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La métaphysique n'est-elle qu'une question de mots ?

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« Dire d'un désaccord que ce n'est qu'une question de mots, c'est dire que le désaccord n'est pas réel : il ne porte pas sur le fond des choses, mais seulement sur le sens à accorder aux mots. C'est donc dire, de manière péjorative, que le désaccord est vide de contenu. Peut-on dire la même chose de la métaphysique? Les querelles qui règnent en métaphysique et son incapacité à produire le moindre consensus le suggèrent. 1. La métaphysique est la science des objets transcendants. A. La métaphysique ne porte pas sur des objets empiriques : elle n'établit pas à la manière des sciences empiriques les lois de la nature auxquelles se conforment tous les objets. Autrement dit, elle ne porte pas sur les objets qui appartiennent au monde. Elle porte donc sur des objets transcendants, si l'on entend par « transcendant » tout ce qui n'appartient pas au monde et n'obéit donc pas aux lois de la nature. On peut suggérer qu'elle a le monde dans son ensemble, l'âme et Dieu pour objets. B. En conséquence, elle ne saurait être a posteriori : si la métaphysique produit une connaissance, cette connaissance ne dépend pas de la connaissance sensible. C'est dire que la métaphysique doit être a priori. C. Comment une connaissance métaphysique a priori est-elle possible ? Un énoncé est vrai a priori s'il est analytique, c'est-à-dire si sa vérité dépend du sens des termes composant l'énoncé. « L'homme est un être rationnel » est un tel énoncé. Mais un ensemble d'énoncés analytiques n'est pas véritablement une connaissance, puisqu'il n'apprend rien sur les objets. Quand je dis: un triangle est une figure géométrique à 3 angles ou Mon chat est un félin, je ne sais rien de plus sur l'essence du triangle ou sur mon chat. Comment la métaphysique peut-elle être une connaissance a priori ? 2. La métaphysique est soit une question de mots, soit purement vide. A. Les mathématiques sont une connaissance a priori. Deux interprétations sont possibles : soit les énoncés mathématiques sont tenus pour des énoncés analytiques, vrais en vertu du sens des termes qui les composent, soit l'on admet une intuition a priori, rendant possibles des énoncés synthétiques, comme le fait Kant. Un énoncé est synthétique si sa vérité ne dépend pas du sens des termes, mais de l'objet extérieur à l'énoncé auquel se rapporte l'énoncé. Or, la connaissance de cet objet ne peut être qu'une intuition, puisque l'intuition est cette forme de connaissance qui, nous faisant accéder à un objet singulier, peut rendre vrai un énoncé synthétique. L'emploi logique de la raison implique qu'elle recherche toujours la raison de chaque raison, la condition du conditionné, et ce, en une régression à l'infini. Cependant cet emploi logique ne peut décider si le conditionné l'est relativement ou absolument, en d'autres termes s'il existe un inconditionné. En revanche, l'usage transcendantal de la raison, voulant donner du conditionné une explication complète, postule que le conditionné ne peut avoir d'existence réelle que s'il procède d'un inconditionné qui fonde la réalité. Cet usage refuse donc la régression à l'infini. Mais cet inconditionné ne pouvant être trouvé dans le monde phénoménal de l'expérience, la raison transcendantale le place dans un monde suprasensible, qui est celui de la métaphysique. Ainsi naissent les idées transcendantales d'âme, de monde et de Dieu, lesquelles entraînent paralogismes et antinomies. Or, tandis que la vérité de la science réside dans la coïncidence entre le concept fourni par l'entendement et l'intuition fournie par la sensibilité, il ne peut y avoir, par définition, aucune intuition métaphysique correspondant aux idées métaphysiques puisque la métaphysique prétend saisir des objets qui sont hors du monde de l'expérience. L'usage transcendantal de la raison est donc illégitime, et la métaphysique une pure illusion. B. Si l'on peut admettre que l'espace et le temps sont des intuitions a priori, en tant que formes de toutes nos intuitions sensibles, il n'y a pas en revanche d'intuition des objets transcendants. C. D'où le dilemme suivant : soit la métaphysique ne produit que des énoncés analytiques, et par conséquent ne s'occupe que du sens des mots - ce n'est qu'une question de mots -, soit c'est une prétention indue à la connaissance. Dans les deux cas, la métaphysique n'est pas une connaissance. 3. La métaphysique est bien une question de mots. A. Il faut donner un autre sens, non péjoratif, à l'expression « question de mots ». Le langage exprime la manière dont les hommes vivent au sein d'une communauté donnée. Il fait partie d'une forme de vie. B. Analyser le sens des mots, c'est donc déterminer les caractères essentiels de la vie des hommes : parce que la métaphysique est une question de mots, autrement dit parce qu'elle prend les mots au sérieux, la métaphysique révèle ce que signifie vivre pour les êtres humains. »

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