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L’instant ?

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« Pour le langage courant, l'instant serait une durée très courte. Tentons philosophiquement de tirer au clair de la raison cette notion d'instant : q Il est l'équivalent du point dans l'espace géométrique : Objet mental, il est le laps de temps, le plus petit possible sans grandeur du tout, sans épaisseur ; quelque chose que nous ne pouvons jamais saisir et à peine concevoir, mais qui par son déplacement créé la ligne du temps. q Il est la limite entre deux durées : La distinction même passé/ présent/ futur fait du présent un instant sans épaisseur, insaisissable, limite qui sépare le passé du futur.

Ce qui rend le présent inexistant, puisque disparaissant sans cesse.

Déjà Saint Augustin remarquait : «Donc, si le présent, pour être du temps, doit rejoindre le passé, comment pouvons-nous déclarer qu'il est aussi, lui qui ne peut être qu'en cessant d'être ? Si bien que ce qui nous autorise à affirmer que le temps est, c'est qu'il tend à n'être plus.

». La conception de l'instant est ce que refuse Bergson qui le voit comme une division artificielle par la raison.

Pour lui, minuit le 31 décembre 1999 est immédiatement 0 heure du 1er janvier 2000.

La seule vérité étant la durée continue et indivisible. Pourtant, dans la perception même, on peut trouver des exemples d'événements instantanés.

L'accident est par définition ce qui arrive brutalement et de façon imprévisible ; cela permet de sentir ce qu'est l'instantanéité.

De même, la mort ne peut-être qu'instantanée. Ces cas exceptionnels suffisent-ils à nous faire rejeter la théorie de la durée continue et indivisible ? D'un côté nous avons une durée saisissable par intuition et de l'autre des instants sans épaisseur, créé par la raison, et une rupture constante dans un temps divisible.

La raison ne pourra jamais comprendre la durée ; l'intuition ne pourra jamais saisir l'instant. Selon Bergson, la durée est la réalité même : c'est-à-dire la durée pensée et concrètement vécue, le temps de la conscience intime, et non la durée mesurée comme une distance d'un point à un autre.

Afin de saisir cette durée, le philosophe doit se réconcilier avec ce qu'il vit concrètement et faire prévaloir la perception des choses sur leur conceptualisation. Comment appréhender cette durée qui semble toute intime ? Il convient d'opérer une conversion, de nous défaire des habitudes de pensées qui réduisent le réel à une ombre de lui-même, en ne faisant que le mesurer et le diviser par pur intérêt.

Si nous n'avons de la durée que cette perception réduite, cela signifie que, pour nous, la durée est d'abord ce qui nous sépare de quelque chose ou, si l'on veut, un moyen terme entre un début et une fin.

Ce moyen terme n'est donc pas perçu pour lui-même, mais en vue d'autre chose, et la réduction de la durée à de l'espace signale d'abord une conception utilitaire du monde, bien loin du désintéressement qui devrait être celui du philosophe.

Si nous voulons saisir ou contempler la durée en son absoluité, ou du moins nous en rapprocher, il nous faut nous défaire de notre obsession pour l'action. A l'intuition bergsonienne de la durée, Bachelard oppose une intuition de l'instant, l'idée d'une discontinuité.

Minuit le 31 décembre 1999 n'est déjà plus 0 heure le 1er janvier de l'an 2000. Si le temps est créateur, il faut qu'il soit discontinu, sans quoi ce serait le passé qui se continuerait dans le présent et le futur, comme la cause se perpétue dans l'effet.

Ce nouveau ne peut que surgir dans une sorte de jaillissement qui suppose une rupture : « Toute évolution dans la mesure où elle est décisive, est ponctuée par des instants créateurs ».

C'est la durée qui est construite. Ces instants sont liés selon notre attitude à leur égard : tant que nous nous considérons que nous sommes dans une situation présente (une heure de cours, un séance de cinéma, une année scolaire), les instants restent liés, le temps « dure ».

C'est quand notre action s'achève, que nous en détournons notre attention, que le temps « s'interrompt ». Là où Bergson pensait que dans la durée tout s'interpénètre, Bachelard conclut que chacun de ces instants est séparé du précédent et du suivant, qu'il y a discontinuité.

Qu'y a-t-il entre les instants ? Rien, du vide.

De ce vide entre les instants, nous n'avons pas conscience puisqu'il n'est rien.

Notre impression de continuité, ce que Bergson prenait pour une donnée immédiate de la conscience, comme une intuition pure, n'est qu'illusion.

Cette illusion vient de ce que nous n'avons pas conscience du vide entre les instants.

Ce que nous appelons « durée » n'est qu'un groupe de point qu'un phénomène de perspective solidarisé plus ou moins étroitement.

Chaque instant étant distinct des autres, coupé des autres, son contenu ne peut être retenu que par un acte d'attention. La vie ne peut se définir comme la contemplation passive d'un flux qui s'écoulerait le long d'un canal, celui-ci représentant le temps objectif avec ses trois dimensions immuables et successives : le passé, le présent et le futur.

La vie ne s'écoule pas suivant l'axe du temps, elle s'impose à lui en lui donnant forme, et c'est toujours dans l'instant présent qu'elle prend conscience d'elle-même.

L'expérience immédiate du temps n'est pas celle de la durée (qui requiert, pour être perçue, une certaine intériorité mystique), mais celle du maintenant.

Nos souvenirs sont ceux d'instants, et non d'une durée continue et indécomposable.

La conscience de la durée est une conscience de l'attente, mais pas l'attention elle-même, volonté de l'intelligence où toute l'intensité se donne dans l'instant.

L'attention est une reprise de l'intelligence sur elle-même qui ne se répand pas dans la durée.

Elle est un pouvoir de commencement absolu où l'esprit vit une renaissance, alors qu'il tend à s'assoupir dans la durée.

Si la paresse est durable, l'acte de l'esprit est instantané.

L'essence de l'esprit n'est pas la durée, mais l'attention et la volonté de l'instant.

Le temps se dévoile à nous dans l'instant immobile 'et brillant, où la vie apparaît dans l'intégralité de ses forces concentrées sur le moment même.

Nous saisissons la durée comme une série d'instants qui marquent les progrès de notre vie intime.

On peut reprocher à Bergson, dans sa tentative de distinguer la spécificité du temps, de l'avoir du même coup déréalisé ou désubstantialisé, en refusant à l'instant une quelconque consistance pour n'en faire qu'un simple passage transitoire qui ne connaît jamais d'arrêt. Et à Bachelard de conclure en soulignant la conformité de sa théorie de l'instant avec la physique quantique, qui parle de fréquences plutôt que de durées.. »

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