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Les sciences physiques ne sont-elles qu'un ensemble de conventions commodes qui réussissent ?

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« (Valeur des sciences physiques). — Les sciences physiques ne sont-elles qu'un ensemble de conventions commodes qui réussissent ? A. — Les sciences physiques d'après la critique scientifique moderne. — Nous retrouvons ici les savants contemporains de l'école pragmatiste de Duhem, Poincaré; etc., pour qui les sciences physiques, pas plus que les sciences mathématiques, ne sauraient être l'expression de la réalité, mais Un ensemble de créations, des déterminations commodes de l'esprit, conçues â l'occasion des données de l'expérience. "Une théorie physique est un système de propositions mathématiques, déduite d'un petit nombre de principes, qui ont pour but de représenter aussi simplement, aussi complètement que possible, un ensemble de lois expérimentales." Duhem, La Théorie physique, 1906 Dans la physique contemporaine, l'expérimentation elle-même est de plus en plus théorique, à tel point que Duhem parle de "lois expérimentales". Les mathématiques en sont l'instrument essentiel, du fait même de la complexité de l'objet physique, les particules élémentaires. Ce caractère de plus en plus abstrait de la physique contemporaine conduit à se poser la question de la nature de ses connaissances. Dans quelle mesure l'application d'un système pour comprendre la nature ne nous voile-t-il pas le réel ? Cette réflexion des scientifiques eux-mêmes conduit à reposer sous un nouveau jour le problème métaphysique de la nature de l'Être. La vie intellectuelle, remarquent-ils, ne s'épuise pas à la connaissance des faits : incessamment, et tandis qu'il observe, l'esprit va de l'analyse à la synthèse, il anticipe sur la nature, il s'élance au-delà des faits pour les mieux interpréter, tendant toujours à des conceptions idéales, à des intuitions, à des symboles qui s'éloignent toujours davantage du réel ; mais il regarde ensuite :si la nature confirme par ses résultats ses anticipations. Ces savants croient trouver la preuve de ce travail créateur de l'esprit dans le caractère évidemment conventionnel, idéal, symbolique : 1° des faits scientifiques : Ils font remarquer d'abord que les connaissances fournies par les sciences expérimentales ne peuvent, pas plus que les connaissances mathématiques, porter sur la nature et l'essence des choses : nous ne sommes et nous ne pouvons être en relation directe qu'avec les représentations que nous en avons dans notre esprit. Il y a donc une grande différence entre le fait brut, pratique, et le fait scientifique, théorique. Celui-ci n'exprime celui-là que d'une manière idéale, et donc placé dans des conditions idéalement déterminées par l'esprit, conditions de milieu, de circonstances, de température ; le fait, ainsi présenté, le fait scientifique, nous donne seulement le symbole du fait brut. L'expérimentateur va incessamment du réel à l'idéal. Ainsi les faits sont moins constatés que constitués ; créations de l'observateur qui les détermine en les isolant, ils représentent notre oeuvre plus que le donné pur. 2° des lois : Les lois représentent un second degré dans l'élaboration qui éloigne du réel, à mesure qu'on avance dans la systématisation logique. Les rapports qui unissent entre elles les choses étant d'une complexité infinie et dépendant les uns. des autres, force nous est de faire un choix et de transformer ceux que nous avons choisis en lois simples et universelles. Niais il est trop évident que ces lois, n'étant pas et ne pouvant être l'expression exacte de la réalité inaccessible, ne sauraient avoir qu'un caractère provisoire et approximatif ; ce sont des conventions de l'esprit humain, plus ou moins suggérées par l'expérience ; elles n'ont d'autre vérité que leur commodité. 3° des théories scientifiques Dans les théories., enfin, il faut voir une étape nouvelle vers cette simplification poursuivie par l'esprit. Ces :hypothèses provisoires et relatives, parfois aussi contradictoires, demeurent -ordonnées à nos besoins pratiques. L'histoire des sciences vérifie d'ailleurs, ce caractère mouvant des théories, sans cesse en voie de révision ; aussi, à proprement parler, une théorie n'est ni vraie ni fausse; elle est plus ou moins commode, plus ou moins utile dans l'état actuel de la science. Le tout est de savoir employer chacune quand il convient, en se rendant compte de ce qu'elles sont, c'est-à-dire « des images dont nous avons habillé la réalité » (Poincaré), des moyens qui nous permettent le nous figurer et de comprendre ce qui, en soi, nous est inaccessible. B. — Discussion. — Nous dirons plus loin l'erreur initiale et fondamentale de cette critique scientifique, erreur qui consiste à prétendre que l'esprit humain n'atteint pas directement la réalité objective des choses, mais uniquement ses propres représentations, sans qu'il soit possible de. les confronter avec cette réalité. Sans doute, disent-ils, ces représentations subjectives sont suggérées par l'expérience ; mais, dans l'élaboration de la science, elles Sont moins un objet d'étude qu'un point de départ et un point d'appui. pour l'activité créatrice de l'esprit, toujours en quête d'hypothèses, de divinations, d'anticipations... On voit, en effet, si les choses se passaient ainsi, tout ce qu'il y aurait d'artificiel, de conventionnel, d'hypothétique dans les sciences de la nature. Mais une étude rapide des faits, des lois t des théories nous montrera que tout autre est leur portée objective et leur valeur. 1° Les faits. — Considérons d'abord lés faits; Il est incontestable lue l'esprit intervient dans la transformation du fait brut en fait scientifique ; mais cette transformation n'est pas, tant s'en faut, une création. Ln écartant les éléments subjectifs et qualitatifs, en retenant les éléments quantitatifs, mesurables et leurs rapports, le savant, au contraire, se rapproche de plus en plus de la réalité, la serre de plus près ; et ce lui le prouve, c'est que ces déterminations scientifiques sont acceptées par tous en face des mêmes faits. Comment rendre raison de cette unanimité du consentement, dans l'hypothèse d'une création arbitraire de d'esprit ? Il est évident que cette surprenante rencontre ne se réalise dans la pensée scientifique que parce que son interprétation est conforme à l'expérience, »

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