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Bergson

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Les philosophes qui ont spéculé sur la signification de la vie et sur la destinée de l'homme n'ont pas assez remarqué que la nature a pris la peine de nous renseigner là-dessus elle-même. Elle nous avertit par un signe précis que notre destination est atteinte. Ce signe est la joie. Je dis la joie, je ne dis pas le plaisir. Le plaisir n'est qu'un artifice imaginé par la nature pour obtenir de l'être vivant la conservation de la vie ; il n'indique pas la direction où la vie est lancée. Mais la joie annonce toujours que la vie a réussi, qu'elle a gagné du terrain, qu'elle a remporté une victoire : toute grande joie a un accent triomphal. Or, si nous tenons compte de cette indication et si nous suivons cette nouvelle ligne de faits, nous trouvons que partout où il y a joie, il y a création : plus riche est la création, plus profonde est la joie. La mère qui regarde son enfant est joyeuse, parce qu'elle a conscience de l'avoir créé, physiquement et moralement... celui qui est sûr, absolument sûr, d'avoir produit une oeuvre viable et durable, celui-là n'a plus que faire de l'éloge et se sent au-dessus de la gloire, parce qu'il est créateur, parce qu'il le sait, et parce que la joie qu'il éprouve est une joie divine. Bergson

« Les philosophes qui ont spéculé sur la signification de la vie et sur la destinée de l'homme n'ont pas assez remarqué que la nature a pris la peine de nous renseigner là-dessus elle-même.

Elle nous avertit par un signe précis que notre destination est atteinte.

Ce signe est la joie.

Je dis la joie, je ne dis pas le plaisir.

Le plaisir n'est qu'un artifice imaginé par la nature pour obtenir de l'être vivant la conservation de la vie ; il n'indique pas la direction où la vie est lancée.

Mais la joie annonce toujours que la vie a réussi, qu'elle a gagné du terrain, qu'elle a remporté une victoire : toute grande joie a un accent triomphal.

Or, si nous tenons compte de cette indication et si nous suivons cette nouvelle ligne de faits, nous trouvons que partout où il y a joie, il y a création : plus riche est la création, plus profonde est la joie.

La mère qui regarde son enfant est joyeuse, parce qu'elle a conscience de l'avoir créé, physiquement et moralement...

celui qui est sûr, absolument sûr, d'avoir produit une oeuvre viable et durable, celui-là n'a plus que faire de l'éloge et se sent au-dessus de la gloire, parce qu'il est créateur, parce qu'il le sait, et parce que la joie qu'il éprouve est une joie divine. 1.

Introduction • Quelle est l'idée générale du texte ? Le sentiment de la joie possède une signification quasi ontologique : c'est un signe, qui nous indique ce pour quoi nous sommes faits, le sens de notre raison d'être en ce monde : créer.

Loin d'être anecdotique, il est donc essentiel et fondamental, c'est un «révélateur». • Le problème posé par le sujet est le suivant : l'affectivité (joie-tristesse-angoisse, etc.) a-t-elle simplement un sens psychologique (en tant qu'elle se rapporte aux données de notre conscience) ou bien peut-on voir en elle un «organe» permettant d'atteindre une dimension quasi substantielle des choses et du réel ? • Dès lors, l'enjeu du problème est évident et manifeste : notre existence est, en effet, traversée par les phénomènes de la sensibilité en tant qu'ils modifient le moi en l'affectant d'une tonalité que nous qualifierons d'agréable ou de désagréable.

Or, si les sentiments et les émotions sont des organes presque ontologiques, nous possédons, dès lors, avec eux, une sorte de «tact» pour comprendre le réel.

L'affectivité nous indiquerait alors le sens de notre destinée dans le monde. • Le texte se subdivise en deux grandes parties : — Première grande partie : «Les philosophes...

lancée.» — Deuxième grande partie : «Mais la joie...

joie divine.» 2.

Étude ordonnée Toute cette partie lie le sentiment de la joie à la destination métaphysique de l'homme.

La première sous-partie («Les philosophes...

la joie») fait de la joie un signe indiquant ce pour quoi nous sommes faits, alors que la seconde («Je dis...

lancée») distingue nettement plaisir et joie, si souvent confondus.

Examinons, successivement, ces deux sous-parties. a.

Première sous-partie : «Les philosophes...

la joie.» La première sous-partie relie, très rapidement, le problème de la joie à celui, très global, de la destinée de l'homme.

Bergson nous y parle de certains philosophes.

Quel est, tout d'abord, le sens de ce terme ? Le philosophe est celui qui aime et recherche la sagesse et le savoir, celui qui, non point prétend au titre de Sage, mais seulement à celui d'ami de la sagesse.

Il s'efforce, sur le plan spirituel, d'élaborer une conception ou vision du monde, de poursuivre une recherche rationnelle ayant pour objet une compréhension du monde et de l'homme.

Comme on le voit, la philosophie désigne une quête unitaire, une réflexion sur le sens des choses et du réel.

Or cette spéculation, cette recherche théorique, ont, bien souvent, comme contenu et comme objet «la signification de la vie», c'est-à-dire le sens de l'existence, de l'ensemble des activités et événements de tous les êtres.

Bergson parle ici de la vie, mais aussi de la destinée de l'homme.

Ce terme de destinée signifie la totalité des événements composant la vie d'un être humain, considérés comme résultant de causes distinctes de sa volonté.

Ici, destinée ne se distingue guère de «destination».

Le problème sur lequel ont, en effet, réfléchi et spéculé de nombreux philosophes est le suivant : quel sens moral ou religieux peut avoir l'existence de l'individu ou de l'espèce ? Que sommes-nous venus faire sur terre et quelle peut bien être la signification de cette brève et évanescente apparition dans le monde ? Ces questions forment non seulement les matériaux de la réflexion du «vulgaire», de celui qui philosophe empiriquement et au hasard, mais aussi ceux de la spéculation philosophique, qui s'attache au sens de notre «destinée».

Dans cette idée de «destinée», il y a cette notion que quelque chose est fixé d'avance, nous est donné, nous est réservé.

Quelle est la signification de ce. »

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