Expliquer est-ce dépoétiser ?
Extrait du document
«
[L'esprit, dans son effort d'objectivité, doit sans cesse contredire ses propres élans poétiques.
La poésie
est invention d'un monde.
La pensée rationnelle est une construction intellectuelle ne visant que le réel.]
On n'explique bien qu'en dépoétisant
Bachelard a bien montré que les chemins de la science et de la poésie
suivent des directions inverses.
On ne saisit le réel qu'en cessant de le
rêver.
Or, le psychisme est naturellement porté a sublimer les choses, a
leur conférer une profondeur semblable a celle des images que
l'imagination poétique crée.
Pour bien expliquer, faut brimer nos élans
poétiques.
Une conception naïve de l'histoire des sciences suppose que
la raison, une fois assurée, de ses pouvoirs enlève toute emprise des
mythes, de l'imagination sur notre vision du monde.
Or, il n'en est rien.
Bachelard, en élaborant le concept d'obstacle épistémologique, a
montré que la connaissance rationnelle de la nature est un combat
permanent contre des formes d'explication animistes, substantialistes,
faisant appel à l'expérience première et qui dotent l'univers de qualités,
de pouvoirs qui sont irrationnels.
On comprend alors que la « psychanalyse de la connaissance objective
» qu'entreprend Bachelard n'a que peu de rapports avec celle de Freud.
Il ne s'agit ni de plonger dans les profondeurs du moi, ni d'éclairer les
difficultés présentes de l'individu à partir de son histoire singulière, mais
simplement de repérer ce que la rencontre des objets du monde suscite
en nous de rêves et de productions imaginaires.
Dissiper les songes qui
viennent obstruer l'accès de l'esprit humain au réel pour rendre possible la connaissance objective, telle est la
première motivation de la « psychanalyse » bachelardienne.
Car ces rêves de l'esprit ne vont pouvoir être
écartés qu'après avoir été mis en pleine lumière : l'esprit humain ne peut se déprendre de ses rêves qu'en s'y
confrontant.
L'imagination poétique semble donc dans un premier temps être simplement ce qui doit être
écarté pour que la rencontre avec l'objet puisse se faire, pour que l'esprit devienne apte à se former à la
science.
Ce que la connaissance doit délaisser pour devenir objective ne se perd pas, et surtout ne perd rien
de sa qualité de production de l'esprit, et va par conséquent se retrouver du côté d'une « métaphysique de
l'imagination ».
Toutefois, à mesure que Bachelard va progresser dans l'exploration des productions de l'imaginaire, il va
apprendre à en découvrir la consistance et la logique propre.
L'imagination a ses lois propres.
Elle aussi doit se
délivrer du « réalisme », elle doit être « purifiée » à son tour de ce qu'il y a de déjà rationnel dans son
approche de l'objet.
La poétique de la rêverie, non moins que la connaissance rationnelle, rencontre ses
obstacles, dont elle doit se dégager pour prendre son essor.
Seule une psychanalyse des images trop
familières, trop pleines de l'objet, peut libérer les métaphores poétiques.
La psychanalyse bachelardienne
revêt alors un double sens : libérant la connaissance rationnelle de la rêverie, elle libère aussi bien
l'imagination des entraves que constituent pour elle les rigueurs de la raison.
Raison et imagination sont deux
facultés jumelles qui ne peuvent, l'une comme l'autre, être pleinement elles-mêmes qu'en étant
rigoureusement distinguées.
Dès lors, la perspective initiale se voit profondément modifiée, et les productions imaginaires ne sont plus ce
qu'il s'agit de purement et simplement mettre à l'écart.
Dans la connaissance objective également, l'esprit est
loin d'être passif : c'est à lui au contraire que revient l'initiative de poser les questions et de formuler les
hypothèses.
Ce qui provient du sujet n'est donc pas pur obstacle à la connaissance du réel, et il y aurait alors
deux manières, pour l'esprit, d'être actif dans son exploration du monde : l'imagination et la raison.
D'où vient
à la raison sa puissance d'interroger le réel ? Car si la spontanéité de l'imagination constitue sa nature propre,
c'est celle de la raison qu'il s'agit d'expliquer.
À mesure que Bachelard approfondit ses recherches sur
l'imagination, celle-ci va venir dans sa pensée supplanter la raison au titre de puissance maîtresse de l'esprit
humain.
Faire droit aux exigences de l'imagination, c'est lui reconnaître toute sa place dans les productions de
l'esprit humain, et non dans les seules productions imaginaires.
Si « l'impulsion originelle » qui oriente l'esprit
humain vers le monde « se divise » pour donner naissance à l'imagination et à la raison, la raison humaine ne
peut être observée seule, et l'imagination est, elle aussi, porteuse de quelque chose de l'impulsion originelle
sans laquelle la raison ne peut être replacée dans sa véritable perspective..
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