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LORSQUE LA VÉRITÉ DÉRANGE, FAUT-IL LUI PRÉFÉRER L'ILLUSION QUI RÉCONFORTE ?

Extrait du document

« • Signification d'ensemble de l'énoncé. La présentation d'une alternative appelle bien sûr un examen approfondi des deux termes de l'alternative : la vérité qui dérange, et l'illusion qui réconforte.

Mais elle requiert aussi une problématisation de cette alternative et des termes dans lesquels elle est proposée.

Quel type d'opposition sous-tend l'alternative ? Quels en sont les présupposés ? (voir ici, notamment, le parallélisme entre déranger et réconforter).

L'expression « faut .il préférer » mérite qu'on lui porte une attention particulière :'s'agissant de l'illusion, est-elle acceptable telle quelle ? Une approche de la nature de l'illusion doit permettre de dire dans quelle mesure elle peut-être délibérément choisie (préférée) ou au contraire tend à s'imposer à l'homme sans que celui-ci mette en jeu sa volonté.

Par ailleurs, s'il existe différentes modalités, plus ou moins volontaires, de la préférence, l'expression « faut-il » semble privilégier l'idée d'un choix délibéré, résultant de la prise de conscience d'une nécessité d'un impératif. Il convient de remarquer, par ailleurs, la « mise en situation » des deux concepts principaux du sujet : la vérité ne dérange pas toujours ; et l'illusion n'est envisagée que lorsqu'elle réconforte.

Ces deux « effets » de la vérité et de l'illusion ne sont donc pas présentés comme découlant nécessairement de leurs essences respectives, même si l'on a souvent tendance à les associer. • Étude analytique. – Qu'est-ce que la vérité ? Sommairement, la connaissance de ce qui est.

Est vraie toute assertion qui rapporte la réalité des choses telle qu'elle est en elle-même.

Spinoza (Pensées métaphysiques, Première partie, chapitre VI Garnier-Flammarion, page 352) écrit : « ...

On a dit vrai un récit quand le fait raconté était réellement arrivé (...).

Plus tard les philosophes ont employé le mot pour désigner l'accord d'une idée avec son objet ».

Le substantif vérité équivaut en fait à l'expression idée vraie, et se rapporte donc toujours à quelque réalité à laquelle correspond cette idée. Dans quels cas, et par rapport à quo;, la vérité peut-elle déranger ? Un intérêt présent, une situation acquise, une tranquillité d'esprit reposant plus ou moins sur des méconnaissances ou des mensonges à soi-même, ou des refoulements (cf.

par exemple les analyses de Spinoza dans l'Appendice du Livre I de l'Éthique, ou les remarques de Freud dans les Essais de psychanalyse appliquée, chapitre intitulé « Une difficulté de la psychanalyse »).

Problématisation de la formulation proposée : ce qui dérange est-il nécessairement néfaste ? – L'ambiguïté de l'expression « l'illusion qui réconforte » doit être soulignée. Est-il dans la nature de toute illusion de réconforter ? Ou faut-il distinguer à cet égard des types différents d'illusion, selon leurs effets ? En sa définition la plus générale, l'illusion désigne ce qui se donne pour vrai sans l'être, et littéralement se joue de celui qui en est victime.

Méconnaissance non consciente d'elle-même, l'illusion doit être rigoureusement distinguée de l'apparence.

Se laisser prendre par l'apparence sans l'identifier en tant que telle, c'est être dans l'illusion.

Il y a une sorte de nécessité de l'illusion, qui la distingue nettement de l'erreur.

L'erreur caractérise un jugement, l'illusion une apparence trompeuse qui, dès qu'elle est saisie comme apparence, perd son pouvoir d'illusion.

Le célèbre exemple du bâton plongé dans l'eau, donné par Descartes, permet d'éclairer ce point : perçu comme brisé (illusion d'optique), il est connu comme droit : c'est que l'observateur, littéralement, n'en croit pas ses yeux : l'apparence est illusion pour ceux-ci mais pas pour l'entendement qui évalue, juge, et met à l'épreuve les données perceptives.

Quant à l'illusion qui réconforte, elle n'est comprise comme telle que par rapport à des intérêts affectifs déterminés. – Peut-on choisir une illusion ? S'il faut préférer, il y a choix, et obligation au regard de certaines exigences.

La notion de préférence présuppose la possibilité d'un choix – et pour que ce choix ait un sens, comme nous l'avons vu plus haut, il faut concevoir l'illusion comme étant du ressort de la faculté de choix, quelles que soient par ailleurs les modalités de celle-ci : préférence inconsciente, préférence implicite, préférence volontaire.

La difficulté propre à la formulation proposée est liée à la nature de l'illusion : si celle-ci n'est ni erreur ni simple apparence, elle ne peut faire l'objet d'une adhésion volontaire au sens plein du terme.

On ne peut adhérer à l'illusion en connaissance de cause : tout savoir de l'illusion en tant que telle est déjà une vérité et la détruit, en la ravalant par exemple au rang d'apparence trompeuse dont le jugement critique a déjoué le pouvoir. – Problématisation de l'alternative. Illusion et vérité ne sont pas des contraires (vérité s'oppose à erreur, ou à fausseté).

Si la préférence suppose la prise de conscience du pouvoir dérangeant de la vérité, elle atteste un rapport lucide, quoique caché, à la vérité. De même, la valorisation plus ou moins consciente de l'illusion enveloppe un savoir ambigu : la vérité de l'illusion, si l'on ose dire, est d'une certaine façon connue, mais seule est prise en considération, dans le moment présent, la « valeur » de l'illusion au regard de certains intérêts affectifs ou autres.

Donc, celui qui, d'une façon ou d'une autre, préfère l'illusion qui réconforte à la vérité qui dérange, sait quelque chose qui est aussi une vérité.

Mais ce savoir reste implicite, comme arrêté en chemin dans l'élucidation du vécu : le sens de la vérité est alors éprouvé comme problème au regard du désir de vivre et, si nécessaire, d'accorder pour cela une valeur aux apparences, fussentelles par moments, et implicitement, éprouvées comme telles. – Repères bibliographiques pour approfondir cette problématisation.. »

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