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Peut-on vaincre le temps ?

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« Définition des termes du sujet: TEMPS: Milieu indéfini et homogène, analogue à l'espace, dans lequel se déroulent les événements. Temps objectif: Mouvement continu et irréversible (« flèche du temps ») par lequel le présent rejoint le passé. Temps subjectif: Sentiment intérieur de la temporalité, telle qu'elle est vécue par le sujet (synonyme : durée). Introduction Vaincre le temps, n'est-ce pas le considérer comme un adversaire extérieur à nous-mêmes ? « Dieu sinistre et effrayant » dit Baudelaire de l'horloge « qui mange la vie ».

Le temps ne contient-il pas la menace d'une dispersion de la conscience, d'une fragmentation du moi, voire d'une sclérose de la vie dans des répétitions sans fin ? L'expression « vaincre le temps » ne présuppose-t-elle pas déjà une relation de conflit avec la temporalité qui ne peut conduire qu'à un désespoir du temps ou au désir de sortir du temps, par l'oubli, le divertissement ou l'aspiration à une transcendance religieuse ? N'oublions pas que le temps n'est pas extérieur à nous, mais constitue la substance même de la conscience ; que ce n'est pas contre le temps, mais avec lui que la plénitude temporelle peut se réaliser.

L'idée d'une victoire sur le temps doit alors faire place à la question de la qualité du temps qui résulte d'une éthique de la temporalité : comment plénifier la durée ? Comment se réconcilier avec la durée de telle sorte que son irréversibilité ne soit pas angoissante, mais accomplissante ? Faut-il vivre dans un présent fugitif pour en saisir la qualité, hédoniste, esthétique, morale ou bien faut-il en reconnaître la vanité pour s'orienter vers l'éternité ? Ne faut-il pas au contraire rétablir une continuité entre les dimensions temporelles pour rendre une cohérence et un sens existentiel à notre durée ? I - Oublier le temps ? a) Oublier le temps.

« Le temps est l'irréversibilité et il n'y a que le temps qui soit irréversible », dit Jankélévitch.

La disparition et la destruction de la vie sont inséparables d'une temporalité vécue.

Le temps nous dépossède de notre avoir, incarnant ainsi la finitude et la mort.

« Le monde est si inquiet qu'on ne pense jamais à la vie présente et à l'instant où l'on vit : mais à celui où l'on vivra.

De sorte qu'on est toujours en état de vivre à l'avenir et jamais de vivre maintenant l ».

Chez Pascal, le divertissement est une attitude de fuite visant à oublier notre condition limitée au moyen d'une agitation incessante.

A travers lui, c'est non seulement le présent qui se dilue dans un mouvement vers le futur, mais c'est la conscience même de notre temporalité qui disparaît. Misère de l'homme chez blaise PASCAL A.

Condition de l'homme Jetés dans un coin de l'univers, nous sommes dans la situation de quelqu'un qui se réveillerait sur une île déserte sans savoir ni où il est, ni comment il y est arrivé, ni pourquoi il s'y trouve.

Nous n'avons qu'une certitude : notre mort ; un seul désir : être heureux.

Tout le reste n'est que ténèbres.

L'univers est muet pour notre coeur ; la science n'a rien à dire qui puisse nous consoler. Dépendance, abandon, néant, voilà la condition de l'homme.

Voilà ce qu'il ne peut manquer de voir, s'il n'est occupé à rien.

C'est pourquoi les hommes n'aiment guère l'inaction : ils y sentent leur vide, et risquent de céder au désespoir.

Plutôt que de contempler cet abîme angoissant, les hommes préfèrent s'en détourner : ils cherchent du divertissement. B.

Le divertissement D'où l'incessant « remuement » des hommes, les affaires, les passions, les guerres, les charges — tous ces tracas qui les détournent de penser à leur condition.

Les hommes se dupent eux-mêmes, disant chercher le repos quand ils cherchent l'agitation.

Ce n'est pas la prise qui compte à la chasse, mais la poursuite.

« Nous ne cherchons jamais les choses, mais la recherche des choses » (id.).

En voici la raison. L'homme est un vide infini que l'Infini seul pourrait combler.

Le repos est bien notre fin, mais nous le cherchons là où nous ne pourrons jamais le trouver : dans les biens terrestres.

Ne voulant pas l'avouer, nous préférons poursuivre indéfiniment notre course, qui nous détourne des vraies questions. Ceux qui s'arrêtent n'ont qu'une alternative : le désespoir ou la conversion au vrai Dieu. Visant à l'étourdissement et à l'éparpillement, le divertissement est une fuite du moi réel dans une fausse conception du moi.

Nous nous mouvons pour saisir notre être et nous nous mouvons pour le fuir : paradoxe existentiel qui a sa source dans la structure temporelle de la conscience qui est le mouvement : là où l'homme agité croit se retrouver, voire se former, il ne rencontrera que de la vitesse et du tourbillon.

Il se créé des urgences dont le but est l'oubli du réel.

Sa condition véritable serait connaissable dans l'arrêt et dans la réflexion, mais la conscience est incapable de supporter un tel face à face avec elle-même.

La perspective pascalienne, soucieuse de ramener la conscience vers Dieu, ne voit dans le temps qu'une dilution spirituelle, l'éloignant de la grâce et d'un rapport authentique à Dieu.

Loin de pouvoir plénifier l'instant présent, l'homme du divertissement y rencontre l'abîme et le désespoir.

« Le présent n'est jamais notre fin : le passé et le présent sont nos moyens.

Seul l'avenir est notre fin ». b) L'imagination combleuse, pour reprendre l'expression de Simone Weil, s'égare donc dans une dimension. »

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