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Pourquoi sommes-nous décus par les oeuvres d'un faussaires ?

Extrait du document

« La copie d'une œuvre d'art se comprend en plusieurs sens, une copie peut être une reproduction par gravure et photographie, une copie peut être parfois un faux.

Il est question ici de se demander si dans l'art on admire en vérité un objet pour lui-même ou pour le prestige qui l'entoure, pour l'artiste génial qui l'a crée ou pour lui-même.

Aussi une copie peut parfaitement rendre compte d'un travail d'artistes et donner lieu à des émotions esthétiques comparables aux œuvres d'art originales.

Mais ce plaisir esthétique devant la copie n'est-il pas un plaisir coupable et déplacé, voire vulgaire, un plaisir qui se contenterait d'art de second sans se soucier de l'original ? Et la déception, qu'une fausse production procure à l'homme, n'est-elle pas le signe d'une ignorance due à un éloignement de l'individu par rapport au monde artistique ? I.

Le faussaire en question a.

Il importe de définir tout d'abord ce qu'est exactement le faux en art.

Il réside dans l'intention frauduleuse, et non dans l'imitation elle-même.

Les nombreux artistes qui s'exercent dans les musées depuis plus de deux siècles à copier les toiles des grands maîtres ne sont pas des faussaires, mais leurs ouvrages ont pu devenir des faux, soit par ignorance, soit par imposture.

La réussite du faux suppose en effet une collaboration involontaire (plus rarement frauduleuse) de l'historien d'art qui avalise le faux ; quant au négociant, il peut aussi être de bonne foi, et se trouver la victime du faussaire et d e l'historien d'art.

Enfin, le faux suppose encore une certaine complaisance de la part de l'amateur abusé.

Tôt au tard, d'ailleurs, le faux est démasqué, soit qu'une meilleure connaissance des styles et des manières l'ait rejeté parmi les apocryphes, soit que le faussaire, pour n'être pas frustré de la gloire de son exploit, finisse par se faire connaître, même contre son intérêt.

Cependant, le faux n'est pas en lui-même indigne d'intérêt.

On admire les chefs-d'œuvre de l'art antique à travers des répliques ou des copies dont beaucoup ont été vendues aux patriciens romains comme des œuvres authentiques. De même qu'on s'intéresse aux petits bronzes de la Renaissance, qui relevaient bien souvent d'une intention frauduleuse, mais qui constituaient des imitations si réussies de l'Antique que, pour beaucoup d'entre eux, les spécialistes hésitent encore aujourd'hui à se prononcer.

Quant aux statuettes de Tanagra fabriquées dans des moules retrouvés dans les fouilles sont-elles ou non des faux ? Une vue plus juste ne nous ferait-elle pas reconnaître dans les pastiches gothiques faits pour Notre-Dame de Paris par le sculpteur Geoffroy Dechaume d'après les dessins de Viollet-le-Duc des œuvres qui, par rapport à leurs modèles, sont comparables aux copies romaines des originaux grecs ? De même, la contrefaçon a sévi d'une façon particulièrement fructueuse dans la peinture moderne et contemporaine. Pour le XIXe siècle, il faut reconnaître que l'immense production de plusieurs artistes, tels Corot, Courbet, Monticelli, souvent assistés de « nègres », a contribué à créer une grande confusion dans leur œuvre. II.

Le faussaire affecte le sentiment collectif a.

L'œuvre, c'est cet objet qui s'offre à vous, achevé, massif, durable ; même à l'état de ruine ou de fragment, cet objet est encore une œuvre, et la patine du temps, la sédimentation sur lui des regards et des lectures lui donnent André Malraux l'a bien montré une présence encore plus impérieuse, plus émouvante, plus vénérable L'œuvre d'art authentique, c'est celle qui est reconnue comme telle, et qui mérite à son créateur d'être reconnu comme artiste.

Reconnus, l'un et l'autre, par l'opinion générale, elle-même orientée par le jugement de ceux qu'Aristote appelait les experts, que la sociologie contemporaine désigne, dans le champ culturel, comme instance légitime de légitimation (P.

Bourdieu).

Il faudra du temps pour que ce jugement soit contesté en dehors même du champ culturel, et autrement que dans les disputes académiques auxquelles se complaisent les instances légitimantes.

On restera donc pour le moment dans l'optique de la tradition : cette œuvre, si le consensus la consacre et la porte à travers l'histoire, c'est qu'elle est exemplairement une œuvre. b.

On se demandera pourquoi une œuvre est reconnue comme œuvre d'art, et parfois même donnée en exemple.

Sans doute parce qu'elle a subi victorieusement l'épreuve de la critique : elle satisfait aux normes qui prévalent, et qui constituent les critères de la beauté, car l'idée de beauté est encore une idée normative.

Ces règles, ce sont les experts – académiciens, chefs d'école, princes – qui les instaurent du haut de leur fauteuil ou de leur trône.

Mais pas arbitrairement : ces experts qui orientent l'opinion du public sont euxmêmes orientés par elle ; plus exactement, ils sont sensibles au système des valeurs qui règne dans leur société et qui spécifie sa vision du monde, son épistèmè et son éthos, autrement dit son idéologie.

Car les valeurs esthétiques s'inscrivent dans un système plus large auquel elles s'accordent, surtout dans les sociétés où l'art est spontanément le moyen d'initier et d'intégrer l'individu à la culture.

Il se peut donc qu'on respecte une œuvre d'art car elle a été reconnue comme respectable, sans qu'on sache réellement pourquoi on le fait.

On respecte parce que notre éducation culturelle nous dit de respecter cette œuvre en particulier, le reste du discours qu'on porte sur elle ne serait qu'une justification secondaire.

Il est difficile de se forger sa propre opinion sur les œuvres d'art et de savoir pourquoi on la respecte sans entrer dans un discours culturel renseigné.

La construction sociale du sentiment esthétique rend difficile cette question. III.

Entre le faux et la copie, la déception n'est-elle pas le produit d'un éloignement de l'art a.

Désormais n'importe quel objet est reproductible en série à l'infini, tout peut être copié même ce qui auparavant ne pouvait l'être . La production d'objet est devenue plus rapide mais ces derniers ont perdu en qualité.

Il ne faut un long laps de temps pour dupliquer une œuvre d'art, mais quelques secondes pour la photographier et seulement quelques minutes pour l'imprimer en rotative Le « Musée imaginaire » pensé par Malraux dans l'ouvrage du même nom, est le rassemblement de toutes les œuvres d'art de l'humanité en pensée et non dans un musée réel.

La photographie a permis ce regroupement autrefois impossible, et des détails auparavant invisibles ont pu être mis à jour.

L'architecture de la cathédrale de Chartres peut enfin se révéler telle que elle est dans ses détails les plus inaccessibles et peut être comparée à d'autres types d'art.

Au contraire, W.

Benjamin a vu dans cette reproduction au même format de toutes les œuvres d'art, la fin d'un rapport imaginaire à l'art.

La démocratisation des musées et leur ouverture au public au XIX e siècle a opéré un déplacement de la valeur de l'œuvre d'art.

Les objets de culte ont perdu leur usage et ont gagné en retour une valeur d'exposition.

Le musée a détruit les valeurs de culte des objets qui y sont exposés.

Il n'est plus que le cimetière d'anciennes civilisations disparues.

Il y a donc un lien entre la naissance de la civilisation industrielle et une perte d'aura des œuvres d'art.

L'art s'est démocratisé, il n'est plus l'apanage de la noblesse et du monde religieux.

Des individus qui n'ont pas reçu d'éducation artistique ou qui n'ont pas les moyens de s'approprier de véritables œuvres d'art peuvent désormais se procurer des copies. Conclusion On respecte une œuvre d'art pour sa sacralité, pour la valeur qu'elle possède pour les croyants qui la vénère, on respecte une œuvre d'art pour sa valeur historique, sa rareté, pour le travail de l'artiste, la beauté de l'œuvre, pour l'esprit créatif et parfois génial de l'artiste, et aussi pour des raisons sociales, pour l'univers culturel qui est entretenu autour de l'œuvre.

Le respect dû à une œuvre d'art peut tenir à plusieurs raisons, dans un premier temps, un respect donné au travail fini de l'artiste et à n'importe quel objet.

Le contraire est le vandalisme, la destruction d'une œuvre d'art.

Le respect peut être dû car l'œuvre représente quelque chose pour la mémoire collective et individuel et qu'il possède une signification historique.

On peut devoir du respect à une œuvre d'art car elle possède un caractère sacré, une aura religieuse, qu'elle exprime l'être.

Dès lors, l'industrie de l'art, et ses conséquences (le faussaire), n'est-elle pas un appel à un retour à l'art dans son essence ?. »

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