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Faut-il tout montrer à la télévision ?

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Faut-il tout montrer à la télévision ?


« “Expliquer ne sert à rien.

On ne peut que voir, constater et montrer », par cette citation, Jacques-Pierre Amette confère un grand pouvoir à l'image, qui est alors l'outil ultime de démonstration : faire voir c'est faire comprendre. Mais on est alors en mesure de se demander si l'image a un tel pouvoir probatoire, est-il possible pour autant de tout montrer ? S'il est généralement admis que tout montrer y compris ce qui peut choquer amène au changement des mentalités, il apparaît pourtant que l'impact des images doit être maîtrisé, des autorités étatiques allant même jusqu'à user de la censure comme moyen de contrôle. Dans le secteur du photojournalisme l'information c'est avant tout l'image, alors la liberté de tout montrer c'est un peu la liberté de l'information.

C'est comme cela que J-F Leroy, directeur du seul et unique festival mondial consacré au photojournalisme, considère les choses.

En effet il cite dans sa conférence 31 août 2005 intitulée « le photojournalisme : information ou oeuvre d'art », l'exemple de 5 photographes qui avaient été témoins d'une exécution à Dacca en pleine guerre civile au Bangladesh dans les années 70.

Tandis que trois d'entre eux se sont refusés à prendre un cliché, décidant ainsi de ne pas révéler cette image au monde, les deux autres ont pris la photo.

Par la suite, Indira Gandhi, alors premier ministre de l'Union indienne a donné des ordres très stricts à son armée pour faire cesser ces exactions.

Un des photographes qui avait refusé de photographier a ensuite déclaré le regretter amèrement.

Ainsi les deux photographes ont prouvé que l'on pouvait tout montrer y compris l'image d'individus rués de coups et exécutés, ceci pouvant être l'instigateur du changement et de l'anathème de ces dégradations de la dignité de la personne humaine. Tout montrer, c'est accueillir la violence des images.

En effet suivant la sensibilité de chacun on sait qu'une image aura un impact déterminant qui peut différer.

Serge Tisseron dans une conférence prononcée en 2003 à l'occasion du IIe Congrès international et intitulée « Communication et réalité », s'attache justement à l'impact des images et notamment sur les jeunes.

Il apparaît que plus une image se donne pour reflet de la réalité et moins l'individu sera à même d'adopter une distance critique vis-à-vis d'elle pour se l'approprier.

L'image doit être crue mais paradoxalement on doit également être à même de la percevoir avec distance et sens critique.

Il est vrai que chez les jeunes, la perception prudente de l'image n'est pas un acquis, et ils ont donc tendance à juste croire l'image qui se présente à eux.

Ainsi on ne peut accepter que tout puisse être montré car tout le monde n'est pas armé pour faire face à l'image, la violence de certaines d'entre elles pouvant être pleinement et durement ressentie par les individus non éduqués à leur perception. Le pouvoir de l'image est tel, que les autorités publiques se sentent investies d'un pouvoir de contrôle sur celles-ci, car on ne saurait admettre de liberté de tout montrer.

Dans ce but il apparaît souvent nécessaire de procéder à une censure, un bannissement de certaines images.

Cela a bien été le cas pour le documentaire d'Alain Resnais de 1956 intitulé « Nuits et brouillard ».

Ce film montrait des images d'archives de la Seconde Guerre mondiale et notamment des camps de concentration nazis et des horreurs qui s'y sont perpétrées.

Au cours du film on pouvait voir la photographie d'un gendarme français surveillant le camp de Pithiviers en France.

La commission de censure a fait pression et finalement on a recadré la photo pour faire disparaître le képi, signe distinctif principal de la nationalité de l'individu.

L'Etat a ainsi choisi de ne pas tout montrer et ce parce qu'il cherchait à dissimuler sa participation dans le génocide mais aussi parce qu'il ne s'agissait pas tant de dénoncer les coupables et les victimes, que de montrer ce qui ne doit absolument plus se reproduire.

La censure ne peut être abandonnée car toute vérité n'apparaît pas toujours bonne à dire. On ne peut donc pas tout montrer, car l'image n'est pas toujours recevable en l'état par tout un chacun, le diffuseur a une forte responsabilité, car le spectateur n'a pas toujours la distance critique nécessaire pour apprécier toute image.

Le contrôle de l'image existe mais dans une société où la consommation de masse d'images est de rigueur, il est de plus en plus difficile à mettre en oeuvre, il appartient donc au spectateur de s'éduquer à l'image.. »

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