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Croire en l'impossible ?

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« Croire c'est projeter ou évaluer quelque chose comme possible, soit au sens de possible en puissance, de possible à venir ou passé suivant une probabilité, ou d'une possibilité purement logique.

Croire exige un certain crédit que remplit l'évaluation de la possibilité, on ne croit pas a priori à l'impossible.

Mais une des tâches de la philosophie n'est-elle pas justement de ne pas évacuer a priori les paradoxes ? Pour Pascal le paradoxal est une des figures que prend la pensée philosophique. I- Croire en l'impossible : une contradiction. L'impossible peut prendre plusieurs formes.

Entendu dans un cadre logique l'impossible devient le contradictoire, Leibniz dans sa cosmologie a affiné la compréhension de l'impossible logique en le reliant non plus au contradictoire mais à l'incompossible (ce qui en soi n'est pas contradictoire, mais n'est pas compossible, c'est-à-dire littéralement « possible avec » les éléments déjà en jeu dans le monde).

Ce peut être une impossibilité qu'on affirme en fonction d'une conjoncture donnée, d'une probabilité jugée trop faible.

Ce peut être encore un jugement concernant un événement passé (ex : je juge impossible que ce soit x qui ai commis ce crime).

La liste est presque indéfini, on peut imaginer une impossibilité morale : je ne peux agir de telle sorte parce qu'un impératif me l'interdit… Or la croyance se soutient précisément de la mise à l'écart de l'impossible, ou du moins d'une impossibilité stricte, on peut en effet croire à un succès improbable, mais justement parce qu'on ne le juge pas comme impossible.

En effet, si une évaluation statistique, de probabilité peut ouvrir sur le jugement : cela est possible, il ne signifie pas pour autant qu'on exclu un échec ; or à l'inverse, si l'on abouti à prédire l'impossible, l'impossibilité a pour celui qui l'énonce une valeur définitive.

Le possible est encore seulement probable, ou improbable, l'impossible lui n'est même pas improbable. Bien sûr il est envisageable qu'un sujet croit en ce qui paraît impossible à un autre que lui, mais ce sujet ne croit pas pour autant à l'impossible, s'il est précis, autrui, qui juge sa croyance contradictoire, doit reconnaître que celui-là qu'il juge ne croit pas à proprement parler à l'impossible puisque justement il y croit.

Croire en l'impossible c'est impossible en première personne. II- L'attitude de la science. Il faut nous transporter sur le terrain de la science, en effet sa progression, son amélioration constitutive en fait un paradigme privilégié pour notre travail.

Il est fréquent pour un scientifique de croire que ce qui est effectivement impossible compte tenu des conditions actuelles de la science sera un jour possible. Or il serait trop rapide de dire que le scientifique croit littéralement en l'impossible, il n'y croit que parce qu'il relativise cette impossibilité et l'enveloppe déjà dans le possible.

Il ne peut croire en ce qui est actuellement impossible que parce que la science progresse et se développe constamment.

Croire en l'impossible ce n'est pas envisager que l'impossible devienne possible, puisque dans ce projet l'impossible perd précisément son caractère.

Il faut dire que rigoureusement la science ne croit qu'en ce qu'elle tient à terme pour possible. L'impossible, en fait il faut plutôt dire si l'on veut être précis, l'improbable pour la science, est comme un horizon directeur pour celle-ci, en progressant elle va pouvoir vérifier de ce qu'il en est effectivement.

Et souvent il y a des désenchantements : avec le microscope la science a pensé un temps pouvoir atteindre l'être même de la matière, or on le sait le monde micro physique, la physique quantique rend caduque cet espoir. III- Croire ce n'est pas parier. Comment dès lors, croire rationnellement, en première personne en l'impossible ? L'hypothèse ne peut être celle de sacrifier la rationalité, celui qui croit irrationnellement à l'impossible l'ignore, là encore on n'a à faire qu'à un jugement extérieur, mais l'effectivité de la croyance n'est pas réalisé : dire qu'autrui se trompe cela n'a aucune incidence sur sa croyance telle qu'il la vit, pour lui elle n'est pas faussée. La solution serait-elle de recourir à un artifice logique pour déjouer le paradoxe ? Pourquoi pas par exemple au pari de Pascal : mieux vaut faire le pari que Dieu existe puisque je ne peux qu'être gagnant, s'il n'existe pas de toute façon ce ne sera pas pire que si je n'avais pas fait ce pari, et s'il existe je gagne l'accès au paradis.

Je dois donc parier qu'il existe même si effectivement je juge que c'est proprement impossible, et c'est ce à quoi l'argumentation de Pascal voulait amener les libertins, joueurs, auxquels il s'adresse. Or, parier ce n'est pas croire, un acte de foi ce n'est pas un contrat rationnel, dans Le principe de responsabilité Jonas remarque fort justement que si l'on pari sur l'existence de Dieu, encore faudra-t-il pour bénéficier du paradis, ajuster sa conduite en conséquence.

Croire n'exclu pas le doute, le croyant peut parfois douter, en revanche croire n'est pas un pari, lorsque je paris ma croyance n'est pas engagée, seule mon espérance peut l'être. Conclusion : C'est seulement en jugeant autrui que l'on peut estimer qu'il y a une croyance en l'impossible, toutefois celle-ci n'est telle que de notre point de vue, c'est-à-dire désincarnée, or la croyance si elle n'engage aucun sujet n'en est pas une.

L'attitude de la science se positionne moins par rapport au possible et à l'impossible qu'au probable et à l'improbable, parce qu'elle n'est pas rivée à son actualité mais toujours tournée vers l'avenir et l'horizon de son propre développement ; ce n'est qu'en enveloppant l'impossible dans un possible à venir, qu'en le dégradant en probable que la science peut donner l'illusion de croire en l'impossible.

Enfin, nous avons vu que croire ce n'est pas. »

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