la théorie du langage chez SEARLE
Publié le 04/05/2026
Extrait du document
«
Introduction
Le langage humain ne se limite pas à la description du monde.
Il constitue, en luimême, une forme d'action sociale.
Cette intuition fondamentale, explorée par la philosophie
analytique anglophone au milieu du XXe siècle, est au cœur de la théorie des actes de
langage, dont John Rogers Searle est l'un des architectes les plus rigoureux et les plus
influents.
Philosophe américain né le 31 juillet 1932 à Denver, Colorado, Searle a consacré
l'essentiel de ses travaux à la philosophie du langage et à la philosophie de l'esprit.
Élève et
successeur spirituel de John Langshaw Austin à Oxford, il s'est imposé comme le
continuateur et le réformateur de la théorie des actes de langage inaugurée par ce dernier dans
How to Do Things with Words (1962).
Son ouvrage majeur, Speech Acts (1969), constitue le
socle de sa théorie, qu'il approfondira dans Expression and Meaning (1979).
L'acte de langage, selon Searle, est l'unité minimale de la communication linguistique.
Il est fondamentalement social, implique au moins un locuteur et un auditeur, mais il est
également individuel dans sa genèse, car il procède toujours de l'intention d'un seul locuteur.
Cette double dimension, intentionnelle et conventionnelle, est au cœur de l'édifice théorique
searlien.
Le présent exposé se propose d'examiner, de manière approfondie et systématique, les
principaux piliers de la théorie searlienne : le principe d'exprimabilité, la structure de l'acte
illocutionnaire, les conditions de réussite des actes de langage, les critères de classification et
la taxinomie à cinq catégories.
Cette étude permettra de saisir toute la richesse et la portée
d'une théorie qui a profondément renouvelé notre compréhension du langage ordinaire.
1
I.
Les fondements de la théorie searlienne
I.1 Le langage comme comportement régi par des règles
Le point de départ de Searle est l'affirmation suivante : « parler une langue, c'est
adopter une forme de comportement régie par des règles.
»1 Cette formule, apparemment
simple, condense l'essentiel de sa vision.
Le langage n'est pas un code arbitraire dont on
appliquerait mécaniquement les conventions : c'est une pratique sociale intentionnelle,
soumise à des règles que les locuteurs connaissent et appliquent, consciemment ou non.
Searle distingue deux types de règles fondamentaux.
D'une part, les règles normatives,
dont la fonction est de « régir une activité préexistante » : elles s'appliquent à des
comportements qui existent indépendamment d'elles (comme les règles de politesse).
D'autre
part, les règles constitutives, qui « fondent et régissent une activité dont l'existence dépend
justement de ces règles » : sans les règles des échecs, il n'y a pas de jeu d'échecs.
Les actes de
langage relèvent principalement des règles constitutives, dont la forme générale est : « X
compte comme Y dans la situation S ».2
I.2 Le principe d'exprimabilité
Au cœur de la théorie searlienne se trouve le principe d'exprimabilité, que Searle
formule ainsi : « Pour toute signification X, et pour tout locuteur L, chaque fois que L veut
signifier X, alors il est possible qu'il existe une expression E, telle que E soit l'expression
exacte ou la formulation exacte de X.
».
3 Ce principe implique que tout ce que l'on peut
vouloir signifier peut, en principe, être exprimé de façon littérale dans le langage.
Ce principe articule deux dimensions essentielles de toute communication :
l'intentionnalité (le locuteur veut transmettre un contenu précis) et la conventionnalité (il
dispose, pour ce faire, d'un système de signes partagé avec son interlocuteur).
4 Un locuteur
qui dit « Je te promets de t'emmener au cinéma demain » a une double intention : promettre,
et faire reconnaître cette intention par la production d'une phrase dont les règles
conventionnelles permettent l'interprétation correcte.5
II.
Structure de l'acte de langage
II.1 Les quatre types d'actes
Searle considère qu'énoncer une phrase dotée de signification, c'est accomplir
simultanément quatre types d'actes distincts.
•
L'acte d'énonciation : le locuteur émet des sons, des mots, des morphèmes.
C'est la
dimension purement physique et phonologique de la parole.
J.
R.
SEARLE, Les actes de langage, Hermann, 1972, p.
52.
Wikipédia, Les actes du langage chez Searle, 2017, consulté le 12 avril 2026.
3
J.
R.
SEARLE, Les actes de langage, Hermann, 1972, p.
56.
4
Dumitru C.
Lorelaile, Théorie des actes de langage de Searle, Scrib, 15 Janvier 2021, consulté le 13 avril
2026.
5
Wikipédia, Les actes du langage chez Searle, 2017, consulté le 12 avril 2026.
1
2
2
•
•
•
Les actes propositionnels : le locuteur réfère à quelque chose ou à quelqu'un (acte de
référence) et en dit quelque chose (acte de prédication).
Ces deux opérations forment
le contenu propositionnel de l'énoncé.
Les actes illocutionnaires : c'est ce que le locuteur accomplit en disant quelque chose
(promettre, ordonner, questionner, affirmer).
Les actes perlocutionnaires : les effets produits par l'acte illocutionnaire sur l'auditeur
(le convaincre, le faire agir, l'émouvoir, etc.).6
Searle illustre cette analyse avec les quatre phrases suivantes : (1) « Jean fume beaucoup »
(assertion) ; (2) « Jean, fume-t-il beaucoup ? » (question) ; (3) « Fume beaucoup, Jean ! »
(ordre) ; (4) « Plût au ciel que Jean fumât beaucoup ! » (souhait).
Ces quatre phrases
partagent le même acte propositionnel (référer à Jean et prédiquer de lui le fait de fumer),
mais diffèrent par leur acte illocutionnaire.7
II.2 La formule F(p)
L'innovation principale de Searle consiste à distinguer, dans tout énoncé, deux
composantes fondamentales : le marqueur de contenu propositionnel (p) et le marqueur de
force illocutionnaire (F).
« Le marqueur de force illocutionnaire indique la façon dont il faut
considérer la proposition, c’est-à-dire, quelle sera la force illocutionnaire à attribuer à
l’énonciation ; ou encore quel est l’acte illocutionnaire accompli par le locuteur lorsqu’il
énonce la phrase.
»8
Ainsi, l'énoncé « Je vous ordonne de fermer la porte » peut être représenté comme :
ORDRE (vous + fermer la porte).
La force illocutionnaire (ORDRE) s'applique au contenu
propositionnel (vous fermer la porte).
Ce même contenu propositionnel pourrait être associé à
d'autres forces illocutionnaires : DEMANDE (vous + fermer la porte), QUESTION (vous +
fermer la porte?), etc.9
Les marqueurs de force illocutionnaire sont réalisés par diverses ressources
linguistiques : les verbes performatifs explicites (« Je promets...
», « J'ordonne...
»), les
modes et temps verbaux, les modalités d'énonciation (type interrogatif, exclamatif, injonctif),
les facteurs suprasegmentaux (intonation, accent tonique) et certains éléments lexicaux
(interjections, appréciatifs, dépréciatifs).10
II.3 La distinction acte/force/verbe illocutionnaire
Searle insiste sur la nécessité de distinguer rigoureusement trois notions souvent
confondues.
Les actes illocutionnaires désignent les actions que le locuteur accomplit par des
moyens langagiers (donner des ordres, promettre, etc.) ; leur fonctionnement est régi par des
règles relevant de la langue au sens saussurien.
Les forces illocutoires désignent la
composante (explicite ou implicite) qui permet à un énoncé de fonctionner comme un acte
particulier ; elles se distinguent d'abord par leur nature, puis par leur degré d'intensité.
Les
Dumitru C.
Lorelaile, Théorie des actes de langage de Searle, Scrib, 15 Janvier 2021, consulté le 13 avril
2026.
7
Id.
8
J.
R.
SEARLE, Les actes de langage, Hermann, 1972, p.
68.
9
Wikipédia, Les actes du langage chez Searle, 2017, consulté le 12 avril 2026.
6
Dumitru C.
Lorelaile, Théorie des actes de langage de Searle, Scrib, 15 Janvier 2021, consulté le 13 avril
2026.
10
3
verbes illocutoires, enfin, sont des unités lexicales capables de désigner les différents actes
illocutoires.11
II.4 Les conditions de réussite des actes de langage
Après avoir établi la....
»
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