Aide en Philo

corpus déshumanisation hlp terminale - Tale HLP Corpus n°2 : L’expérience de la déshumanisation

Extrait du document

« Tale HLP Mme TAVERDET Corpus n°2 : L’expérience de la déshumanisation Les formes de la violence sont multiples : elle peut être physique bien sûr, mais également psychologique, sociale. Elle peut s’accompagner d’un phénomène de déshumanisation, lorsqu’elle s’abat sur un homme à tel point qu’elle nie jusqu’à l’humanité de ce dernier. 1) Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit (1932) Ce roman suit les aventures du anti-héros Ferdinand Bardamu. Après avoir été blessé lors de la 1 ère GM qu’il juge absurde, puis après avoir découvert l’enfer mesquin de l’Afrique coloniale, le jeune homme embarque pour New York et finit par arriver à Détroit, où les usines Ford embauchent. Le narrateur raconte son expérience du travail à la chaîne. 5 10 15 20 25 30 35 40 A poil qu’on nous a mis pour commencer, bien entendu. La visite ça se passait dans une sorte de laboratoire. Nous défilions lentement. « Vous êtes mal foutu, qu’a constaté l’infirmière en me regardant d’abord, mais ça fait rien. » Et moi qui avais eu peur qu’ils me refusent au boulot à cause des fièvres d’Afrique, rien qu’en s’en apercevant si par hasard ils me tâtaient les foies ! Mais au contraire, ils semblaient l’air bien content de trouver des moches et des infirmes dans notre arrivage. « Pour ce que vous ferez ici, ça n’a pas d’importance comment que vous êtes foutu ! m’a rassuré le médecin examinateur, tout de suite. -Tant mieux que j’ai répondu moi, mais vous savez, monsieur, j’ai de l’instruction et même j’ai entrepris autrefois des études médicales… » Du coup, il m’a regardé avec un sale œil. J’ai senti que je venais de gaffer une fois de plus, et à mon détriment. « Ça ne vous servira à rien ici vos études, mon garçon ! Vous n’êtes pas venu ici pour penser, mais pour faire les gestes qu’on vous commandera d’exécuter…nous n’avons pas besoin d’imaginatifs dans notre usine. C’est de chimpanzés dont nous avons besoin…Un conseil encore. Ne nous parlez plus jamais de votre intelligence ! On pensera pour vous mon ami ! Tenez-vous le pour dit. » Il avait raison de me prévenir. Valait mieux que je sache à quoi m’en tenir sur les habitudes de la maison. Des bêtises, j’en avais assez à mon actif tel quel pour dix ans au moins. Je tenais à passer désormais pour un petit peinard. Une fois rhabillés, nous fûmes répartis en files traînardes, par groupes hésitants en renfort vers ces endroits d’où nous arrivaient les fracas énormes de la mécanique. Tout tremblait dans l’immense édifice et soi-même des pieds aux oreilles possédés par le tremblement, il en venait des vitres et du plancher et de ferraille, des secousses, vibré de haut en bas. On en devenait machine aussi soi-même à force et de toute sa viande encore tremblotante dans ce bruit de rage énorme qui vous prenait le dedans et le tour de la tête et plus bas vous agitant les tripes et remontait aux yeux par petits coups précipités, infinis, inlassables. A mesure qu’on avançait on les perdait les compagnons. On leur faisait un petit sourire à ceux-là en les quittant comme si tout ce qui se passait était bien gentil. On ne pouvait plus ni se parler ni s’entendre. Il en restait à chaque fois trois ou quatre autour d’une machine. On résiste tout de même, on a du mal à se dégoûter de sa substance, on voudrait bien arrêter tout ça pour qu’on y réfléchisse, et entendre en soi son cœur battre facilement, mais ça ne se peut plus. Ça ne peut plus finir. Elle est en catastrophe cette infinie boîte aux aciers et nous on tourne dedans et avec les machines et avec la terre. Tous ensemble ! Et les milles roulettes et les pilons qui ne tombent jamais en même temps avec des bruits qui s’écrasent les uns contre les autres et certains si violents qu’ils déclenchent autour d’eux comme des espèces de silences qui vous font un peu de bien. [...] J’essayai de lui parler au contremaître à l’oreille, il a grogné comme un cochon en réponse et par les gestes seulement il m’a montré, bien patient, la très simple manœuvre que je devais accomplir désormais pour toujours. Mes minutes, mes heures, mon reste de temps comme ceux d’ici s’en iraient à passer des petites chevilles à l’aveugle d’à côté qui les calibrait, lui, depuis des années les chevilles, les mêmes. Moi j’ai fait ça tout de suite très mal. On ne me blâma point, seulement après trois jours de ce labeur initial, je fus transféré, raté déjà, au trimbalage du petit chariot rempli de rondelles, celui qui cabotait d’une machine à l’autre. Là, j’en laissais trois, ici douze, làbas cinq seulement. Personne ne me parlait. On existait plus que par une sorte d’hésitation entre l’hébétude 1 et le délire. Rien n‘importait que la continuité fracassante des milles et milles instruments qui commandaient les hommes. Quand à six heures tout s’arrête on emporte le bruit dans sa tête, j’en avais encore moi pour la nuit entière de bruit et d‘odeur à l’huile aussi comme si on m’avait mis un nez nouveau, un cerveau nouveau pour toujours. Alors à force de renoncer, peu à peu, je suis devenu comme un autre…un nouveau Ferdinand. Après quelques semaines. 1 Etat d’abrutissement intellectuel »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles