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Peut-on se mettre d'accord sur ce qui est beau ?

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« Introduction Juger qu'une chose est belle revient à donner un jugement de valeur, un jugement de goût.

On dit souvent que les goûts et les couleurs ne se discutent pas, et ce du fait que chacun semble appréhender le beau selon ses critères subjectifs.

Comment peut-on alors définir à l'unanimité ce qui est beau, compte tenu des goûts et des valeurs de chacun ? Est-il possible d'établir des règles permettant à tous de s'accorder sur le beau ? L'esthétique est une branche de la philosophie qui a beaucoup fait réfléchir les philosophes, notamment depuis Platon.

Mais on se rend vite compte, à la lumière de l'histoire de la philosophie esthétique, que le beau n'est pas perçu de la même manière pour les penseurs.

A vouloir déterminer théoriquement des canons de beauté, on s'aperçoit qu'on est vite tombé dans un combat où chacun persiste à défendre sa conception. I.

Le beau n'est pas le vrai... a.

La Grèce antique comptait déjà beaucoup d'artistes, de peintres, de sculpteurs, de rapsodes (personnes qui récitaient des épopées d'Homère).

Aux yeux de Platon, l'artiste n'est qu'un imitateur qui fourvoie le public en lui offrant de la beauté illusoire.

L'œuvre d'art est une « imitation d'imitation », un reflet bien pauvre de l'Idée du Beau qui n'existe en vérité que dans le monde intelligible, dans un monde au-delà du monde de l'homme, du monde sensible.

Ainsi les spectateurs de l'œuvre d'art croient qu'ils s'entretiennent tous avec le beau, à travers les émotions que l'œuvre leur procure, mais il apparaît que ce plaisir qu'ils ressentent n'est que flatterie, flatterie des sens qui ne peuvent prétendre à la connaissance véritable du beau en soi. b.

C'est l'art considéré comme technique (tékhné) que Platon valorisera.

En effet, cet art doit s'inspirer de l'art égyptien, c'est-à-dire qu'il doit s'établir selon des canons simples, selon des règles qui se rapprochent de l'art rationnel ou logique.

L'art doit donc être une production de l'ordre du « savoir-faire », et non de l'ordre d'une volonté de provoquer un plaisir illusoire (cf.

République, Ion, Lois VII). Apologie de l'art égyptien. Sans doute Platon veut-il rivaliser avec l'art de son temps.

Mais il veut d'abord lutter contre son orientation qui lui semble aberrantes.

En effet il le voit, surtout dans le domaine des arts plastiques, s'engager de plus en plus sur le chemin du perspectivisme, c'est-à-dire viser à une restitution illusionniste des apparences.

Cela revient à faire du regard du spectateur la mesure de la beauté et de la vérité.

L'art grec du V ième siècle recherche la vraisemblance et se soumet aux déformations de la vision; il corrige les formes et les proportions suivant le point de vue du spectateur.

Ainsi pour que, vues d'en bas, les parties supérieures d'une statue placée au fronton d'un temple ne paraissent pas plus petites, on les agrandit par rapport aux parties intérieures.

L'artiste fait ainsi passer l'apparence pour le spectateur avant la vérité intrinsèque de la figure représentées Ainsi encore l'anecdote célèbre concernant un concours où se mesurèrent Phidias et un sculpteur plus jeune et inexpérimenté du nom d'Alcamène.

Deux statues d'Athéna étaient à exécuter qui devaient figurer au sommet de hautes colonnes.

Phidias sut tenir compte de l'effet d'éloignement et grossit pour cela fortement les traits du visage de la statue.

Quand les statues furent terminées, mais non encore hissées en hauteur, la statue faite par Phidias parut si grossière qu'elle provoqua les quolibets de l'assistance.

Mais les deux une fois montées, celle de Phidias parut seule réussie et Alcamène perdit le concours. Ces déformations destinées à compenser les effets d'optique étaient courantes dans l'architecture, la sculpture et la peinture grecques: ainsi le renflement vers le bas des colonnes des temples qui, si elles avaient été des cylindres réguliers auraient paru s'évider; ainsi les formes elliptiques pour remplacer les formes circulaires et maintenir malgré la distance l'illusion de cercles.

La tendance illusionniste de la peinture grecque (dont très peu d'œuvres nous sont parvenues) était célèbre, comme en témoigne l'anecdote des raisins peints par Zeuxis: ils auraient eu une apparence si naturelle qu'ils auraient trompé les pigeons qui seraient venus les picorer. Platon veut lutter contre cette tendance, de plus en plus relativiste et naturaliste en même temps, de l'art. Opposant sans les nommer dans ce dialogue l'art égyptien et l'art grec, il distingue dans le « Sophiste » (235 d-236 c) deux formes de « l'art imitatif »: d'un côté «l'art de la copie » (eikastikè technè), de l'autre « l'art du simulacre » (phantastikè technè).

D'un côté, il s'agit d'un art qui produit une image ressemblante, comparable (eikastos), du modèle, c'est-à-dire «qui reproduit les proportions (longueur, largeur, profondeur) et donne à chaque partie les couleurs appropriées ».

De l'autre côté, il s'agit d'un art qui a renoncé « à reproduire les proportions véritables des belles formes ».

Il ne reproduit pas « les proportions véritables, mais celles qui paraissent belles ». Il repose sur l'illusion ou sur l'imagination (phantastikos).

Alors que l'art grec est soumis à la doxa, c'est-à-dire à l'opinion, qui se contente de l'apparence, relevant ainsi de l'art du simulacre, l'art de la copie respecte l'essence du modèle; il le reproduit tel qu'il est en lui-même, sans se soucier de l'aspect sous lequel il apparaîtra.

Cet art ne cherche pas à tromper.

Il a souci de l'eïdos primordial.

Il cherche le vrai et non pas le vraisemblable ou le plaisant. Tel est l'art égyptien, hiératique, dédaigneux du spectateur, et qui a gardé pendant des millénaires les mêmes canons.

Platon exalte dans les « Lois » l'immuabilité de l'art égyptien: « Ils ont exposé les modèles (des belles figures) dans les temples, et ont défendu aux peintres [ ] de rien innover en dehors de ces modèles [ ] En visitant leurs temples, tu y trouveras des peintures et des sculptures qui datent de dix mille ans [ 1 et qui ne sont ni plus belles ni plus laides que celles que les artistes font aujourd'hui, mais procèdent d'un art identique » (656 d-657 a).. »

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