une normale, non pas sans doute en soi, mais dans l'activité morale concrète ; cette sorte d'expérience morale, qui est celle dont parle Rauch, pourrait être qualifiée de rationnelle, car elle implique l'entrée en jeu de la raison, seule capable de porter des jugements de valeur. C'est dans cette dernière acception qu'il convient, en philosophie, de prendre le terme d' « expérience morale ». Conclusion.

— L'expérience morale ainsi comprise est un fait indiscutable.

Mais il ne s'ensuit pas que ce soit par elle que nous parvenons à la connaissance des valeurs.

Celles-ci peuvent nous être connues par ailleurs par des procédés plus purement rationnels, et il semble bien que l'expérience au cours de laquelle elles interviennent leur ajoute seulement une vivacité donnant l'impression d'une découverte.

Il n'en reste pas moins que la réflexion morale est fortement stimulée par cette expérience, sans laquelle il n'y aurait sans doute pas de morale.. »

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