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Femme Noire : Publié en 1945 dans Chant

Publié le 04/06/2026

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« Femme Noire : Publié en 1945 dans Chant Publié en 1945 dans Chants d’ombre, le poème Femme noire de Léopold Sédar Senghor constitue un texte cardinal du courant de la Négritude, mouvement littéraire et politique né d’une volonté de réhabilitation identitaire et culturelle face aux logiques d’effacement et de domination héritées de la colonisation.

Dans ce texte, Senghor donne à voir une nouvelle manière de chanter la femme, non plus comme une figure érotisée ou fragmentée, selon les traditions du blason, mais comme une entité totale, célébrée dans sa plénitude cosmique, sensuelle et spirituelle. Le poème, écrit en vers libres, se déploie en quatre strophes inégales, sans ponctuation forte, selon un souffle ample, oratoire, quasi mystique.

Ce choix prosodique est loin d’être arbitraire : il permet à la voix lyrique de se libérer des contraintes classiques et d’épouser les mouvements internes du désir, de la mémoire et de la ferveur.

L’anaphore « Femme nue, femme noire », qui revient comme un refrain modulé en « femme obscure », joue un rôle structurant.

Elle imprime au texte un rythme rituel, presque liturgique, qui inscrit d’emblée le corps féminin dans un espace sacré. Loin d’être simple objet de désir ou image décorative, la femme devient tour à tour source de vie, matière sensible, voix profonde, et principe mythique.

Le poème suit ainsi un parcours ascendant, qui constitue une véritable élaboration poétique et métaphysique du corps féminin, dans une triple dynamique : origine, incarnation, transfiguration. Nous verrons comment Femme noire propose une élévation progressive du corps féminin, en trois temps : d’abord comme force vitale et cosmique, ensuite comme corps charnel, vibrant et sacré, enfin comme figure poétique transfigurée, fixée dans l’éternité par le chant. MOUVEMENT I (v.1–5) Le corps féminin comme origine cosmique et sacrée Le poème s’ouvre sur une anaphore nominale : « Femme nue, femme noire ».

Cette structure paratactique, dépourvue de verbe, impose une désignation directe, essentielle, sans médiation syntaxique.

Cette absence de déterminant, tout comme l’omission du verbe, confère à l’énoncé un caractère absolu et archétypal.

On n’est pas dans l’évocation d’une femme particulière, mais dans l’épiphanie d’une figure universelle.

La simplicité lexicale n’est pas pauvreté : elle vise une économie du sacré, une parole oraculaire, de type liturgique. Cette répétition donne au poème une dimension incantatoire, voire chamanique, qui place l’élocution sous le signe du rituel.

La musicalité du vers, renforcée par l’allitération en [f] et en [n], instaure une forme de psalmodie, tandis que le vers libre, par l’absence de régularité métrique et de ponctuation forte, épouse un souffle poétique ample, non contraint, qui s’apparente au souffle vital qu’il décrit. Le deuxième vers introduit un paradoxe poétique et sémantique fécond : « Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté ».

Cette image de la nudité vêtue par la peau est à la fois un renversement du stigmate colonial (la peau noire comme vêtement de vie) et une affirmation esthétique.

On y lit une forme de reconnaissance fière, où la couleur et la forme ne sont plus signes de particularisme mais d’universalité.

La structure repose sur une double proposition relative définitoire, au présent gnomique, renforçant une visée axiologique : la femme noire est vie et beauté. La syntaxe, ici hypotactique, fluide et régulière, témoigne d’un discours structuré, habité par une autorité intérieure.

Ce sont des énoncés calmes, posés, à l’image de ce que célèbre le poème : un ordre naturel, une harmonie fondamentale, fondée sur la réconciliation du corps et du monde. Enfin, le troisième segment de ce mouvement installe une dimension mémorielle et personnelle : « J’ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux ».

Ce vers relie le cosmique à l’intime, et introduit le je lyrique dans la célébration.

La syntaxe, marquée par un passé composé de narration, ancre l’énonciation dans une expérience fondatrice, vécue.

L’ombre, image de protection et de fécondité, s’associe à un geste de cécité consentie, qui évoque la confiance sacrée, voire une forme d’initiation mystique. La syntaxe est ici segmentée mais continue, articulée sans ruptures brutales.

On note des enjambements discrets, une absence de coupe régulière, qui traduisent un flux vital, un souffle premier, dans une parfaite concordance entre syntaxe, prosodie et mouvement poétique. Ainsi, ce premier mouvement érige la femme non comme objet fragmenté, mais comme principe originel, entité cosmique et tutélaire, mère du poème et du monde, dans une logique qui confère au corps une dimension ontologique et spirituelle. MOUVEMENT II (v.6–10) Le corps vibrant, charnel et musical Le second mouvement déploie une figuration sensuelle du corps féminin, marquée par des métaphores gustatives, tactiles et musicales.

Le vers « Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir » initie une séquence synesthésique, où le corps est intégré dans une expérience sensorielle totale.

Ce n’est plus un corps regardé, mais senti, goûté, absorbé.

On notera le lexique de la plénitude (fruit, chair, extase) et la concentration des voyelles ouvertes et nasales, qui renforcent la rondeur sonore du vers. Ce vers oppose le blason traditionnel — qui fragmente — à un blason organique et fusionnel, unifié dans sa matière.

Les assonances en ou]etou]eto], combinées.... »

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