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L'intelligence intervient-elle dans la perception ?

Extrait du document

« Observation.

— Se demander d'abord ce qu'il faut entendre par «intelligence ».

Autrement, le sujet n'aurait pas de sens précis. Position de la question.

La perception est la base de la connaissance sensible.

Or les philosophes se sont souvent plu à opposer le sensible et l'intelligible.

L'intelligence ne jouerait-elle pas cependant un rôle dans la perception? —Pour répondre à cette question, il nous faut d'abord préciser ce que nous entendrons par « intelligence ».

Il nous semble que l'intelligence peut se définir essentiellement comme une prise de conscience des rapports, et c'est pourquoi son acte propre est le jugement .

A ce titre, elle est à la fois : 1°structurante; 2° donneuse de signification. I.

La théorie de la forme ( Gestaltisme) . Mais ici nous rencontrons une théorie selon laquelle il n'y aurait pas lieu de « faire de l'intelligence un domaine séparé », de distinguer des fonctions sensitives et des fonctions intellectuelles.

L'intelligence ne serait « que l'expression de l'organisation spontanée et manifeste d'un tout en vertu de ses lois internes » (GUILLAUME).

La perception est bien « un système de rapports » ou, si l'on veut, une « forme » (Gestalt), une « structure ».

Mais ces structures seraient « des caractères immédiats du donné » sensible (KoHLER).

On reconnaît ici la théorie de la forme ou Gestaltisme . Il y a là une objection adressée à l'empirisme classique (Locke, Hume), selon lequel la connaissance vient de l'expérience, c'est-à-dire de perceptions composées de sensations distinctes.

Cette objection s'appuie sur la thèse fondamentale de la psychologie de la forme (en allemand, la Gestalt-psychologie) : dans toute pensée, l'ensemble prime sur les éléments.

Ainsi, la perception ne découle pas d'un ensemble de sensations, mais est d'emblée la perception d'un ensemble.

Par exemple, une mélodie est une forme (Gestalt) : la modification d'une seule note change la perception de toutes les autres, donc de la mélodie elle-même ; la même modification de toutes les notes (changement d'octave) ne change pas la mélodie.

Ce qui est premier dans la perception, ce n'est pas l'élément, mais le tout (forme, structure, rapports).

Le champ perceptif ne peut donc pas être décomposé en une somme de sensations isolées. DISCUSSION.

Un tel retour à l'empirisme est inacceptable.

Sans doute, le donné sensible n'est pas une mosaïque d'éléments.

Mais c'est un ensemble confus, un chaos, oh tout est primitivement confondu .

les divers objets entre eux, le sujet et l'objet, les relations spatiales, etc.

La structuration, s'il en est une, n'y existe qu'en fonction de l'activité propre du sujet (égocentrisme primitif); ce n'est nullement une organisation de rapports objectifs. II.

La structuration perceptive. C'est précisément l'intelligence qui va organiser ce chaos en dissociant les syncrétismes primitifs et en organisant un système de rapports définis. A.

— Ce double travail de l'intelligence se manifeste d'abord dans la constitution des objets perçus.

Il consiste à la fois à dissocier dans les ensembles perceptifs initiaux (« le-jardin-au-soleil-avec-le-chien ») des ensembles partiels mieux structurés (le jardin, le chien, etc.) qui s'individualiseront comme objets, et à construire ces objets comme systèmes de rapports entre qualités sensibles diverses.

Que le jugement soit déjà impliqué dans cette notion des objets, c'est ce dont nous prenons conscience lorsque, plus tard, nous hésitons, par exemple, à identifier un objet ou une personne dans le lointain ou dans le brouillard, à interpréter un bruit, etc.

(Ibid., § 86).

Nous pouvons nous tromper sur la signification que nous attribuons aux donnés sensibles : d'où les erreurs de la perception, et c'est la meilleure preuve que le jugement y est impliqué. B.

— L'intelligence intervient de la même façon dans la distinction du subjectif et de l'objectif.

Ici aussi elle opère à la fois par dissociation de ces deux mondes primitivement confondus et par constitution, construction du « réel ».

Et là, également, intervient le jugement : « Percevoir, c'est toujours affirmer, à propos de ce qu'on a senti quelque chose que l'on juge réel » (Lagneau).

Mais, comme dans la reconnaissance des objets, nous ne prenons conscience de ce jugement d'extériorité que lorsque, par exemple, nous nous croyons victime d'une illusion. C.

— Même intervention de l'intelligence enfin dans la constitution de l'espace, solidaire d'ailleurs de la constitution des objets et du réel.

Il s'agit encore ici de dissocier de « l'espace perceptif » qui n'est que le cadre subjectif de l'action pratique (réflexes et gestes élémentaires) un système de rapports spatiaux doué de valeur objective.

Le rôle du jugement se marque spécialement dans l'appréciation de la distance et il consiste souvent à donner une signification à certains détails tels que : objets interposés, netteté du détail, grandeur apparente, etc.

« La perception, écrivait ALAIN, est déjà une fonction d'entendement et l'esprit le plus raisonnable y met de lui-même bien plus qu'il ne croit.

Car la distance de l'horizon est jugée et conclue, quoique sans paroles...

Cette distance de l'horizon n'est pas une chose parmi les choses, mais un rapport des choses à moi, un rapport pensé, conclu, jugé » (Éléments de philosophie). Conclusion.

Si contrairement à ce que soutient la théorie de la forme », il y a lieu de maintenir la distinction entre le sensible et l'intelligible, il faut reconnaître cependant que, grâce à l'activité propre de l'esprit, le sensible, tel que nous le percevons, est tout pénétré d'intelligible.. »

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