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Conscience et Inconscient (cours)

Publié le 10/01/2024

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« Conscience et Inconscient Étymologiquement, le mot de conscience est construit à partir de deux mots latins : cum, qui veut dire « avec » et scientia qui désigne, comme en français moderne, le savoir.

La conscience signifierait donc « ce qui s'accompagne de savoir ».

Comment comprendre ? Ce dont nous avons conscience, nous le connaissons, au sens le plus simple de ce verbe.

La conscience nous met en contact avec le monde qui nous entoure : elle est en ce sens l'instrument de notre connaissance du monde.

Qui plus est, la conscience se connaît elle-même en quelque sorte.

La particularité de notre présence au monde qui nous entoure, c'est que nous en sommes conscients.

Non seulement nous sommes et percevons les autres choses qui sont, mais de surcroît, nous savons que nous sommes et percevons.

La conscience produit donc deux opérations : d'une part elle perçoit, de l'autre elle se perçoit percevant : elle se réfléchit.

Perception et réflexion sont donc les deux actes qui caractérisent la conscience. On peut distinguer plusieurs formes de conscience, que deux locutions françaises relativement courantes permettent de clarifier.

On dit d'une part qu'on a mauvaise conscience ; on dit de l'autre de quelqu'un qui s'évanouit qu'il a perdu conscience (ou connaissance). 1 Avoir mauvaise conscience : ici la conscience est morale, et consiste en la capacité de porter un jugement de valeur sur nos pensées, nos paroles et/ou nos actes. Elle équivaut à un sentiment immédiat du bien et du mal.

La conscience est le lieu d'un jugement. Perdre conscience : la conscience ne juge plus, elle témoigne.

Elle est quelque chose comme une lumière, qui éclaire ce que nous voyons.

Les idées sont plus ou moins claires selon qu'on en a une conscience plus ou moins claire. Résumons donc : la conscience est la capacité que nous avons d'être en relation avec les choses (perception) et avec nous-mêmes comme si nous étions une chose (réflexion).

La perception ne définit pas l'homme comme tel, mais la réflexion semble être un trait humain.

On se demandera donc si la conscience suffit à définir l'homme. 2 I) LA CONSCIENCE DÉFINIT L'HOMME 1) La voix de la conscience Avant Descartes, et ses Méditations métaphysiques, parues en 1641, on entendait le plus souvent « conscience » au sens de conscience morale, c'est-à-dire ce retour sur nous-mêmes par lequel nous savons que nous avons agi et jugeons nos actes.

Cette conscience ressemble à une voix qui s'adresserait à nous pour nous faire des remontrances ou des compliments, pour nous exhorter à telle ou telle action. Socrate, par exemple, déclare à plusieurs reprises entendre une voix intérieure qu'il attribue à son daïmon1.

Cette voix ne lui ordonne rien, ne l'enjoint jamais à faire quoi que ce soit, mais le retient ou l'empêche de faire certaines choses.

Ainsi dans l'Apologie de Socrate, déclare-t-il à ce sujet : « […] c'est une voix qui se fait entendre de moi et qui, chaque fois que cela arrive, me détourne de ce qu'éventuellement je suis sur le point de faire, mais qui jamais ne me pousse à l'action.

» Cette voix c'est celle du scrupule. 2) Conscience et pensée 1 En Grèce antique, on désignait par ce mot (dont est dérivé le mot « démon » en français) une créature intermédiaire entre les dieux et les hommes, semblable à ce que l’on appelle un « ange ». 3 Avec Descartes (1596-1650), tout change de ce point de vue et la conscience devient l'un des problèmes fondamentaux de la philosophie.

Elle change aussi de sens et devient une sorte de lumière, plutôt qu'une voix.

La conscience, c'est désormais la saisie immédiate de notre pensée.

En fait Descartes identifie conscience et pensée.

Il donne par ailleurs à ce dernier terme (pensée) un sens tout à fait inhabituel à nos oreilles. « Par le nom de pensée, je comprends tout ce qui est tellement en nous que nous en sommes immédiatement connaissants2 » Deuxièmes réponses, définition1 Il n'y a donc de pensée que consciente.

On ne saurait parler de pensée en l'absence de conscience, car une pensée qui s'ignore ne peut justement être qualifiée de pensée.

Descartes précise dans un autre texte ce qu'il faut entendre par pensée : « Par le mot de penser, j'entends tout ce qui se fait en nous de telle sorte que nous l'apercevons immédiatement par nous-mêmes ; c'est pourquoi non seulement entendre, vouloir, imaginer, mais aussi sentir, est la même chose ici que penser.

» Principes de la philosophie, I, 9 Descartes décrit ici la pensée à l’aide quatre verbes désignant quatre opérations de notre esprit : entendre, au sens de comprendre c’est-à-dire former les idées des choses ; 2 En latin, le texte utilise « conscii », autrement dit : « conscients » . 4 vouloir, c’est-à-dire ajouter à ces idées une décision (qu’elles sont bonnes ou mauvaises par exemple) et produire des volitions ; imaginer, c’est-à-dire former des images des choses ou se représenter les choses sou la forme d’images ; sentir, c’est-à-dire appréhender les choses à l’aide de nos sens. Il en découle donc que penser désigne toute activité psychique et non seulement ce que nous aurions tendance à entendre par pensée, c’est-à-dire la réflexion structurée de l’entendement.

Lorsque nous percevons une chose, nous pensons en ce sens ; si nous en imaginons une autre nous pensons aussi. C'est la conscience qu'a un « je » de penser qui lui offre une certitude quant à sa propre existence.

Puisque conscience et pensée ne font qu'une, on peut dire que le je n'a conscience d'exister qu'en tant qu'il pense, et n'est donc certain d'exister que par l'expérience qu'il fait de sa propre pensée. C’est ce qu’établit Descartes dans les deux premières Méditations métaphysiques, dont les premières lignes exposent le projet : « Il y a déjà quelque temps que je me suis aperçu que, dès mes premières années, j’avais reçu quantité de fausses opinions pour véritables, et que ce que j’ai depuis fondé sur des principes si mal assurés, ne pouvait être que fort douteux et incertain ; de façon qu’il me fallait entreprendre sérieusement une fois en ma vie de me défaire de toutes les opinions que j’avais reçues jusques alors en ma créance, et commencer tout de nouveau dès les fondements, si je voulais établir quelque chose de ferme et de constant dans les sciences.

» 5 Le projet consiste donc à fonder les sciences, et le constat qui y préside est celui de la présence en nous d’opinions fausses, mais aussi tout simplement d’opinions, c’est-à-dire de choses que nous tenons pour vraies sans avoir pris le temps de comprendre pourquoi elles le sont.

La caractéristique de l’opinion réside dans son manque de fermeté, dans son caractère toujours douteux.

D’où la méthode : celle du doute radical qui consiste à considérer comme fausse toute opinion douteuse (non qu’elle le soit nécessairement, mais en tant qu’elle est toujours douteuse, il reste possible qu’elle soit fausse) dans le but de trouver en soi une seule vérité, à partir de laquelle on pourrait tout reconstruire, en faisant levier sur elle à la façon d’Archimède.

Sera considérée comme vraie l’idée dont il est impossible de douter ou, plus exactement celle qu’un doute méthodique et radical n’aura pas rendue douteuse. Le critère de la vérité sera donc ici l’indubitabilité.

Ce qui est vrai c’est ce dont on ne saurait douter même en s’y efforçant, ce dont on ne peut absolument pas douter. Descartes se heurte d’emblée à un problème : les opinions sont trop nombreuses en nous pour que nous les examinions successivement ; il y faudrait plus d’une vie.

Il faut donc les regrouper.

Descartes le fait en fonction de leur origine. L’immense majorité de nos opinions vient de nos sens (ce qu’on nous a appris, ce dont nous avons eu nous-mêmes l’expérience, etc.) ; une partie moins grande vient des raisonnements que nous avons pu faire indépendamment de nos sens : c’est donc la raison qui constitue la deuxième source des opinions que nous trouvons en nous. Ainsi, Descartes examine-t-il successivement la fiabilité des sens et celle de la raison. 6 Les informations sensibles (celles que nous délivrent nos cinq sens) sont-elles fiables ? L’existence d’illusions sensibles semble imposer une réponse nuancée.

Ils ne le sont du moins pas toujours.

Nous voyons par exemple la pleine lune comme un disque plat et lumineux, alors qu’elle est une sphère qui ne produit pas de lumière mais réfléchit celle du soleil. Faut-il pour autant mettre en question nos sens dans leur totalité ? Le moins que l’on puisse dire est que cela n’a rien d’évident.

Car les illusions sensibles peuvent s’expliquer par certaines conditions (de distance, de chaleur comme les mirages, etc.). Il semble quasi impossible de mettre en question les informations sensibles concernant les choses qui nous entourent immédiatement : puis-je douter que je me trouve en ce lieu, habillé comme je le suis et que les mains qui se meuvent pour écrire ce texte soient les miennes ? Il.... »

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