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Du passé devons-nous faire table rase ?

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« INTRODUCTION Il arrive qu'un événement nous ait affectés au point que son souvenir nous hante.

Comme on voudrait se défaire de cette rumination douloureuse ! Mais serait-ce une bonne chose que d'évacuer ce souvenir ? Est-ce simplement en oubliant le passé que l'on s'en libère ? Le méconnaître n'est peut-être pas le plus sûr moyen de s'en affranchir.

Car l'ignorance favorise rarement la liberté.

Or, le présent n'est pas indépendant du passé.

C'est donc seulement par la connaissance des causes antécédentes qu'un espoir de changer le présent est permis.

Par conséquent, la question de savoir si l'oubli est libérateur est subordonnée à celle de savoir dans quelle mesure le passé détermine notre présent. I.

Liberté ou déterminisme ? 1.

Le déterminisme Selon les déterministes, dans le domaine des choses naturelles, tout obéit à des lois.

Une loi est un rapport constant et nécessaire entre une cause et son effet.

C'est ainsi que la connaissance du passé permet de prévoir l'avenir, qui est en quelque sorte inscrit dans le passé.

Pour une particule élémentaire, il est impossible de se libérer des causes passées. 2.

Cependant, le présupposé du déterminisme, que toute la nature obéit à des lois immuables, peut être discuté. Aujourd'hui, les scientifiques ont renoncé à considérer la nature elle-même comme entièrement déterminée par des lois rigoureuses qui rendraient possible une prévision certaine et infaillible.

Les savants eux-mêmes hésitent à affirmer que tous les phénomènes soient prévisibles.

Surtout depuis que le physicien Heisenberg a souligné l'indétermination irréductible du mouvement des particules (" principe de Heisenberg ").

Il est certes possible de prévoir, si l'on augmente la température d'un gaz, dans quelle proportion sa pression va augmenter.

Cette pression est le résultat de l'agitation de millions de particules qui viennent heurter les parois du récipient.

Parce qu'elles sont en très grand nombre, on sait quel va être le mouvement de la plupart d'entre elles, d'où va résulter ce fait global qu'est la pression du gaz.

Mais il est impossible de prévoir à coup sûr quel sera le mouvement de telle particule.

On peut étudier le phénomène dans sa globalité, mais pas les particules prises individuellement. 3.Le libre arbitre Si même la matière inanimée échappe au déterminisme, il est alors permis de croire que l'homme, à plus forte raison, est libre.

Le déterminisme nous représente l'univers comme un enchaînement de causes et d'effets.

La liberté consisterait au contraire à rompre cet enchaînement.

La volonté serait une cause capable de ne pas être elle-même la conséquence d'une cause précédente.

Dans le domaine de la matière, si l'on recherche les causes, on peut remonter à l'infini - au Big Bang, et même plus loin: quelle est la cause du Bang? Avec la volonté, en revanche, on aurait affaire à une cause ultime, qui permet d'éviter de reculer à l'infini.

La volonté libre serait une cause non causée.

Elle introduirait une rupture dans la chaîne des causes.

L'action libre serait donc un commencement absolu, un commencement radical.

Par exemple, cette liberté rendrait possible, en art, la création d'une nouveauté absolue. C'est ce qui caractérise le génie selon Kant: il n'imite personne.

La liberté rend possible le jaillissement d'une nouveauté qui ne doit rien au passé - un acte parfaitement gratuit.

descartes donne l'exemple de cette liberté de la volonté en faisant table rase de toutes ses anciennes connaissances.

En effet, le doute cartésien consiste à rejeter tout le savoir accumulé pour reconstruire l'édifice de la connaissance sur de nouvelles bases.

En politique, l'action révolutionnaire entend faire table rase du passé, détruire complètement l'ancien afin de s'en libérer. Cette théorie défend l'idée d'une liberté absolue.

Mais une action absolument libre, absolument neuve, au point qu'elle ne devrait rien au passé, est-elle possible ? II.

Peut-on faire table rase du passé ? Dans le domaine artistique et littéraire, une création absolue, c'est-à-dire une création ex nihilo, est-elle possible? Un auteur reçoit nécessairement des influences.

Pascal, par exemple, reconnaît sa dette à l'égard de ses prédécesseurs, surtout Epictète et Montaigne.

Il n'y pas davantage de création à partir de rien en art.

Valéry reconnaît volontiers que le travail compte davantage que l'"inspiration".

Les œuvres les plus originales doivent souvent beaucoup à l'étude scrupuleuse de l'histoire de l'art et à l'observation de la réalité, de même que les chimères inventées par les poètes, comme les sirènes ou les centaures, sont composées à partir d'éléments empruntés à la réalité.

La liberté du créateur n'est donc pas absolue.

Elle se fonde sur des antécédents.

Ainsi le projet cartésien de reconstruire tout le savoir sur des fondements nouveaux semble impossible, il v nécessairement emprunter à une tradition. 2.

Si la liberté était indépendante du passé, il serait alors possible à chacun, à tout moment, de renoncer à son existence présente pour changer tout, et recommencer sa vie à zéro.

Cela supposerait le pouvoir de devenir un autre, de modifier son propre caractère.

Il est sans doute possible de changer, mais de façon progressive et avec le temps.

En revanche, la possibilité d'une métamorphose radicale est douteuse.

Il est même difficile de ne pas répéter les erreurs passées.

C'est ce qu'illustre Sartre, dans les Jeux sont faits.

Un patriote, Pierre, est tué par un traître. En même temps, Eve est empoisonnée par son mari.

Quand ils reviennent à eux, ils découvrent que les autres ne les voient pas, ne les entendent pas.

Ils ont été tués.

La mort est une sorte d'autre vie, menée en parallèle avec les. »

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