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L'Elan vital chez Bergson

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L'Elan vital chez Bergson

« L'ÉVOLUTION BERGSONIENNE.

L'ELAN VITAL Avant d'exposer l'Évolution universelle, telle qu'il la conçoit, M.

Bergson relève habilement les inconséquences grossières de la méthode de Spencer et des autres tenants de l'évolution.

C'est ce qu'il est juste de reconnaître.

La critique fine et acérée a pénétré au coeur même du mécanisme et l'a définitivement usé. I.

Critique de l'évolution spencérienne. L'essence de l'évolution, dit M.

Bergson, est de dérouler les réalités dans un ordre de succession, qui ne leur permet d'exister que les unes après les autres, et où le temps entre, par suite, comme facteur de capitale importance.

Or, l'évolué, le tout fait présente justement des caractères opposés.

Ici, le réel ne se déroule plus, comme dans la succession, il s'enroule, pour ainsi dire z lui-même, et ses parties, au lieu de se développer progressivement dans la durée, sont données toutes à la fois, dans un ordre très différent de la succession, qui est celui de la coexistence dans l'espace. Confondre ces deux ordres : la succession et la coexistence, dont l'un est la négation de l'autre, telle fut, selon Bergson, l'erreur capitale de Spencer et des évolutionnistes en général.

Spencer se proposait de retracer l'histoire de l'Univers à travers le temps.

Mais il se borna, pour ce dessein, à le prendre dans ses formes actuelles, le brisa en morceaux et, avec la naïveté d'un enfant, prétendit reconstituer, au moyen de ces fragments évolués, Oies diverses étapes parcourues et l'élan intérieur même qui les parcourait.

Autant eût valu, dit M.

Bergson, disséquer les membres morts d'un animal, pour reproduire ensuite, avec ces débris, la genèse, les divers moments et le rythme même de la vie. II.

L'évolution bergsonienne.

L'Élan vital. Telle n'est pas la conception bergsonienne de l'Évolution.

Si l'on, veut, dit M.

Bergson, rendre vraiment raison du progrès de l'Univers et restituer à l'Évolution le rôle qui lui revient dans son développement, il faut cesser de regarder le TOUT FAIT, pour n'envisager que le se FAISANT : négliger les formes évoluées et ne prêter attention qu'au mouvement évolutif, dans l'ordre de la succession.

Là on a « du nouveau » a tous coups : c'est un perpétuel changement de qualité, une création incessante, ce que veut précisément indiquer le titre du livre de Bergson : L'EVOLUTlON CRÉATRICE. L'ÉLAN VITAL.

- Ce mouvement évolutif consiste donc dans un, déroulement de qualité, dans une durée réelle, qui est esprit, car l'esprit seul est mémoire, dit M.

Bergson, et c'est la mémoire seule qui, emmagasinant le passé dans le présent, explique la durée el rend la réalité capable de progresser véritablement, c'est-à-dire de se dépasser ellemême.

Partons donc, poursuit-il, d'une réalité psychique initiale, que nous appellerons Élan vital, Superconscience et Intuition.

Pensons à une durée semblable à celle de notre conscience, mais bien autrement profonde, tendue et intensifiée.

« Puissance cosmique finie, lancée une fois pour toutes », elle, part, dit M.

Bergson, avec un entrain superbe.

Telle une fusée gigantesque qui déploie, d'une vitesse croissante, la gerbe d'or nuancée en laquelle elle se développe et s'épanouit.

Nous avons dit comment l'arrêt momentané de ce mouvement et son inversion ont engendré l'espace et la matière.

Mais l'élan vital, converti en matière, continue de même assez longtemps à exploser. Un filet fuse encore, et un mouvement de montée se dessine au sein du mouvement général de descente qui accuse la marche inverse de la matérialité.

C'est, dit M.

Bergson, l'élan de vie qui la traverse et s'efforce de' la relever sans réussir d'ailleurs qu'à en retarder la chute.

Un compromis finit par s'établir entre ces deux courants de sens contraire et constitue ce que nous appelons l'organisation de la vie. « Tout se passe, dit M.

Bergson, comme si un large courant de conscience avait pénétré dans la matière, chargé, comme toute conscience, d'une multiplicité de virtualités qui s'entrepénétraient.

Il a entraîné la matière à l'organisation, mais son mouvement a été à la fois infiniment ralenti et infiniment divisé.

D'une part, en effet, la conscience a dû s'assoupir comme la chrysalide dans l'enveloppe où elle se prépare des ailes, et, d'autre part, les tendances multiples qu'elle renfermait se sont réparties en des séries divergentes d'organismes, qui d'ailleurs extériorisaient ces tendances en mouvements plutôt qu'ils ne les intériorisaient en représentations.

Au cours de cette évolution, tandis que les uns s'endormaient de plus en plus profondément, les autres se réveillaient de plus en plus complètement, et la torpeur des uns servait l'activité des autres.

Mais le réveil pouvait se faire de deux manières différentes.

La vie, c'est-à-dire la conscience lancée à travers la matière, fixait son attention Fur son propre mouvement ou sur la matière qu'elle traversait.

Elle s'orientait ainsi soit dans le sens de l'intuition, soit dans celui de l'intelligence ».

(Évolution créatrice, 198). La conscience apparaît donc comme « le principe moteur de l'évolution », et remarquons bien que celle-ci n'est pas un enchaînement mécanique de types déjà préformés dans leurs germes; mécanisme et finalité sont, pour M.

Bergson, des points de vue pour l'action : pour agir, il faut un but, il faut des moyens donc un plan prémédité.

Mais l'élan vital est liberté et ne crée pas d'après un plan qui lui serait imposé : il est jaillissement, invention incessante de formes nouvelles et imprévisibles.

En un mot, l'évolution est créatrice. — Telle est, d'après Bergson, la genèse et la loi de notre Inonde.

Il en existe d'autres, en nombre indéfini : chaque jour de nouveaux arrivent à l'existence.

« Ces mondes jaillissent d'un Centre, comme autant de fusées d'un immense bouquet.

» Quel est ce bouquet, et ce Centre ? Dieu, finit par répondre Bergson, Dieu qu'il faut se représenter non comme une chose toute faite qui créerait des choses toutes faites aussi, mais comme une continuité de jaillissement, comme une action qui se fait et qui « grossit au fur et à mesure de son progrès ». Il suffit d'exposer un tel système pour en voir le caractère éminemment fantaisiste, « Construction d'ailleurs élégante, ingénieuse et séduisante.

Une chose lui manque : la solidité.

Tout y est, pour ainsi dire, jeté en l'air, sans appui...

Le bergsonisme ressemble à ces châteaux de fées qu'on voit, à l'aide de lanternes magiques, se profiler et se balancer dans le ciel bleu.

Il en a la consistance et la réalité.

». »

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