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L'Abbé Prévost, Manon Lescaut La mort de Manon (explication linéaire)

Publié le 26/04/2026

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« L'Abbé Prévost, Manon Lescaut La mort de Manon (explication linéaire) Pardonnez, si j'achève en peu de mots un récit qui me tue.

Je vous raconte un malheur qui n'eut jamais d'exemple.

Toute ma vie est destinée à le pleurer.

Mais, quoique je le porte sans cesse dans ma mémoire, mon âme semble reculer d'horreur, chaque fois que j'entreprends de l'exprimer. Nous avions passé tranquillement une partie de la nuit.

Je croyais ma chère maîtresse endormie et je n'osais pousser le moindre souffle, dans la crainte de troubler son sommeil.

Je m'aperçus dès le point du jour, en touchant ses mains, qu'elle les avait froides et tremblantes.

Je les approchai de mon sein, pour les échauffer.

Elle sentit ce mouvement, et, faisant un effort pour saisir les miennes, elle me dit, d'une voix faible, qu'elle se croyait à sa dernière heure.

Je ne pris d'abord ce discours que pour un langage ordinaire dans l'infortune, et je n'y répondis que par les tendres consolations de l'amour.

Mais, ses soupirs fréquents, son silence à mes interrogations, le serrement de ses mains, dans lesquelles elle continuait de tenir les miennes me firent connaître que la fin de ses malheurs approchait.

N'exigez point de moi que je vous décrive mes sentiments, ni que je vous rapporte ses dernières expressions.

Je la perdis ; je reçus d'elle des marques d'amour, au moment même qu'elle expirait.

C'est tout ce que j'ai la force de vous apprendre de ce fatal et déplorable événement. Mon âme ne suivit pas la sienne.

Le Ciel ne me trouva point, sans doute, assez rigoureusement puni.

Il a voulu que j'aie traîné, depuis, une vie languissante et misérable.

Je renonce volontairement à la mener jamais plus heureuse. Introduction Accroche • Grand succès de Manon Lescaut, roman sulfureux, censuré. • Plus tard, au XIXe siècle, il inspire deux opéras, Manon de Massenet, et Manon Lescaut, de Puccini. • Dans les deux cas : expression lyrique de la souffrance, importance de la musicalité (scène particulièrement touchante !) • Cependant les opéras sont des adaptations, il est intéressant de regarder plus précisément comment cela se déroule dans le roman. Situation • Dans notre passage, Manon et Des Grieux doivent fuir à travers le désert car le gouverneur de la colonie refuse qu’ils se marient. • Cette agonie (contrairement à l’opéra) est entièrement racontée par Des Grieux qui donne son point de vue subjectif Problématique Dès lors on peut se demander comment l’Abbé Prévost présente à son lecteur la mort tragique de Manon Lescaut à travers le récit subjectif de Des Grieux ? Mouvements Les adresses de Des Grieux à M.

de Renoncour structurent le texte : 1) D’abord, Des Grieux annonce un récit d’une mort extraordinaire, un malheur particulièrement tragique.

Avec une certaine sobriété. 2) Ensuite, il raconte en détails la mort de Manon, il décrit progressivement comment il prend conscience de cette perte. 3) Des Grieux laisse deviner ses sentiments d’extrême tristesse, et se montre luimême victime de cette mort, comme si elle était destinée à le punir, lui. Premier mouvement : Annoncer un récit d’une mort extraordinaire Pardonnez, si j'achève en peu de mots un récit qui me tue.

Je vous raconte un malheur qui n'eut jamais d'exemple.

Toute ma vie est destinée à le pleurer.

Mais, quoique je le porte sans cesse dans ma mémoire, mon âme semble reculer d'horreur, chaque fois que j'entreprends de l'exprimer. 1) Raconter à M.

de Renoncour • L’impératif « pardonnez » est une marque de politesse : Des Grieux s’adresse à M.

de Renoncour avec courtoisie et une certaine pudeur. • Le CC de manière « en peu de mots » annonce qu’il ne va pas raconter longuement ce qui est difficile à raconter. • Prétérition : dire quelque chose en affirmant qu’on ne va pas la dire. ⇨ Une certaine retenue lui permet de confier ses malheurs, il se permet l’épanchement : c’est en fait un événement terrible pour lui. 2) Un événement qui est pire que la mort à ses yeux • Hyperbole (figure d’exagération) : « qui me tue » il ne meurt pas vraiment.

La première personne du singulier le met lui en position de héros tragique. • Cette première personne est aussi un possessif « toute ma vie » avec le déterminant indéfini est totalisant. • Le jeu d’opposition (antithèse) « tue … vie » : il est mort parce que sa vie est devenue une longue lamentation. • On entend le mot « destin » derrière l’adjectif « destinée à pleurer » son avenir est tragique : une vie peut-être pire que la mort. ⇨ Cette phrase courte, percutante, nous invite à plaindre le héros : le registre pathétique qui est sobre, mais fait allusion au genre tragique. 3) Une douleur qui justifie une difficulté à exprimer • Lien logique de concession « Mais quoique » exprime la difficulté de traduire en mots ce qu’il a en mémoire. • Le CC de manière « sans cesse » fait de cet événement un souvenir qu’il ressasse. • La métaphore « Mon âme recule d’horreur » : Des Grieux compare son âme à une personne paralysée par la peur. • L’adjectif « horreur » mêle la terreur et la pitié typiques de la tragédie. • Le préfixe « ex » dans le verbe « exprimer » : Des Grieux tente d’extérioriser son expérience pour que nous la comprenions. Transition Maintenant que Des Grieux a annoncé un récit difficile à faire car extrêmement douloureux, il va entreprendre de le faire devant nous.

Cette agonie va se faire en plusieurs étapes qui vont se dérouler sous nos yeux. Deuxième mouvement : Raconter une agonie pathétique Nous avions passé tranquillement une partie de la nuit.

Je croyais ma chère maîtresse endormie et je n'osais pousser le moindre souffle, dans la crainte de troubler son sommeil.

Je m'aperçus dès le point du jour, en touchant ses mains, qu'elle les avait froides et tremblantes.

Je les approchai de mon sein, pour les échauffer.

Elle sentit ce mouvement, et, faisant un effort pour saisir les miennes, elle me dit, d'une voix faible, qu'elle se croyait à sa dernière heure.

Je ne pris d'abord ce discours que pour un langage ordinaire dans l'infortune, et je n'y répondis que par les tendres consolations de l'amour.

Mais, ses soupirs fréquents, son silence à mes interrogations, le serrement de ses mains, dans lesquelles elle continuait de tenir les miennes me firent connaître que la fin de ses malheurs approchait. 1) Nous faire attendre la suite • Apparition de la première personne du pluriel « Nous » : le couple est désormais mis en scène, que va-t-il se passer ? • L’adverbe « tranquillement » associé au passé (imparfait) annonce que la suite sera moins tranquille.

C’est une prolepse (annoncer la suite du récit). • La respiration qui s’arrête « le moindre souffle » laisse déjà entendre l’expression « dernier souffle » c’est une forme d’ironie tragique : allusion à la mort prochaine d’un personnage, à son insu. • Plus loin nous entendrons ses « soupirs fréquents » qui sont à la fois des lamentations et un râle d’agonie. ⇨ Tout est fait pour nous faire attendre une fin tragique particulièrement émouvante, malgré la pudeur du narrateur. 2) Point de vue de Des Grieux • Point de vue subjectif de Des Grieux : « Je m’aperçus » remet la première personne du singulier au centre du propos : tout est raconté en focalisation interne. • Focalisation interne : toutes les marques de subjectivité se rapportent à la même personne.

On n’a pas accès aux pensées de Renoncour, ni à celles de Manon. • Le verbe « croire » est révélateur (une chose qui s’avère.... »

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