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ART ET TEMPS ?

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« L'art est bien sûr lié au temps.

C'est la raison pour laquelle il existe une histoire de l'art, celle d'Élie Faure, par exemple. Depuis la Préhistoire, l'art est le compagnon de l'homme et le témoin de chaque civilisation.

Mais la notion d'histoire implique celle de progrès.

Peut-on parler de progrès dans l'art ? Non.

Certes, il existe des progrès techniques dans l'art (photographie, cinéma, par exemple) mais on ne peut pas parler de progrès en art comme en science : la biologie a progressé depuis le 18e siècle, depuis Lamarck jusqu'à François Jacob.

Mais peut-on dire qu'il y a eu progrès depuis Léonard de Vinci, Rembrandt, jusqu'à Picasso, ou Bacon? L'art est intemporel L'art échappe à l'histoire, au temps. C'est pourquoi je me sens encore « ravi » — étymologiquement saisi —emporté et enthousiasmé par l'art grec ou égyptien, byzantin ou roman, comme je peux l'être par l'art de mon époque. Il est d'ailleurs à noter que l'on pénètre souvent plus facilement dans l'art d'une époque qui n'est pas la nôtre.

L'art reconnu et « officialisé » ne dérange plus.

L'artiste est souvent décalé par rapport à son siècle, mal à l'aise d'où le mythe de l'artiste bohème et maudit.

Mais Picasso, par exemple, n'était ni l'un ni l'autre.

C'était un immense travailleur : « J'ai fait trois toiles cet après-midi.

Ce qu'il faut, c'est en faire, en faire, en faire! Plus on en fait, plus on se rapproche de quelque chose.

C'est le seul moyen...

Il faut en faire le plus possible » (H.

Parmelin, Le peintre et son modèle). L'art, qui est de tous les temps, nous permet donc de dépasser, transcender l'histoire.

C'est probablement la seule expérience désintéressée que nous puissions avoir (avec la philosophie). [L'une des principales caractéristiques des oeuvres d'art est qu'elles sont intemporelles.

Le temps n'a pas de prise sur elles.

D'où la fascination que l'art exerce sur nous: il est une intuition de l'éternité.] Les oeuvres d'art sont intemporelles Une oeuvre d'art, aussitôt achevée, échappe au temps.

Elle ne vieillit pas (même si son support matériel toile, pierre, bois, etc.

- peut se dégrader).

Les frises du Parthénon, les madones des primitifs siennois du XIIIe siècle, les autoportraits de Rembrandt nous parlent encore par-delà les siècles, comme si les interrogations de l'artiste s'étaient figées en elles et continuaient de nous interpeller. La beauté échappe au temps Toute oeuvre d'art exprime une forme de la beauté ou de la vérité humaine.

Or la beauté et la vérité sont des essences immuables, universelles et intemporelles.

Voilà pourquoi une conscience occidentale du XXIe siècle peut encore être fascinée par les peintures rupestres de Lascaux ou par des masques africains. L'art est une expérience qui dure Dans A la Recherche du temps perdu, Marcel Proust constate que l'oeuvre littéraire permet d'abolir le temps en fixant le souvenir par l'écriture.

Le lecteur de Proust peut revivre lui aussi, comme si la conscience de l'auteur était la sienne, des événements et des sentiments qui ont existé bien avant sa naissance.

De même, dans dix siècles, la vision de Proust sera toujours vivante grâce aux lecteurs à venir. Déjà la mémoire, dans les analyses de Proust, peut nous affranchir de l'ordre du temps : l'évocation et l'expérience de la « petite madeleine » - avec la médiation de la mémoire involontaire - nous conduisent à « une minute affranchie de l'ordre du temps » (Proust).

L'auteur (ou le narrateur) cesse alors de se sentir médiocre, contingent, mortel.

De même, entrant dans la cour de l'hôtel de Guermantes, hôtel particulier habité par une grande famille aristocratique, le narrateur revit une sensation vécue auparavant à Venise.

Situé hors du temps, affranchi de son ordre, le narrateur expérimente la joie.

L'art va très loin dans cette expérience située hors du temps.

Il convertit les impressions en un équivalent spirituel : il peut nous faire appréhender une minute affranchie de la temporalité.

Le « temps perdu » devient essence spirituelle.

Une sonate, un tableau permettent d'expérimenter quelque chose d'essentiel : quand j'écoute de la musique, une essence soustraite à la corruption temporelle semble, parfois, me parvenir.

L'oeuvre d'art est joie et peut repousser très loin le temps de la dégradation et de la mort.

L'homme paraît alors atteindre un absolu et pouvoir se soustraire au temps corrupteur.

D'où une sorte de « salut », puisque l'art semble me sauver de ma contingence originelle.

Proust s'expérimente (Le Temps retrouvé, II) comme un être extra-temporel, insoucieux des vicissitudes de l'avenir.. »

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