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KANT

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La forme constante de la réceptivité que nous appelons sensibilité est une condition nécessaire de tous les rapports dans lesquels nous intuitionnons les objets comme extérieurs à nous, et, si l'on fait abstraction de ces objets, elle est une intuition pure qui porte le nom d'espace. Comme nous ne saurions faire des conditions particulières de la sensibilité les conditions de la possibilité des choses, mais celles seulement de leur manifestation phénoménale, nous pouvons bien dire que l'espace contient toutes les choses qui peuvent nous apparaître extérieurement, mais non toutes les choses en elles-mêmes, qu'on puisse ou non les intuitionner et quel que soit le sujet qui le puis-se. En effet, il nous est impossible de juger des intuitions que peuvent avoir d'autres êtres pensants et de savoir si elles sont liées aux mêmes conditions qui limitent nos intuitions et qui sont pour nous universellement valables. Quand nous ajoutons au concept du sujet la limitation d'un jugement, alors le jugement a une valeur absolue. Cette proposition : toutes les choses sont juxtaposées dans l'espace, n' a de valeur qu' avec cette limitation, que les choses soient prises comme objet de notre intuition sensible. Si donc j'ajoute ici la condition au concept et que je dise : Toutes les choses, en tant que phénomènes externes, sont juxtaposées dans l'espace, cette règle a alors une valeur universelle et sans restriction. Nos explications nous apprennent donc la réalité (c'est-à-dire la valeur objective) de l'espace, par rapport à tout ce qui peut nous être présenté extérieurement comme objet, et en même temps l'idéalité de l'espace par rapport aux choses quand elles sont considérées en elles-mêmes par la raison sans tenir compte de la constitution de notre sensibilité. KANT

« La forme constante de la réceptivité que nous appelons sensibilité est une condition nécessaire de tous les rapports dans lesquels nous intuitionnons les objets comme extérieurs à nous, et, si l'on fait abstraction de ces objets, elle est une intuition pure qui porte le nom d'espace.

Comme nous ne saurions faire des conditions particulières de la sensibilité les conditions de la possibilité des choses, mais celles seulement de leur manifestation phénoménale, nous pouvons bien dire que l'espace contient toutes les choses qui peuvent nous apparaître extérieurement, mais non toutes les choses en elles-mêmes, qu'on puisse ou non les intuitionner et quel que soit le sujet qui le puisse.

En effet, il nous est impossible de juger des intuitions que peuvent avoir d'autres êtres pensants et de savoir si elles sont liées aux mêmes conditions qui limitent nos intuitions et qui sont pour nous universellement valables.

Quand nous ajoutons au concept du sujet la limitation d'un jugement, alors le jugement a une valeur absolue.

Cette proposition : toutes les choses sont juxtaposées dans l'espace, n' a de valeur qu' avec cette limitation, que les choses soient prises comme objet de notre intuition sensible.

Si donc j'ajoute ici la condition au concept et que je dise : Toutes les choses, en tant que phénomènes externes, sont juxtaposées dans l'espace, cette règle a alors une valeur universelle et sans restriction.

Nos explications nous apprennent donc la réalité (c'est-à-dire la valeur objective) de l'espace, par rapport à tout ce qui peut nous être présenté extérieurement comme objet, et en même temps l'idéalité de l'espace par rapport aux choses quand elles sont considérées en elles-mêmes par la raison sans tenir compte de la constitution de notre sensibilité. Ordinairement, nous croyons pouvoir définir l'espace à partir de l'expérience vécue, organisation familière des lieux et des rapports de situation.

Les bornes du champ visuel sont dépassées grâce à l'imagination, qui les relativise.

Mais l'idée d'un univers infini, sans proportion avec nos repères habituels, fait paraître plus nettement encore l'incertitude du statut de l'espace.

Celui-ci existe-t-il en dehors de nous, comme une sorte de rapport idéal selon lequel s'agencent les choses dans leurs relations réciproques ? Même dans ce cas, il est nécessaire de ne plus s'en tenir à ce que notre monde familier nous suggère d'un tel rapport.

L'espace comprend alors le système de toutes les relations possibles de positions et de configurations.

Mais un tel système peut-il se définir indépendamment du sujet qui le constitue, et de ce qui le structure lui-même d'une certaine façon ? Le mérite du texte de Kant est d'éclairer une telle interrogation. D'où une réflexion forte sur les conditions qui règlent, au niveau du sujet percevant, l'organisation de l'expérience ellemême.

Kant, dans son Esthétique transcendantale, réintériorise, si l'on peut dire, l'espace dans le sujet humain : forme a priori de la sensibilité, intuition pure, l'espace permet une appréhension des réalités sous le rapport de leur simultanéité, de leur configuration réglée.

Distinguer par exemple un premier plan et un fond ou arrière-plan, dans un tableau ou une photographie, c'est découper l'espace visualisé selon des parties qui ne peuvent se comprendre que par rapport à un espace unique.

Celui-ci, cadre a priori propre au sujet humain, sert donc de fondement à toutes les conceptions que nous pouvons produire.

Dans la deuxième « Analogie de l'expérience » (Critique de la raison pure, Éd. PUF, p.

184 et 185) Kant caractérise ainsi la perception d'un objet dans l'espace : si on prend l'exemple d'une maison dont la construction est achevée, nos perceptions dans l'appréhension peuvent commencer par le toit et finir par le sol, ou inversement ; elles peuvent aller de gauche à droite ou de droite à gauche, etc.

« Dans la série des perceptions il n'y a pas d'ordre déterminé qui m'oblige à commencer par un côté ou par un autre l'appréhension pour lier empiriquement le divers » (ce qui n'est évidemment pas le cas dans la perception d'un bateau descendant une rivière). L'idée d'une réflexion sur les conditions de l'expérience humaine, et de ce que Kant appelle la réceptivité sensible, répond à un souci de lucidité critique.

On évite ainsi à la fois l'intellectualisme qui croit pouvoir définir l'espace par de pures considérations logiques, et un empirisme naïf qui en viendrait à oublier – ou à méconnaître – que toute expérience sensible suppose des cadres pour l'accueillir et l'organiser.

La même remarque vaut pour le temps, dont Kant fait observer qu'il constitue également un cadre a priori de la sensibilité. KANT (Emmanuel).

Né et mort à Königsberg (1724-1804).

Fils d'un sellier d'origine écossaise, il fit ses études à l'Université de Königsberg, et s'intéressa davantage à la physique et à la philosophie qu'à la théologie.

En 1755, il est privat-dozent de l'Université de sa ville natale, puis il est nommé professeur extraordinaire de mathématiques et de philosophie.

En 1770, il devient titulaire de la chaire de logique et de métaphysique.

Il vécut dans une demi-retraite. »

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