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l'art s'affirme-t-il contre le gout de la multitude

Extrait du document

« INTRODUCTION.

— S'il est dans la nature de l'art de nous inviter à contempler une valeur transcendante, il va de soi qu'il ne saurait souffrir de compromission.

Ainsi que le dit LA BRUYÈRE, au chapitre premier des Caractères, « il y a de certaines choses dont la médiocrité est insupportable : la poésie, la musique, la peinture, le discours public ».

De cette dignité de l'art faut-il inférer qu'il est étranger aux foules, qu'un « art s'affirme contre les goûts des multitudes et non dans une infinie complaisance aux désirs de ces multitudes ? » I.

— EXPLICATION : « L'ART S'AFFIRME CONTRE LES MULTITUDES.

» 1.

Les faits.

— Quand on examine le caractère des véritables artistes, on est frappé d'emblée par leur originalité. Disciples fidèles pour commencer, ils conquièrent peu à peu leur liberté, et cette conquête culmine dans la création la plus personnelle.

A ce stade, ils ne sauraient faire aucune concession au goût de l'époque, au goût de la multitude qui suit ses idoles.

C'est ainsi que REMBRANDT refuse de retoucher la Conjuration de Julius Civilis que lui retourne le conseil municipal d'Amsterdam.

C'est ainsi que ROUAULT, élève préféré de Gustave MOREAU, passe bientôt de la peinture des séraphins à celle des clowns et des prostituées, parce que, obéissant à une exigence intérieure, il se trouve en conformité avec son génie.

Inversement, un auteur est suspect dès qu'il se réclame trop d'un maître.

HEREDIA se trompe, à moins qu'il n'utilise une formule de politesse, lorsque, s'adressant à LECONTE DE LISLE, il écrit au seuil des Trophées : « Mon titre le plus sûr à quelque gloire sera d'avoir été votre élève bien-aimé. » 2.

L'interprétation.

— L'indépendance des artistes à l'égard de la multitude n'est pas due à quelque travers de caractère.

Elle s'explique pleinement par la psychologie de la création artistique.

« L'oeuvre esthétique est création d'une différence.

» (WEBER, Psychologie de l'Art, P.U.F., p.

48.) Si les écoles en vogue sont le plus souvent irremplaçables, on ne s'affirme vraiment que dans la mesure des libertés qu'on prend à leur égard.

Il faut bien suivre le modèle de calligraphie pour apprendre à écrire, mais si l'on n'abandonne la plume laborieuse du bon écolier, où est le style personnel ? La seule excuse de l'écrivain est d'être original. « Il doit dire des choses non encore dites et les dire en une forme no» encore formulée.

» (R.

DE GOURMONT, Livre des masques, p.

13.) On comprend que cette originalité puisse déconcerter le public moyen.. »

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