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La connaissance du vivant doit-elle renoncer à l'idée de finalité ?

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« Lorsque Kant, en 1790 écrit sa Critique de la faculté de juger, il a avant tout pour objectif d'établir une conceptualisation propre à une appréhension objective des phénomènes vivant.

La question de la conceptualisation du vivant revient, il faut bien le comprendre, à réfléchir sur les conditions d'énonciation des jugements valides sur le vivant, et donc, par delà même, d'une manière plus générale sur les conditions rendant possible une science dite du vivant (anatomie, physiologie et bien d'autre encore...).

Kant appelle alors à un élargissement du cadre de la représentation de la scientificité tel qu'il a pu apparaître jusqu'alors à travers les sciences physico-mathématiques. Précisons tout d'abord que Kant hérite d'une discorde qui traverse, depuis longtemps, le travail de conceptualisation du vivant, à savoir l'affrontement entre deux positions que sont le finalisme et le mécanisme.

Ces positions se trouvent particulièrement tranchées chez Descartes et Leibniz qui ont investi avec génie ces deux facettes dans l'approche du vivant.

Positions qui seront contredites par Bergson.

Aussi, nous verrons que l'idée de finalité loin d'être une pure résurgence théologique est en vérité un instrument très utile à la compréhension du vivant. 1) Le mécanisme de Descartes. Il s'agit d'une thèse selon laquelle des processus purement mécaniques, et donc constitués de mouvements et de combinaisons de mouvements, suffisent à appréhender les phénomènes naturels.

On prendra pour référence la physique de Descartes qui peut être dite mécaniste en ce sens que par sa réduction de l'étendue à la matière, elle s'efforce d'expliquer tout ce qui advient dans la nature par la rencontre des divers mouvements imprimés par Dieu aux particules matérielles qu'il a créées.

Sa physique des chocs détermine les mouvements et les combinaisons de mouvements particulaires dont le monde est constitué, et par ce biais, pose la possibilité de sauver les phénomènes par une compréhension scientifique qui permet d'en rendre raison, d'en dégager une certaine intelligibilité.

Le grand changement dans cette approche, c'est de s'en remettre uniquement à des causes efficientes pour rendre compte des phénomènes, et non plus de s'en remettre à des forces intrinsèques ou extrinsèques à l'objet en mouvement.

Ce que la physique cartésienne rature, c'est la considération d'une finalité pouvant intervenir dans la série des faits à observer.

Ainsi, l'animal, ou encore l'homme pris dans sa dimension physique, peuvent être assimilés à des machines.

Le nerf de l'argumentation cartésienne, dans son Traité de l'homme (1633), repose en fait sur la réfutation de la notion scolastique de « forme substantielle » comprise comme principe d'animation non matériel censé rendre raison de l'unité des corps, de leur figure et de leur action.

On comprend donc que pour Descartes, le recours aux causes finales est un aveu d'impuissance face au devoir d'expliquer les phénomènes naturels dont les changements dont ils semblent affectés sont pour lui réductibles au mouvement. Le corps humain, comme le corps de l'animal, est une machine perfectionnée créée par Dieu.

Bien qu'infiniment plus complexe que nos machines, son fonctionnement se laisse expliquer de la même manière.

Les corps sont composés de nerfs et de muscles, comparables à des petits tuyaux, dans lesquels circule une matière subtile : les esprits animaux.

Lorsque nous touchons un objet par exemple, nous en prenons une conscience tactile par l'effet de ces esprits animaux qui remontent jusqu'au cerveau par l'entremise des nerfs, et viennent heurter la "glande pinéale", siège de l'âme.

Il en est ainsi de tout le système sensorimoteur.

Si je veux me mouvoir, un grand nombre d'esprits animaux seront canalisés vers les muscles qui seront sollicités pour accomplir ce mouvement.

La lumière, les odeurs, les sons, les goûts, la chaleur se propagent jusqu'à notre esprit par l'intermédiaire de nos nerfs qui canalisent ces particules.

La faim, la soif, le sommeil, la veille, le rêve se produisent de la même manière : un déplacement d'esprits animaux à l'intérieur des canalisations de la machinerie complexe de notre corps.

Il existe cependant une différence de mille entre un corps humain et un corps animal.

Aucun animal n'use jamais de signes, ou d'un quelconque langage pour exprimer une pensée.

On peut concevoir un automate qui réponde par la parole à certains messages simples : crier si on le touche, ou prononcer quelques phrases simples, mais aucun automate ne sera jamais en mesure d'agencer une parole qui réponde au sens de ce qu'on lui dit.

Enfin, si un corps animal ou un automate peut accomplir un nombre limité de tâches, parfois même mieux que nous, il ne peut aller au-delà.

Ce qui montre qu'ils agissent par la disposition de leurs organes, et non par connaissance.

Ils sont dépourvus de pensée ou d'esprit.

Il n'y a que l'homme à disposer de cet instrument universel qu'est la raison et qui lui sert en toute occurrence afin d'agir comme il convient.

Chaque organe de la machinerie animale, tout au contraire, est spécialisé.

Il lui faudrait ce qui est impossible - un nombre infini d'organes pour faire autant de choses que notre raison nous le permet.. »

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