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Peut on désirer l'éternité ?

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« introduction Platon voyait dans l'amour un désir d'immortalité (Banquet 207 a).

Mais Éros (l'amour) est aussi celui qui restitue à l'âme les ailes qui lui permettent de « s'évader au plus vite d'ici-bas vers là-haut » (Théétète, 176 a).

Pouvons-nous dire avec Platon que le désir humain...

? Première partie : Analyse du désir a) Classiquement le désir est une « tendance spontanée et consciente vers une fin connue ou imaginée » (Lalande). En ce sens parler de « désir humain » est un pléonasme. — Il est l'indice d'une insatisfaction et d'un manque puisque sa fin est une absence.

« On n'aime que ce que l'on n'a pas et dont on se sent privé.

» (Platon, Banquet, 201 a). Dans Le Banquet, Platon présente le récit fabuleux suivant : à l'origine, l'humanité comprenait un seul genre de créature, ce que nous pourrions appeler l'androgyne, mixte de mâle et de femelle.

Ces êtres étaient ronds de forme, disposaient de quatre jambes, quatre bras, de flancs circulaires, de deux visages opposés l'un à l'autre sur une même tête ronde, et jouissaient dune force extraordinaire ; leur orgueil immense les poussaient à provoquer les dieux auxquels ils en étaient venus à se comparer.

Zeus décida de mettre un terme à leur indiscipline en les affaiblissant.

Pour ce faire, il les coupa en deux dans le sens de la longueur et chargea Apollon de ramener leur peau sur le ventre (le point de suture qui subsiste est le nombril), ainsi que de tourner leurs visages.

Il s'ensuivit que ces êtres séparés mouraient de chagrin et de malheur, se laissant dépérir auprès de leur moitié distincte.

Pour remédier à ce désastre, Zeus ramena leurs parties génitales qu'ils avaient derrière sur le devant, et ceux-ci purent s'accoupler, soit pour créer un nouvel être unique, soit pour s'accorder un plaisir qui leur offrait pour un moment le bonheur de leur union passée, et l'esprit libre, leur permettait ensuite de vaquer à leurs affaires. Le fond de la nature humaine porterait désormais la trace de cette union ou plénitude originaire, dont le désir d'amour serait la nostalgie.

Désirant l'autre, nous visons ce paradis mythique de la fusion, lorsqu'il n'existait ni séparation ni différence, mais seule une toute-puissance qui nous plaçait à l'égal des dieux.

Suivant ce mythe platonicien, l'essence du désir serait un manque d'être, la recherche d'une totalité, à laquelle il nous est impossible d'accéder, suite à une opération des dieux, sinon par l'expérience fugitive d'une union sexuelle. Le mythe des Androgynes Le discours d'Aristophane est doublement placé sous l'égide d'Empédocle : d'abord par sa référence au principe selon lequel le semblable désire le semblable, ensuite par la valorisation ontologique de la sphère.

Il raconte que, à l'origine, les hommes étaient sphériques et possédaient quatre paires de membres.

Ils étaient de trois genres : les uns masculins, les autres féminins, les derniers, enfin, des deux sexes.

Il est donc abusif de parler du mythe des Androgynes, puisque une seule catégorie relève de ce genre.

Leur puissance était telle qu'ils décidèrent d'escalader le ciel pour renverser les dieux.

Zeus les punit en les divisant en deux par peau sur le ventre et fit une couture en lieu et place du nombril, marque toujours située sous nos yeux de la faute des hommes.

Bien qu'ils aient diminué leur puissance, les dieux tenaient à les garder en vie pour qu'ils continuent à les honorer de leurs sacrifices.

Mais voilà qu'ils dépéris¬sent.

Soit que chaque moitié, désespérée de ne pas retrouver sa partie manquante, se laisse mourir, soit que, s'étant retrouvées, les deux moitiés ne veulent plus se détacher l'une de l'autre et, ne prenant aucun soin de leur survie, finissent par mourir.

Une fois encore, le comble du désir est de mourir d'amour.

Mais le trait comique est de plus en plus accentué.

Et Aristophane nous entraîne dans le carnaval le plus strict —puisque le carnaval a toujours été un moment de victoire de la vie à la faveur d'un mélange de la mort et de la sexualité.

Donc : deuxième opération de chirurgie plastique : Apollon ramène sur le devant le sexe de chaque moitié.

Ainsi est rendue possible la possession sexuelle, d'où résultent une satisfaction et un apaisement du désir permettant de vaquer aux occupations nécessaires à la survie.

Ce mythe est, une fois encore, l'occasion de magnifier les amours homosexuelles et masculines.

Les hommes qui désirent d'autres hommes sont issus d'un être sphérique entièrement masculin dont le modèle cosmologique est le soleil ; les femmes qui désirent les femmes, d'un être entièrement féminin dont le modèle est la terre.

Quant à l'amour hétérosexuel, il est le signe d'une imperfection ontologique, puisque le fait d'un être originairement mixte, dont le modèle est la lune. La tradition a donc vu dans ce mythe l'expression la plus parfaite du désir, dont le but serait de ne faire qu'un avec l'être aimé et, finalement, de nier la différence sexuelle qui le fonde.

En témoigne, aux xviiie et xixe siècles, le mythe de l'Ange androgyne présent chez des illuministes, comme Swedenborg, ou dans de nombreux récits fantastiques.

Le succès de ce mythe tient aussi à la glorification de la sphère, qui, du Sphairos d'Empédocle à la figure géométrique du cercle ou à la forme des planètes, a toujours figuré la perfection d'une sorte de jouissance autarcique.

Le désir ne viserait pas un objet ou un autre, mais soi-même dans l'autre.

Il serait donc de nature narcissique, même dans l'hétérosexualité.

Or, à bien y regarder et à bien écouter l'histoire farfelue d'Aristophane, l'accent est plutôt mis sur la coupure, la division, voire la castration, comme origine du désir.

D'où le commentaire de Lacan : Platon a l'air de s'amuser à faire un exercice comique sur sa propre conception du monde, et de l'âme du monde.

Le discours d'Aristophane, c'est la dérision du Sphairos platonicien, tel qu'il est articulé dans le Timée (Le Transfert, p. 114). Suit Agathon qui, peut-être par ce qu'il devra se retrouver en position d'objet désiré à la fin du dialogue, tient le discours ampoulé et vide du parfait sophiste.

Et il revient, cette fois, à Socrate de s'en moquer. C'était à peu près nul, laisse-t-il entendre, mais que de belles tournures et que de trouvailles rhétoriques.

C'est si monstrueusement beau qu'on en a le souffle coupé, au point, dit Socrate, que « j'ai craint qu'Agathon, en finissant son discours, ne lançât sur le mien la tête de ce monstre d'éloquence qu'était Gorgias et ne m'ôtât la voix en me. »

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