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La raison entre-t-elle nécessairement en conflit avec la croyance religieuse ?

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« DIRECTIONS DE RECHERCHE • Bien saisir ce qu'on peut penser sous le terme de « croyance religieuse ». Par exemple, ne pas identifier sans problème croyance religieuse à « foi » ou à « religion ».

De la pertinence de cette analyse dépend l'essentiel de la valeur du devoir. • Le plus grand risque est de se laisser aller à discourir sans justification(s) des « preuves de l'existence de Dieu », de l'athéisme, des interprétations athées du phénomène religieux ou même de religion et raison, des fondements rationnels ou raisonnables (ou non) de telle ou telle religion ou appréhension de « Dieu » : Il s'agit de ne pas perdre de vue que vous avez à instaurer et à développer une problématique fondée sur le sujet précis posé : La croyance religieuse est-elle en conflit avec la raison ? • A ce propos, il convient de noter — ce qui peut avoir quelque importance — que conflit n'est pas identique à contraire et plus encore que le conflit dont il est question ici (et qui est en question) ne saurait être pensé comme celui entre les personnes « croyantes » et les personnes rationnelles et raisonnables (incroyantes ?). L'adverbe nécessairement est important.

Le sujet présuppose que raison et croyance peuvent, en fait, entrer en conflit ; il demande si ce conflit est inévitable, si la pensée rationnelle peut ou non se déployer sans finalement se heurter à la croyance religieuse. Introduction D'ordinaire, on tend à opposer la croyance religieuse et la pensée rationnelle.

La raison paraît entrer en conflit avec la religion, en tant par exemple qu'elle promeut un savoir qui a pu contredire les certitudes religieuses antérieures. Toutefois, on peut se demander si les vérités religieuses sont nécessairement irrationnelles et si la raison ne peut également conduire la pensée au seuil de la croyance religieuse. Le problème est alors de savoir si la raison entre nécessairement en conflit avec la croyance ? 1.

Épicure : la raison contre la religion Lucrèce explique en ces termes ce que doit l'humanité à son maître Épicure (Ille siècle avant J.-C) : « Au temps où, spectacle honteux, la vie humaine traînait à terre les chaînes d'une religion qui, des régions du ciel, montrait sa tête aux mortels et les effrayait de son horrible aspect, le premier, un homme de la Grèce, un mortel, osa lever contre le monstre ses regards, le premier il engagea la lutte.

Ni les fables divines, ni la foudre, ni le ciel avec ses grondements ne purent le réduire ; son courage ardent n'en fut que plus animé du désir de briser les verrous de la porte étroitement fermée de la nature.

Mais [...] il a parcouru par la pensée l'espace immense du grand Tout, et de là, il nous rapporte vainqueur la connaissance de ce qui peut ou ne peut pas naître, de la puissance des parties à chaque être et de ses bornes inflexibles.

Ainsi la superstition est à son tour terrassée, foulée aux pieds, et cette victoire nous élève jusqu'aux cieux » (De la Nature, L.I., G.F., pp.

20-21). Avant Épicure, les hommes étaient donc écrasés par des croyances religieuses effrayantes : d'où ces prières, ces sacrifices dont les croyants attendaient qu'ils apaisent la colère des dieux ou qu'ils attirent leur bienveillance.

L'intelligence d'Épicure délivre de ces croyances absurdes.

« Ces ténèbres de l'esprit, il faut donc, pour les dissiper, non les rayons du soleil, ni les traits lumineux du jour mais l'étude rationnelle de la nature » (p.

54). On peut en effet rendre raison de tout ce qui est sans faire appel aux puissances divines : « Toutes choses se forment sans intervention des dieux » (p.

23).

« L'univers n'a pas été fait pour nous de création divine, tant l'ouvrage est défectueux ! » (p.

57).

La raison d'Épicure guérit de la croyance qui naît de l'ignorance.

La crainte de la mort s'accompagne toujours de la crainte des dieux.

Nous sommes animés d'une superstition ridicule et d'un désir de survie déplacé.

En mauvais physiciens, nous oublions que la mort ne fait que libérer les atomes qui composaient notre être.

La survie n'a, de ce point de vue, aucun sens.

Quant à notre sentiment religieux, il ne vaut guère mieux si l'on ne voit pas que les dieux sont, quant à eux, bienheureux, en d'autres lieux, et indifférents à notre sort. Une des premières cause d'angoisse chez les humains est, selon Epicure, l'inquiétude religieuse et la superstition. Bien des hommes vivent dans la crainte des dieux.

Ils ont peur que leur conduite, leurs désirs ne plaisent pas aux dieux, que ceux-ci jugent leurs actes immoraux ou offensants envers leurs lois et ne se décident à punir sévèrement les pauvres fauteurs, en les écrasant de malheur dès cette vie ou en les châtiant après cette vie.

Ils pensent aussi qu'il faut rendre un culte scrupuleux à ces divinités, leur adresser des prières, des suppliques, leur faire des offrandes afin de se concilier leurs bonnes grâces.

Car les dieux sont susceptibles, se vexent pour un rien, et sont parfois même jaloux du bonheur des simples mortels, qu'ils se plaisent alors à ruiner.

Toutes ces croyances qui empoisonnent la vie des hommes ne sont que des superstitions et des fariboles pour Epicure.. »

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