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Le naturel et le culturel

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« Les inventeurs du régime républicain, les Grecs, eurent à défendre leurs cités contre l'invasion de l'Empire perse.

De cette guerre, la bataille des Thermopyles est demeurée célèbre : trois cents Spartiates, pour n'avoir pas fui, périrent en tentant de stopper pendant deux jours l'avancée de dizaines de milliers de soldats ennemis.

Sur le lieu même de leur mort, leur épitaphe était : « P assant, va dire à Sparte que nous sommes morts d'obéir à ses lois.

» Ils ont montré ainsi que le sens du devoir peut être plus fort que la volonté de vivre ; on peut célébrer leur gloire et leur amour de la liberté, mais on peut déplorer qu'un prétendu devoir les ait envoyés à une mort certaine.

S'ils avaient eu le choix, peut-on penser, ils auraient probablement préféré vivre ; le devoir a eu raison de leur bon sens, et de leur libre choix.

La contrainte du devoir s'oppose-t-elle ainsi toujours à la liberté ? 1) Le penchant. A - Le devoir et le penchant. • Parmi les actions que nous pouvons accomplir, certaines nous sont prescrites par le devoir, d'autres nous sont interdites par celui-ci, d'autres enfin sont indifférentes au devoir.

Les premières sont morales, les secondes immorales, les troisièmes amorales.

Une action amorale ne s'oppose pas au devoir ; s'il y a conflit, c'est entre une action morale et une action immorale.

L'action morale est motivée par le devoir ; par quoi l'action immorale est-elle motivée ? • Si rien ne nous poussait à l'action immorale, nous ferions toujours notre devoir ; nous ne sommes pas immoraux gratuitement.

Le seul principe qui puisse nous pousser à des actions contraires au devoir, c'est la recherche du bonheur personnel, qu'on doit supposer en tout être humain comme la loi la plus fondamentale qui dirige sa vie.

Le plus souvent amoral, le bonheur s'oppose parfois au devoir ; à l'inverse, sitôt que quelque chose s'oppose à un devoir, le penchant en est l'origine. • Le penchant est ce type de désir particulier qui prend sa source dans la recherche du plaisir, et du bien-être en général.

Il peut s'emparer de la volonté comme le devoir.

Le libre arbitre humain consiste ainsi en cette possibilité de choix entre deux contraires : le devoir et le bonheur, qui dans certaines situations tendent à motiver la volonté en sens inverse, impliquent ainsi un conflit.

Quel parti choisir pour être le plus libre ? B - La liberté illimitée et la contrainte du devoir. • Nous nous identifions toujours plus volontiers à la recherche du bonheur qu'à l'impératif du devoir.

A lors que le penchant nous semble toujours être l'expression la plus exacte de nous-mêmes, le devoir nous apparaît comme une contrainte imposée de l'extérieur, que nous avons cependant intériorisée. Suivre ses penchants c'est suivre sa propre nature, c'est très exactement faire ce que l'on veut, puisque nous sommes la source de nos penchants. • À l'épanouissement des penchants s'oppose la contrainte des lois morales.

Dans ces situations où devoir et bonheur s'opposent, la loi morale est limitative de la liberté, puisqu'elle tend à nous empêcher de faire ce que nous voulons.

S'affranchir de la pression de toute loi pour ne suivre que l'anarchie des penchants et des désirs, c'est le vrai bonheur, qui coïncide avec la vraie liberté. • L'homme libre se veut amoral : refusant de se soumettre à la contrainte du devoir, mais aussi refusant de voir en lui-même l'origine de la loi morale, il ne reconnaît comme s'appliquant à lui que la loi du bonheur maximum.

La plus grande liberté, semble-t-il, est finalement la licence du tyran qui assouvit toutes ses passions contre tous les autres, s'assurant l'impunité totale que lui offre aux yeux de la justice et de la morale, selon Platon, l'anneau de Gygès qui rendait invisible. 2) Le libre arbitre. A - La mécanique du penchant. • L'anarchie du penchant régnant sur la volonté, l'homme n'a de liberté qu'apparente.

Le penchant, devenu passion exclusive, accapare toute l'action humaine, aux dépens de tout autre penchant ; sa logique est celle du toujours plus, et l'homme est finalement esclave de son désir unique, comme le meurtrier, obsédé par l'idée fixe du meurtre, vit un véritable enfer tant qu'il n'y a pas cédé, et vit le même enfer après y avoir cédé. • La loi des penchants est en somme une lutte permanente entre des penchants, qui n'a rien du choix d'un sultan entre deux plaisirs ; on ne peut à la fois se livrer totalement à sa gourmandise et s'y livrer tout au long d'une longue vie, l'un empêche l'autre, obligeant à un certain calcul des plaisirs, qui consiste ni plus ni moins en une limitation de la liberté du penchant.

Le conflit des penchants est une suite nécessaire d'une telle liberté, et l'illimitation doit se limiter elle-même. • Le penchant, loin d'être issu du plus profond de nous-mêmes, est plutôt l'expression de l'emprise de la nature sur nous.

Tous mes désirs sont des lois de la nature ; ils s'imposent à moi plutôt qu'ils ne viennent de moi.

Loin d'être l'expression de mon libre choix, l'accomplissement immédiat de mes désirs est l'abdication de la possibilité de tout choix : c'est l'abandon de cette liberté qui nous élève au-dessus de la bête, pour descendre plus bas que la bête. B - Détermination et indétermination de la volonté. • C ertes, le devoir et le penchant s'opposent l'un à l'autre, mais il faut les renvoyer tous deux dos à dos, en ce qu'ils cherchent à s'emparer de ma volonté. La détermination de la volonté, entre devoir et penchant, se fait toujours par l'extérieur, et non par moi-même.

La véritable liberté s'oppose au devoir comme au penchant, en ce qu'elle doit se tenir en-deçà de toute détermination. • Si je cède au désir, je suis prisonnier du désir ; si je me plie au devoir, je suis esclave du devoir.

Etre libre, c'est donc se tenir en retrait de l'un comme de l'autre, c'est demeurer dans l'absolue indétermination.

La liberté de la belle âme, selon l'expression de Hegel, liberté du romantique, consiste en cet exercice d'un pouvoir absolu de négation, refus d'être déterminé par autre chose que par soi-même, donc d'être déterminé, et finalement retrait en soi et mépris du monde extérieur. • Un tel retrait en soi-même, s'il semble permettre la moralité en ce qu'il nous retient de toute action, donc de toute action mauvaise, nous fait néanmoins demeurer dans une insatisfaction radicale de tout désir.

M ais s'abstenir de toute action, c'est aussi s'abstenir de toute action bonne, et en cela, c'est pouvoir devenir immoral.

Loin d'être une liberté absolue, demeurer dans une telle impuissance est la servitude absolue.

Demeurer dans le pur pouvoir de choix, c'est se condamner à ne jamais pouvoir choisir. Nature Culture ce qui est inné ce qui est acquis le corps l'esprit pouvoirs du corps tels le langage, la politesse, que ceux que permettent les moeurs, les les mains humaines traditions, les coutumes, les règles sociales etc. besoins fondamentaux : désirs à caractère sociaux : faim, soif, sommeil, sexualité ambition, reconnaissance, pouvoir etc. ce qui est lié à l'évolution biologique ce qui est lié à un héritage culturel. »

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